L’interview de Danièle Kapel-Marcovici

Danièle Kapel-Marcovici est une femme d’affaire. Elle est à la tête de RAJA, une entreprise européenne d’emballage et de fourniture créé par sa mère, Rachel. Mais ce n’est pas tout. Danièle Kapel-Marcovici est également une collectionneuse d’art contemporain et une mécène engagée en faveur des femmes. Pour toutes ces raisons, nous l’avons rencontrée.

Les Glorieuses – Vous êtes la preuve qu’on peut être une cheffe d’entreprise accomplie sans jamais mettre de côté la dimension politique de votre travail. Comment concilier l’entrepreneuriat et l’activisme ?

Danièle Kapel-Marcovici – J’ai toujours considéré que le rôle de l’entreprise n’était pas seulement économique mais aussi social et sociétal. C’est avec cette conviction que je dirige le Groupe RAJA, en respectant l’égalité professionnelle et salariale entre les femmes et les hommes, en refusant toute forme de sexisme, en insufflant dans l’entreprise des valeurs fortes de solidarité et de respect. Pour toutes ces raisons et avec la réussite économique de l’entreprise, j’ai créé la Fondation RAJA-Danièle Marcovici en 2006 afin de concrétiser plus fermement mon engagement en faveur de l’émancipation des femmes.

Depuis plus de 12 ans, la Fondation RAJA finance des projets associatifs partout dans le monde dans trois domaines : l’éducation & l’action sociale, la formation & l’insertion professionnelle et la lutte contre les violences et pour les droits des femmes. Depuis la création de la Fondation un budget de 8 millions d’euros a permis de cofinancer 422 projets portés par 250 associations dans 53 pays au bénéfice de 85 000 femmes.

La Fondation agit aussi en soutenant des campagnes de lutte contre les violences et défense des droits des femmes, comme par exemple la campagne de la FNSF (Fédération Nationale Solidarité Femmes) « Choisir la vie » contre les violences conjugales.

 

Les Glorieuses – La révolution pour l’égalité peut se faire à tous les niveaux. Une de vos actions est d’engager vos collaborateurs et collaboratrices du groupe RAJA en faveur des droits des femmes. Comment faites-vous ? 

Danièle Kapel-Marcovici – Je tiens aussi à ce que l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs soient sensibilisé.e.s et mobilisé.e.s. J’ai créé, en 2013, le programme RAJApeople, qui permet aux hommes et aux femmes de l’entreprise de s’impliquer via différents dispositifs : micro don mensuel, bénévolat de compétences, parrainage de projets, événements organisés tout au long de l’année etc.

Le dispositif de micro don a beaucoup de succès en interne. Nous avons 130 micro donatrices et donateurs chez RAJA, ce qui représente 20% de l’effectif.  Ce programme fédère les collaboratrices et collaborateurs et renforce le sens donné à leur vie professionnelle. Ils peuvent découvrir de nouveaux univers, partager et développer leurs compétences, en favorisant le dialogue entre le monde associatif et celui de l’entreprise. L’ensemble des dons collectés est reversé une fois par an à deux associations soutenues par la Fondation RAJA-Danièle Marcovici, élues par les salarié·e·s inscrit·e·s au programme.

A l’occasion du 8 mars nous organisons une semaine de mobilisation, en France et dans nos filiales européennes, en faveur des droits des femmes.

Nous mobilisons également les collaboratrices et collaborateurs sur des évènements collectifs, par exemple : participation à la marche contre les violences faites aux femmes samedi 24 Novembre à Paris, participation à la course solidaire La Nuit des Relais le 4 décembre au Grand Palais…

 

Les Glorieuses – Comment donner des idées aux autres chef·fe·s d’entreprise ?

Danièle Kapel-Marcovici – Créer une Fondation est un bel exemple d’engagement sociétal et solidaire pour une entreprise, quel que soit le domaine d’action. Un autre exemple pour les chef·fe·s d’entreprise est la mise en place d’opérations de produits-partage. Depuis 2015, nous avons élargi l’engagement de la Fondation avec la mise en place dans le Groupe RAJA du programme d’actions Femmes & Environnement. Pour chaque produit acheté dans une sélection de produits éco-responsables, l’entreprise verse à la Fondation un à deux € destinés à soutenir des projets associatifs en faveur des femmes et de l’environnement.  Ce programme s’adresse à nos 700 000 entreprises clientes en Europe.

 

Les Glorieuses – En finançant une étude sur la transition agricole et alimentaire, vous affirmez que celle-ci est source d’émancipation pour les femmes, que cela signifie-t-il ?

