100% des femmes sont harcelées

100% des femmes ont vécu une expérience de harcèlement dans les transports. Et pourtant, cela n’a pas empêché les sénateurs de retirer le terme de “harcèlement sexiste” de la proposition de loi relative à la sûreté dans les transports. Grâce à des organisations féministes comme Paye ta Shnek cette mention a été remise dans l’article 14 de la loi. Pourquoi ? Pour faire comprendre que le quotidien des femmes dans l’espace public est différent.

Comment t’est venue l’idée de monter une action contre le harcèlement sexuel, le harcèlement sexiste et les agressions sexuelles dans l’espace public ?

En le vivant, et surtout en me rendant compte que je le vivais… En 2012 Sophie Peteers signait une vidéo filmée en caméra cachée dans son quartier à Bruxelles, où l’on voit et entend comment les hommes agissent avec elle sous prétexte qu’elle porte une robe. Comme beaucoup de femmes, je me suis immédiatement reconnue. Quelques jours plus tard, j’ai été poursuivie en voiture par un homme dont j’avais ignoré les avances à un feu rouge. En parlant avec des amies, je me suis rendue compte que nous avions toutes des choses à dire à ce sujet. L’idée de monter un projet est issue de cette conversation entre copines… avec, au passage, l’intention de contribuer à défaire le racisme qui entourait le débat sur le harcèlement de rue.

Pourquoi ce format d’un blog sur Tumblr et d’une page Facebook

Tumblr permet d’avoir un aspect participatif, pour que chaque personne puisse témoigner anonymement. Et c’est une manière de communiquer à budget zéro, ce qui est un argument de taille…

Le côté graphique est un parti pris, je voulais mettre en avant les mots, sans détail, sans ornement, pour qu’on se les prenne en pleine poire en les lisant. La typographie est donc l’outil idéal pour avoir ce rendu. En plus, je ne pense pas avoir les épaules d’une militante « dans la vraie vie », être derrière un écran me donne une liberté de ton et de parole que je n’aurais peut-être pas pu m’approprier dans un espace physique. Comme pour les personnes qui ont témoignées, ça nous a permis de parler de ce qu’on vit sans crainte.

Je suppose qu’il y a eu un certain nombre de moments forts dans l’aventure mais peux tu nous en partager un particulièrement marquant ?

Je crois que c’est la campagne autour de l’article 14, au mois de février, qui m’a le plus marquée. Le Sénat avait supprimé un article prévu pour lutter contre le harcèlement sexiste, d’un projet de loi concernant la sécurité dans les transports. Pour appuyer la pétition qui existait, demandant de ré-intégrer cet amendement au texte, j’ai réalisé une série d’affiches sur PTS, avec les Féministes par Inadvertance à la rédaction, qui étaient en libre téléchargement. J’espérais naïvement que des abonné-es les imprimeraient et les afficheraient. Quelques jours plus tard elles étaient vraiment imprimées et affichées un peu partout en France. C’était super émouvant, et en plus on a gagné. Merveilleux !

Peux-tu nous définir ton féminisme ?

Mon féminisme est juste bienveillant, je crois. Il est bien sur issu d’une profonde colère, mais il est surtout inclusif, pro-droits et pro-choix. On a compris que le sexisme est un fil rouge, qui en rejoint plein d’autres, comme le racisme, l’homophobie, la transphobie, etc… mon féminisme est là pour chaque personne qui en a besoin, si et seulement si elle en a besoin, quelle que soit sa condition, ses choix, son parcours ou son vécu.

C’est un féminisme qui prend en compte les intersections entre les différents types d’oppression, c’est là un changement majeur, créé, développé et diffusé par l’afroféminisme, qui m’inspire beaucoup. Je m’inscris dans un courant neuf, qui a appris de ses erreurs, et qui ne veut surtout nuire à personne ou laisser quiconque de côté.

Et c’est un féminisme curieux, qui donne la place à l’écoute et au dialogue, on écoute les personnes concernées avant de se faire un avis sur un sujet qui ne nous touche pas directement… J’adore mon féminisme !

Quelle femme voudrais-tu voir au Panthéon des Glorieuses ?

Vous voulez en savoir plus ? Anaïs a publié un livre recueillant les témoignages de 5399 femmes qui ont subi le harcèlement sexiste.

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