Plus de doute. C’est vraiment la rentrée. Nous serons bientôt D·E·B·O·R·D·E·E·S. Entre la charge mentale, la charge d’emails et la charge d’événements plus ou moins mondains, nous n’aurons plus le temps de rien. Passer une heure à discuter sans jeter un oeil sur son smartphone relèvera du miracle (attends, tu disais?)(désolé·e, je suis sous l’eau je réponds vite à fait à cet email)(mais ouiiii je t’écoute, je peux très bien répondre à un texto en même temps). Car il est devenu chic de ne plus avoir le temps de rien. Car être occupé·e est devenu un marqueur de réussite sociale.

Et pourtant.

Etre constamment occupé·e n’est pas une fatalité.

Et certainement pas un conseil avisé.

Pourquoi ?

Comme nous dit Sénèque, cela nous empêche de vivre : « Aucune activité ne peut être poursuivie avec succès par un individu qui est préoccupé … puisque l’esprit, lorsqu’il est distrait, n’absorbe pas profondément, rejette tout ce qui est, pour ainsi dire, entassé. Vivre est l’activité la moins importante de l’homme préoccupé; Mais il n’y a rien qui soit plus difficile à apprendre… Apprendre à vivre prend toute sa vie. »

Comme nous dit Simone de Beauvoir, cela nous empêche de reconnaitre et d’apprécier le momentané : « Si la satisfaction d’un vieil homme de boire un verre de vin ne compte pour rien, alors la production et la richesse ne sont que des mythes creux ; ils n’ont de sens que s’ils sont susceptibles d’être récupérés dans la joie individuelle et vivante. Le gain de temps et la conquête de loisirs n’ont pas de sens si nous ne sommes pas touchés par le rire d’un enfant à jouer. » (Pour une morale de l’ambiguïté).

Nous avons pu entendre que l’ennui viendrait d’un manque de responsabilité, voire pire, d’un manque d’imagination. Il n’en est rien. L’ennui – et la lenteur qui en découle – est peut-être ce que nous avons de plus précieux aujourd’hui.

Rien de bon ni de durable ne sort de la précipitation ou de la vitesse. Les auteures américaines Joan Didion et Susan Sontag sont celles qui en parlent le mieux.

« J’ai besoin d’une heure seule avant le dîner, avec un verre, pour me rappeler ce que j’ai fait ce jour-là. Je ne peux pas le faire en fin d’après-midi parce que c’est trop proche. Par ailleurs, le verre aide. Il me permet de m’extraire des pages. Donc je passe cette heure à enlever des choses et à mettre d’autres choses. Puis je commence le lendemain en refaisant tout ce que j’ai fait la veille, en suivant ces notes du soir. Quand je travaille vraiment, je n’aime pas sortir ou avoir quelqu’un pour dîner, car alors je perds cette heure. Si je n’ai pas cette heure, et je commence le lendemain avec juste quelques mauvaises pages et nulle part où aller, je déprime. Une autre chose que je dois faire, quand je suis proche de la fin du livre, est en train de dormir dans la même pièce. C’est une des raisons pour lesquelles je rentre à Sacramento quand je termine quelque chose. D’une certaine manière, le livre ne vous quitte pas lorsque vous êtes endormie juste à côté. À Sacramento, personne ne se soucie si je sors ou pas. Je peux simplement me lever et commencer à taper. » (Joan Didion, The Paris Review).

« J’écris avec un feutre, ou parfois un crayon, sur des carnets jaunes ou blancs, ce fétiche des écrivains américains. J’aime la lenteur de l’écriture à la main. Ensuite, je retranscris et annote partout. Et je le retape, en faisant les corrections à la fois à la main et sur la machine à écrire, jusqu’à ce que je ne voie pas comment faire mieux. Jusqu’à il y a cinq ans, c’était tout. Depuis, il y a un ordinateur dans ma vie. Après la deuxième ou troisième version, je le tape à l’ordinateur, donc je n’ai plus à retaper le manuscrit en entier, mais je continue à annoter à la main les différentes versions écrites sur l’ordinateur (Susan Sontag, The Paris Review).

Ce qu’on peut donc vous souhaiter de mieux pour cette année ? Le rien !

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