Divines est le film de la rentrée. Il avait fait sensation à Cannes et a été récompensé de la Caméra d’or, comme meilleur premier film.

Divines évoquerait Martin Scorsese dans sa juste représentation du banditisme new-yorkais. Il serait le meilleur film du dernier festival de Cannes. Encore mieux, il ne représenterait pas « la banlieue » mais des jeunes femmes en quête d’émancipation. Divines est probablement tout cela à la fois. Houda Benyamina, pour son premier long-métrage, met en scène Dounia qui décide de suivre Rebecca, une dealeuse respectée de sa banlieue parisienne…

Rencontre avec une réalisatrice qu’on admire, Houda Benyamina. Houda Benyamina ou Uda Benyamina, française, de parents marocains, née en 1980 à Viry-Chatillon, est une réalisatrice, scénariste, actrice, de cinéma. Elle obtient en mai 2016 au festival de Cannes la Caméra d’or pour son premier long métrage, Divines. Elle est également fondatrice de l’association 1000 Visages, qui a pour but de démocratiser le cinéma.

Les Glorieuses : Vous n’en seriez jamais arrivée là si…

Deux personnes m’ont profondément marquées. Tout d’abord la rencontre avec Marcel Pagnol, qui m’a été introduit par un surveillant dans mon école et avec Grégory Protche qui m’a mis entre les mains Voyage au bout de la nuit.

Les Glorieuses : En quoi le fait d’être une femme a-t-il influencé votre carrière ?

Evoluer en tant que femme dans un milieu masculin, blanc et parfois raciste est évidemment plus compliqué que lorsqu’on est un homme. Mais je suis contente de cette difficulté. L’effort fait partie du plaisir. Le fait qu’on puisse donner la vie, qu’on ait le pouvoir de porter la vie en nous, nous donne un rapport au vivant différent. Une femme vit plus d’émotions car elle donne la vie dans un cri. On touche de près la mort. Ce rapport à la souffrance est tel que notre rapport à la vie est beaucoup plus tenace. Nous avons une conscience de la valeur de la vie qui est beaucoup plus grande.

« Evoluer en tant que femme dans un milieu masculin, blanc et parfois raciste est évidemment plus compliqué que lorsqu’on est un homme. Mais je suis contente de cette difficulté. »

Les Glorieuses : En quoi Divines est-il un film résolument féministe ?

Divines ne touche pas directement à la question des femmes. Ce film dépasse la frontière entre les hommes et les femmes pour toucher des lieux communs. Le besoin de reconnaissance, de dignité, de grâce, de sensualité des personnages principaux fait que les schémas dans lesquels les femmes et les hommes sont cantonnés n’existent plus. Nous sommes prêts à revoir la question du genre. Il ne faut pas que les femmes se positionnent par rapport aux hommes. Depuis Adam et Eve, les femmes sont représentées comme l’attribut des hommes. Si je me bats au quotidien pour les femmes je le fais aussi les femmes et les hommes des quartiers, les désaxés, les injustices.

« Si je me bats au quotidien pour les femmes je le fais aussi les femmes et les hommes des quartiers, les désaxés, les injustices. »

Les Glorieuses : Votre discours à Cannes a transporté beaucoup de monde. D’où vient l’expression « T’as du Clito » ?

Je l’ai inventé. Une fille m’a dit une jour : « t’as des couilles » et je lui ai simplement répondu « non, je n’en ai pas. Par contre, j’ai du clito. »

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