Ce que personne ne nous dit sur l’orgasme

“Quoi tu n’as jamais eu d’orgasme vaginal ? Oh mais la dépression ! Du coup c’est la loose au lit non ?” Autant dire qu’on était interloquées la semaine dernière quand on a entendu cet échange entre deux femmes assises à la terrasse d’un café. D’où vient cette obsession des femmes pour le sacro-saint orgasme ? Pourquoi cette quête n’a-t-elle pas lieu d’être ? Parce que toutes les femmes sont différentes et que chacune jouit différemment, en fonction d’un subtil équilibre physique et psychologique.

© Clémentine du Pontavice pour Les Glorieuses

 

L’orgasme comme passage obligé ?

Merci Hollywood, la littérature érotique et bien entendu le porno… L’orgasme est sensé être la touche finale de tout échange sexuel du côté de la femme. Quand l’orgasme ne vient pas, c’est qu’un des partenaires à un problème qui va servir l’intrigue. En sous-titre donc : les humains sont des machines à orgasmes et si on fait ça, ça et ça, paf ça fait un orgasme (et / ou des chocapics).

Comme l’a très bien montré Iris Brey dans son ouvrage Sex and the Series – Sexualités féminines, Une révolution télévisuelle, des séries de femmes ont commencé à prendre le relais afin de nous démystifier tout ça. Sex and the city bien sûr mais aussi plus récemment les séries Girls, Broad City et Orange Is the New Black… Ce sont toutes des séries au sein desquels les personnages féminins sont forts, ambitieux et sexuellement libres.

Notre interview d'Iris Brey, auteur de Sex and The Series

L’orgasme est-il un sujet commun dans les séries ?
L’orgasme féminin clôt très rarement un rapport sexuel et l’orgasme féminin y est d’ailleurs peu évoqué. Donc voir un personnage féminin jouir (avec même parfois un gros plan sur le visage) est une avancée. Certaines séries permettent de démystifier l’orgasme comme Masters of Sex qui donne presque des leçons et surtout Transparent qui montre des sexualités féminines diverses démontrant qu’il n’existe pas une « bonne façon » de faire l’amour ou de jouir. Chacune doit explorer pour savoir comment prendre son pied.

La représentation de l’orgasme dans les séries a-t-il eu un impact sur l’émancipation des femmes vis-à-vis de l’orgasme ?
Les séries peuvent avoir un grand impact sur la manière dont les femmes et hommes perçoivent la sexualité féminine. C’est évidemment libérateur de voir des personnages féminins qui ont des vies sexuelles riches et variées. Les codes ont aujourd’hui changé : on n’est plus dans la quête du prince charmant et du mari, et ce dans une société hétéro-normée.
Les personnages féminins font des erreurs. Les rapports sexuels qui n’aboutissent pas forcément à ce qui avait été espéré, orgasme ou pas. Nous ne sommes plus dans la culture de la performance.

En quoi les séries peuvent contribuer à déculpabiliser les femmes vis à vis de leurs orgasmes ?
Les séries montrent encore beaucoup de femmes qui jouissent facilement. Parler et donner des cours comme dans Masters of Sex, est primordial. On y voit un des personnages principaux, Virginia Johnson, dire qu’il n’y a pas de différence entre un orgasme clitoridien et vaginal. C’est révolutionnaire d’entendre ca. Cette pseudo différence un savoir erroné qui continue à être régulièrement véhiculé dans les magasines féminins. L’orgasme vaginal serait le Grâal. Autrement dit, on aurait une meilleure façon de jouir que les hommes. C’est faux !
Dans la série Murder (How to get away with murder aux Etats-Unis), une des étudiantes, la vingtaine, dit à ses amis qu’elle n’a jamais eu d’orgasme. Si ses camarades se moquent un peu d’elle, nous pouvons surtout retenir que le fait d’en parler a été libérateur pour elle. Cette libération de la parole et de la culpabilité lui permet d’expérimenter autre chose et, par exemple, de demander à son nouveau partenaire de lui faire un cunnilingus (ce qu’elle n’avait jamais expérimenté auparavant).

Quelle série est la plus représentative de la manière dont est perçu l’orgasme ?
La série la plus représentative serait Girls. Les personnages n’ont souvent pas accès à la jouissance, ce qui est assez rare dans les séries. Lena Dunham, la créatrice, dit qu’elle n’a pas peur de montrer l’échec du plaisir masculin et féminin. En France, nous sommes en retard par rapport aux Etats-Unis qui ont eu l’influence des gender studies. Néanmoins, on commence à déconstruire les stéréotypes dans les rapports sexuels.

Découvrez l’ouvrage d’Iris Brey Sex and the Series – Sexualités féminines, Une révolution télévisuelle.

Comment ça marche ?