Danièle Kapel-Marcovici – Ce sont les femmes qui sont en général en première ligne pour la production et la transformation des aliments pour la famille. Gardiennes de savoirs et de biodiversité, elles sont le pilier de la sécurité alimentaire de la famille sur leur territoire, avec des systèmes de production plus ou moins diversifiés combinant des productions à vocation d’autosubsistance et des activités génératrices de revenus. Elles jouent un rôle clé, mais le plus souvent non valorisé.

Lorsque les femmes ont accès aux moyens de production et aux conditions qui leur permettent de libérer de leur temps, elles développent des activités génératrices de revenus (et génératrices d’autonomie), à partir de la production, transformation et mise sur le marché de produits agricoles et d’élevage.

Pour construire un monde plus viable écologiquement et socialement, il faut soutenir et accélérer le renforcement de la place des femmes dans la transition agricole et alimentaire. Avec la Fondation nous encourageons le développement de modes de production et de commercialisation agricoles et alimentaires contribuant à la sécurité alimentaire dans un contexte de changements climatiques.

 

Les Glorieuses – Vous avez pour ambition de faire de la Fondation RAJA un laboratoire d’idées pour les droits des femmes. En quoi cela consiste-il ?

Danièle Kapel-Marcovici – J’ai confié à la Fondation trois missions complémentaires : soutenir financièrement des projets associatifs, impliquer les collaboratrices et collaborateurs du groupe RAJA, dénoncer, informer et contribuer aux plaidoyers pour vaincre les inégalités. Dans le cadre de cette dernière mission, la Fondation développe des actions de sensibilisation sur les droits des femmes auprès de différents publics. Ainsi, depuis 2013, j’organise les « Fondation RAJA Women’s Awards » pour valoriser des actions exemplaires menées par les associations. Nous participons également à des actions collectives en partenariat avec d’autres fondations telles que la production audiovisuelle « ELLES ont toute une histoire » qui met en avant de témoignages émouvants et sincères de jeunes filles et de femmes, sur le long chemin qui reste à parcourir pour atteindre l’égalité. Je vise ainsi à faciliter les échanges d’expériences avec les autres acteurs impliqués sur la cause des femmes afin d’améliorer l’efficacité des actions sur le terrain et de contribuer à leur développement.

 

Les Glorieuses – Selon vous, quels sont les grands enjeux liés aux droits des femmes au XXIème siècle en France et dans le monde ?

Danièle Kapel-Marcovici – Les progrès accomplis restent encore trop lents et trop inégaux. La volonté politique et les moyens financiers manquent partout. Le mouvement #MeToo a ainsi mis en évidence que la problématique de violences faites aux femmes reste une réalité dans de nombreux pays même en France : en 2017 en France, une femme mourait tous les 2,7 jours sous les coups de son partenaire et pourtant 1/3 d’entre elles étaient identifiées comme victimes par les services de police ou leur entourage.

L’actualité montre que de nombreux droits restent à conquérir et ceux obtenus sont régulièrement remis en cause dans une époque marquée par la montée des individualismes, des conservatismes et des obscurantismes de tous bords. La remise en cause de la démocratie, les régimes autoritaires, la guerre, frappent d’abord les femmes et leurs droits sont les premiers à être bafoués ! De nombreux pays européens remettent ainsi en cause le droit à l’avortement en le limitant ou en rendant son accès difficile : Pologne, Irlande, Chypre, Espagne, Portugal, Slovaquie.

Même quand, comme ici en France, les hommes et les femmes sont égaux en droits, entre la loi et son application, il persiste un écart important et les conditions d’émancipation féminine sont en effet encore loin d’être acquises.

 

Les Glorieuses – En tant qu’activiste féministe, nous voulons parvenir à l’égalité entre les femmes et les hommes. Que dire à quelqu’un·e qui veut s’engager pour la cause sans savoir où commencer ?

Danièle Kapel-Marcovici – On constate depuis quelques années un retour du féminisme et de plus en plus d’associations et de fondations militent dans ce domaine. Il est largement temps d’ouvrir les yeux et de mettre un terme à la violence sous toutes ses formes : viol, harcèlement, abus de pouvoir… S’engager pour la cause des femmes reste cependant, comme toute forme d’engagement, une démarche très personnelle.  Mais il est facile aujourd’hui de s’informer et d’agir dans le cadre d’associations ou de mouvements féministes. La lutte passe aussi par la dénonciation des stéréotypes, l’éducation de nos enfants et les changements de nos comportements. Repenser nos gestes et mots du quotidien en appliquant le filtre « égalité femmes-hommes » peut par exemple être un exercice très utile ainsi que valoriser des modèles féminins inspirants quel que soit le secteur ou l’activité, pour ouvrir le champ des possibles aux jeunes générations.

Ce contenu est présenté par la fondation RAJA.

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