Mrs Roots nous éclaire sur l’appropriation culturelle

 

Lorsqu’une personne d’une culture dominante s’accapare et reproduit les codes d’une culture minoritaire, sans en demander l’autorisation aux concernés, il s’agit d’une appropriation culturelle. L’objectif de la personne n’était évidemment pas de blesser ni de se montrer irrespectueux (encore heureux). Cela peut inclure des danses, des robes, de la musique, des symboles, etc… Exemple : une blanche qui s’habille avec un costume traditionnel indien.

Cette appropriation est vécue comme un vol de la part des personnes concernées. En effet, si une culture subit des discriminations, il n’est pas moral de s’accaparer ses codes et faire l’impasse sur les oppressions dont elle fait l’objet.

Pour en savoir davantage, nous avons rencontré Mrs Roots. Elle est à la fois blogueuse, écrivaine, et activiste afroféministe. Sur son blog, elle décrit son besoin d’écrire à la manière de Primo Levi ou de Toni Morrison : « Ecrire. Pour qu’il ne soit plus possible de dire encore une fois : Je ne savais pas ».

appropriation culturelle

Une femme blanche s’approprie un costume traditionnel indien. 

Les Glorieuses : Peut-on faire de l’appropriation culturelle sans s’en rendre compte ?

Cela arrive. Il y a plusieurs degrés de l’appropriation culturelle. En France, nous sommes élevés dans un pays occidental avec un passé colonial, ce qui explique certaines considérations coloniales à l’égard de certaines cultures ou pays. Ces mêmes considérations sous-entendent qu’il existe des sous-cultures : se déguiser en « indien » pour imiter les peuples amérindiens décimés; en « africain » ou « zoulou » pour imiter un stéréotype raciste de tout un continent, en « chinois », etc; induit que des traits culturels sont bons à être caricaturés pour le divertissement ou le commerce (mode, graphisme, etc). C’est la même chose avec les plumes d’indiens à la Coachella, quoi.

L’appropriation culturelle est donc déshumanisante. Maintenant, la question est : que fait une personne lorsqu’on fait en sorte qu’elle s’en rende compte ? Fait-elle le choix de le perpétrer en connaissance de cause ou d’y remédier ?

Les Glorieuses : Que ressentez-vous lorsqu’une personne non noire s’approprie une culture noire ?

Déjà, il n’y a pas « une culture noire », mais des cultures noires. Malgré des similitudes, la culture antillaise n’est pas la culture béninoise, qui n’est pas la culture afro-brésilienne, etc. L’appropriation culturelle part justement de ce type de raccourcis.

Ensuite, cela dépend de l’appropriation en question, mais c’est la plupart du temps insultant : dans un système où les communautés afro sont politiquement, économiquement, et socialement opprimés dans plusieurs coins du monde; c’est usant. Voir par exemple que nos coiffures sont des justifications de discrimination dans le monde du travail – ou parfois ailleurs, pendant que des Kim Kardashian vont vendre des tutoriels sur « les tresses de Kim Kardashian », c’est juste assister à la capitalisation de nos cultures en faveur des dominants. Il n’est pas question d’échange culturel quand ce sont toujours les mêmes populations minorisées qui sont grimées, caricaturées, imitées ou exploités.

« Cela dépend de l’appropriation en question, mais c’est la plupart du temps insultant : dans un système où les communautés afro sont politiquement, économiquement, et socialement opprimés dans plusieurs coins du monde; c’est usant. »

Beyonce qui porte un costume traditionnel indien, est-ce de l’appropriation culturelle ?

Oui. Beyoncé n’est pas indienne, mais américaine. Elle a utilisé un costume traditionnel dans un clip à des fins de divertissement. Ce clip de Coldplay, qui joue sur une exotisation de l’Inde, a pour but de susciter des clics et de l’argent. Cette appropriation culturelle à des fins économiques est très courantes dans l’industrie de la musique, avec Katy Perry qui en a fait un peu sa marque de fabrique, Taylor Swift et l’exotisation de l’Afrique …

Les Glorieuses : Quelle est la différence entre l’appropriation culturelle et l’appréciation culturelle ?

Les deux dépendent du contexte dans lequel elles s’effectuent. Porter un hijab ou mettre un bindi dans un pays où c’est une norme, c’est respecter la culture du pays en question. On ne mime pas pour soi ou par divertissement, mais bien par respect pour autrui dans le pays d’accueil. L’appréciation culturelle implique et reconnaît les communautés concernées là où l’appropriation culturelle les nie et s’effectue dans une logique coloniale (i.e. les communautés caricaturées sont le plus souvent les peuples ex-colonisés ou discriminés, etc).

« L’appréciation culturelle implique et reconnaît les communautés concernées là où l’appropriation culturelle les nie et s’effectue dans une logique coloniale. »

Les Glorieuses : Quelles seraient les bonnes questions à se poser pour ne pas commettre d’impair ?

Ce qui est primordial, c’est de demander aux personnes concernées ce qu’elles ont à dire. Ensuite, il faut s’interroger sur notre place et les privilèges qui en découlent. Qui fait référence à une autre culture ? De quelle manière ? A quelles fins ? A qui profitent ses bénéfices (économiques ou non) ? Cela évitera des cas assez dramatiques et injustes comme la perte du procès des peuples Navajo contre la marque Urban Outfitters.

LA GLORIEUSE DE LA SEMAINE

LA REVUE DE PRESSE DE MRS ROOTS

L’appropriation culturelle n’est pas un échange culturel.
Mrs Roots vous conseille l’article de Po Lomami. « L’appropriation culturelle dérive de l’impérialisme, du capitalisme, de l’oppression et de l’assimilation. L’impérialisme crée et maintient une relation culturellement, économiquement et parfois territorialement inégale basée sur la domination et la subordination. »
Lire l’article

Quand ça va un peu loin… 
Lena Dunham affirme que certains aliments comme les sushi ou les bahn mi (délicieux sandwich thaï) constituent un non respect et font l’objet d’une appropriation culturelle.
En lire plus (en anglais)

Le concept d’appropriation culturelle, ça a l’air compliqué. 
Mais au fond, c’est juste une question de sensibilité nous expliquent les Brutes.
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Des infos qui nous font déculpabiliser.

Des femmes qui nous inspirent.

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