C’est ce que la doctoresse Odile Buisson nous explique dans une conférence donnée à l’ENS. Cette gynécologue et obstétricienne a été la première à réaliser une échographie du clitoris durant le coït. Elle prouve que le clitoris, loin d’être un “petit bouton” sur lequel il faut appuyer, est en fait un organe beaucoup plus large constitué d’une double-arche, et de corps caverneux mesurant 12 à 15 centimètres et qui entourent le vagin. Ainsi, l’orgasme implique toujours le clitoris. En d’autres mots, la quête du point G ne devrait pas nous préoccuper.

Déculpabilisons-nous !

Camille Emmanuelle déconstruit les clichés qui nous enferment dans une vision normative du sexe et de l’orgasme dans son nouvel ouvrage Sexpowerment.

Cessons de culpabiliser, nous dit-elle, nous parlons plaisir après tout. Mais comment faire ? « Il y a deux éléments à prendre en considération Tout d’abord, déconstruire les clichés sur la sexualité masculine et féminine et le schéma préliminaire / pénétration. Puis, faire un apprentissage physiologique. Les femmes doivent pouvoir répondre à la question : comment est fait mon corps ? Ce n’est pas anodin quand on sait que la face cachée de la Lune est plus étudiée que le clitoris. Ce n’est qu’en 1998 que la chercheuse Helen O’Connell en a proposée un schéma. Comme le dit Esther Perel, nous pouvons développer notre intelligence érotique. Pour cela, on peut lire de la bonne littérature pornographique comme celle d’Anaïs Nin, s’ouvrir à la pornographie alternative qui donne une vision positive du plaisir féminin. »

Etre féministe, c’est ne pas se culpabiliser de l’orgasme, notre interview de Camille Emmanuelle, auteur de Sexpowerment

Quel est le rapport entre l’orgasme et le féminisme ?
Je me suis toujours définie comme féministe. Néanmoins, quand j’allais dans des conférences féministes, j’avais l’impression que le sexe était constamment abordé sous l’angle du danger : agressions sexuelles, viols et auparavant le risque de tomber enceinte.
Le sexe est davantage un parcours, (parfois semé d’embûches!) et c’est ce que défend les penseuses et penseurs du féminisme sexe positif.

D’où vient cette culpabilité que les femmes vis-à-vis de l’orgasme ou plutôt de l’absence d’orgasme ?
On raconte beaucoup d’inepties dans les manuels de médicine et dans les magasines féminins. Nous devons sortir de la dichotomie freudienne : orgasme vaginal et orgasme clitoridien. Il existe un orgasme global, lié majoritairement au cliroris (extérieur et intérieur). Plusieurs femmes ont contribué à déculpabiliser cette quête de l’orgasme : Ovidie, Emilie Jourvet, Wendy Delorme ou encore Virginie Despentes. Elles promeuvent un discours qui nous libère des injonctions sociétales.
Un équilibre est à trouver entre « jouissez à tout prix » et on vous encourage à vous découvrir. Une nouvelle injonction n’est pas souhaitable. Et je ne veux surtout pas culpabiliser celles qui ont des difficultés, ou des blocages par rapport à la sexualité.

Comment se déculpabiliser ?
Il y a deux éléments à prendre en considération. Tout d’abord, déconstruire les clichés sur la sexualité masculine et féminine et le schéma préliminaire / pénétration. Puis, faire un apprentissage physiologique. Les femmes doivent pouvoir répondre à la question : comment est fait mon corps ? Ce n’est pas anodin quand on sait que la face cachée de la Lune est plus étudiée que le clitoris. Ce n’est qu’en 1998 que la chercheuse Helen O’Connell en a proposée un schéma.
Comme le dit Esther Perel, nous pouvons aussi développer notre intelligence érotique. Pour cela, on peut lire de la bonne littérature pornographique comme celle d’Anaïs Nin, s’ouvrir à la pornographie alternative qui donne une vision positive du plaisir féminin.

En quoi l’orgasme peut avoir un impact sur les relations entre les femmes et les hommes ?
Connaître l’orgasme peut avoir un impact sur son comportement et pas uniquement dans sa chambre à coucher. Je raconte dans Sexpowerment l’histoire d’une femme qui a un orgasme pour la première fois à 50 ans. Elle racontait que cela lui avait donné un sentiment de puissance et de lâcher prise. Elle marchait différemment, elle parlait avec davantage d’assurance…
Au delà de cette anecdote, s’intéresser au plaisir déconstruit les stéréotypes femmes / hommes. Les femmes ne sont pas forcément passives et romantiques et les hommes dominants et performants. Il n’y a pas de norme. Tout est à inventer. Entre adultes consentants.

Découvrez l’ouvrage de Camille Emmanuelle Sexpowerment.

La Glorieuse de la semaine : Erica Jong

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