Le syndrome de Stendhal

C’était quand la dernière fois où vous avez été frappé•e par la beauté ?

Vous êtes devant une oeuvre d’art, devant un paysage (un coucher de soleil peut-être), en train d’écouter une musique pour la première fois et là, vous ne savez pas ce qu’il vous arrive : vous sentez votre coeur battre de plus en plus vite, vous perdez pied, vous avez peut-être des hallucinations. C’est rare, mais c’est normal : vous venez d’être frappé•e par la beauté. C’est ce qu’on appelle le syndrome de Stendhal.

Graziella Magherini, psychiatre à l’hôpital Santa Maria Nuova de Florence, décrit pour la première fois le syndrome de Stendhal en 1979 :“Depuis de nombreuses années, notre attention avait été attirée par un phénomène particulier : l’arrivée aux urgences de touristes étrangers victimes d’un malaise psychique soudain”. “Il s’agit de crises qui surgissent à l’improviste, à caractère bénin”. En savoir plus en réécoutant LSD sur France Culture.

Dessin de Clémentine Du Pontavice.

L’idéalisation du beau n’est néanmoins que l’incarnation de nos peurs. « Le visiteur sensible s’identifiera au David et s’identifiera à Michel-Ange, prêt à expérimenter des émotions d’autant plus intenses que l’œuvre devient davantage le miroir de son propre Soi. La représentation du corps nu du David incarne l’idéal de la beauté, de la mesure, de l’harmonie et de la force. En même temps, elle suscite un sentiment d’inquiétude que nous pouvons relier tout d’abord au thème freudien de l’idéalisation : l’idéalisation est une défense contre les peurs que provoque tout ce qui agresse et défait le corps et son harmonie, le temps, la mort, la destructivité humaine. » (Graziella Magherini, « Je suis amoureux d’une statue »).

Ce syndrome porte le nom de Stendhal car il décrit son voyage à Florence en 1817 ainsi : « J’étais dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de coeur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber » (Rome, Naples et Florence, éditions Delaunay, Paris). Mais ce n’est pas le seul. Rainer Maria Rilke décrit ainsi son voyage à Florence : « (il) crut sombrer sous les coups d’une vague guidée par une puissance inconnue ».

Qui peut être victime de ce syndrome sublime ? Tout le monde nous répond la psychiatre Graziella Magherini : « Nous sommes tous porteurs du syndrome de Stendhal. Ce phénomène reste pour la plupart d’entre nous diffus. Dans certaines conditions d’intimité, une oeuvre d’art fonctionne pour celui qui la regarde comme le symbole d’un drame intérieur ».

Un conseil ? Renoncez et contemplez. Et oui, Simone Weil nous rappelle que l’attrait de la beauté est indubitablement lié au renoncement d’un état perpétuel : la beauté est avant tout éphémère.

Des infos qui nous font déculpabiliser.

Des femmes qui nous inspirent.

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