Les trentenaires sont en burn out

Cette semaine, nous vous proposons une interview de Valérie Lecasble, experte des médias en France. Aujourd’hui Vice-Présidente de TBWA Corporate, elle a auparavant dirigé France Soir, I-Télé, et Le Nouvel Economiste.

Avant même de commencer l’interview, Valérie nous conseille un très beau documentaire sur une grande dame du journalisme, Françoise Giroux, sur France 2 (Un jour un destin).

Valérie nous parle du phénomène du 4/5ème qui touche beaucoup de jeunes mères dans le monde du travail et qui est en partie responsable des burn out. Elle nous apprend également l’impact de nouvelles icônes féministes comme Sheryl Sandberg sur les femmes qui travaillent. Elle nous livre enfin sa solution pour garantir davantage de diversité dans les médias.

Les Glorieuses

Les Glorieuses : Quel phénomène touche particulièrement les femmes dans le monde du travail ?

Valérie Lecasble : Le 4/5ème (ou 80%) dans le cadre d’un congé parental est de plus en plus fréquent chez les jeunes mères. Elles choisissent le mercredi et le consacre aux enfants. La formule est précaire : étant donnée la pression sur la marché du travail, on leur demande de faire la même chose en quatre jours au lieu de cinq. La pression de la réussite professionnelle conjuguée avec la réussite de l’éducation enfants : ce sont les ingrédients d’un burn out.

Pourquoi choisissent-elles ce format du 4/5ème?

Aujourd’hui, les femmes veulent s’occuper elles-mêmes de leurs enfants. A cause du thème de l’enfant roi, l’éducation des enfants en devenue beaucoup plus exigeante : il existe une culpabilité des femmes lorsqu’elles ne sont pas 100% dédiée à leurs enfants. Alors que moi j’ai été élevée avec une mère très absente, et cela ne me semblait pas insupportable. La jeune génération trouve cela intolérable.

De plus, les femmes font des enfants plus tard, lorsqu’elles ont déjà des responsabilités (entre 30 et 40 ans). Comme elles ont déjà ces responsabilités, elles n’arrivent pas à tout concilier et elles privilégient l’enfant.

Les femmes de la génération Y sont plus touchées par ce phénomène que leurs mères, pourquoi ?

Il y a un changement de valeur profond de la société. La génération Y est très individualiste, le collectif ne prime pas. Les femmes ne sont plus prêtes à faire des sacrifices sur leur famille, leurs enfants et surtout pour une carrière hypothétique. Cette génération a vu ses parents se faire renvoyer de leurs emplois et considèrent ce sacrifice inutile. Alors que nous on voulait changer le monde, les jeunes veulent profiter de la vie. Cette autre vie implique un retour chez soi avec des valeurs familiales.

Qui sont les nouvelles icônes féministes ?

Chez TBWA, les femmes s’identifient à Sheryl Sandberg, iconique. Elle est l’auteur de En avant toutes et encourage les jeunes femmes à prendre davantage la parole lors de réunions internes et d’événements publics.

Un de ses premiers conseils était qu’il fallait trouver un bon conjoint car c’est la première personne qui va l’encourager chaque matin.

Je suis tout à fait d’accord avec ça. Quand je refais le film, je me rends compte pendant 30 ans je n’ai jamais eu un reproche par rapport au fait que je travaillais beaucoup. Et malheureusement, la majorité des femmes n’a pas cette chance.

Un autre élément que Sheryl Sandberg affirme est que les femmes anticipent le fait qu’elles vont faire des enfants et refusent des promotions alors même qu’elles n’ont pas de conjoint.

Mon intuition est différente. Je pense que les femmes acceptent les promotions et font des enfants alors qu’elles ont déjà des responsabilités. Lorsqu’elles ont des enfants, elles n’arrivent pas à jongler entre le fait d’être mère et d’avoir ces responsabilités, qui requièrent une forte disponibilité. C’est à ce moment là qu’elles préfèrent quitter le monde du travail.

Autre élément fondé sur mon expérience personnelle, tout ce que je gagnais passait à l’éducation des enfants. Jusqu’à il y a 10 ans, tout mon salaire était dédié à la nounou, l’école, les vacances, la femme de ménage. C’est un arbitrage. Certaines femmes préfèrent pour le même prix rester à la maison.

Comment faire pour améliorer la représentativité des femmes dans les médias ?

Il faut imposer des quotas pour les femmes et la diversité. Les experts interrogés à la télévision doivent représenter la société française, et on en est loin. Et les femmes expertes sont plus jeunes. Ne pas avoir laissé les femmes devenir des expertes jusqu’à présent est une chance pour la nouvelle génération. Cela lui permet d’être plus représentée.

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