« Oh, mais arrête de faire ta difficile aussi… ». C’est ce que la journaliste et scientifique américaine Amy Webb s’est vue répliquer par sa grand-mère alors qu’elle se plaignait de ne trouver personne sur Meetic (l’ancêtre de Tinder pour nos plus jeunes lectrices et lecteurs).

Hein ?

Faire sa difficile ?

Sur le choix du mec dont on va – peut-être – porter l’ADN à l’intérieur de notre utérus ?

Et oui ! Ne pas être suffisamment pointilleuse sur son choix – et dans sa recherche – peut s’avérer fatal. Pas fatal fatal. On se comprend. Mais suffisamment pour vivre une histoire sans amour (horrible, n’est-ce-pas ?).

bell hooks nous apprend que la plupart des gens préfère cette dernière équation : « La psychanalyste Harriet Lerner partage que la plupart des gens veulent un partenaire mature et intelligent, loyal et digne de confiance, aimant et attentif, sensible et ouvert, gentil et nourrissant, compétent et responsable. Peu importe l’intensité du désir, elle conclut: « Peu d’entre nous évaluent un partenaire potentiel avec la même objectivité et la même clarté que nous pourrions utiliser pour sélectionner un appareil ménager ou une voiture ». (…) Nous craignons que l’évaluation de nos besoins et les choix soigneux des partenaires révèlent qu’il n’y a personne pour nous aimer. La plupart d’entre nous préfèrent avoir un partenaire qui n’a pas toutes ces qualités qu’aucun partenaire du tout. Ce qui devient évident, c’est que nous pouvons être plus intéressés à trouver un partenaire qu’à connaître l’amour. » (All About Love : New Visions, bell hooks)

Un partenaire qui aurait TOUTES les qualités qu’on convoite? Autant chercher un prix Nobel de la paix au rassemblement de Charlottesville, non ?

Et pourtant. C’est ce que Amy Webb a réussi à faire. Grâce aux data, aux mathématiques, et aux algorithmes. A première vue, on doute du romantisme de la rencontre, et puis…

Nous sommes en 2006. Amy Webb a vingt-neuf ans et sort tout juste d’une relation. A cet âge là, elle s’imaginait déjà mariée en train de choisir des noms de bébés bizarres avec son mari (chacun ses rêves, on ne juge pas). Elle a donc fait ce que toutes les personnes dans ce cas là font. Elle s’est lancée dans la recherche de son partenaire de vie, sur les sites de rencontre.

Quelques semaines et de nombreux rendez-vous ratés plus tard, elle réalise qu’on se repose beaucoup trop sur l’espoir d’un coup de foudre et… sur l’algorithme. « On ne se permet pas de vraiment penser à ce qu’on recherche chez un·e partenaire ».

Elle prend une feuille de papier et écrit tout ce qu’elle considère comme important chez ce partenaire. Absolument tout. Des préférences littéraires à la quantité de poils acceptée. En résulte une liste de 72 points, qu’elle accole, en fonction de leur importance, à un certain nombre de points. Amy Webb explique ainsi qu’elle accepte de répondre à un email si la personne atteint 700 sur un maximum de 1800, elle accepte une rencontre à partir de 900 points… Ce qui, à première vue, peut paraître comme une façon un peu triste de poser les bases de son futur amoureux, s’avère être un énorme gain de temps… et d’énergie.

Pourquoi est-ce si ingénieux ? Car les applications de rencontre ont un modèle économique qui repose essentiellement sur la publicité. Et pour augmenter les recettes, les sociétés font tout pour que vous reveniez constamment sur le site. Ce n’est donc pas le principe de l’algorithme qui joue en la défaveur des utilisat·eur·rice·s mais bien l’algorithme en lui-même qui est calibré pour vous proposer des personnes qui sont suffisamment proches de vos centres d’intérêt pour que vous vous y intéressiez et suffisamment loin pour ne pas en faire un·e partenaire.

Amy Webb a craqué le code « on n’est pas obligée de se faire une partie de sa vie avec un blaireau ». Oui, on peut trouver l’homme ou la femme de ses rêves, si ce n’est pas déjà fait. Il ne faut pas forcément être inscrit·e sur les sites de rencontre pour le ou la rencontrer. Il ne faut pas non plus être statisticien·ne. Il faut – juste – savoir ce que l’on veut, et ne pas se contenter de moins.

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