Sélectionner une page

  Pour lire cette newsletter, on propose en fond sonore : Angèle – Je veux tes yeux 👀

17h30, réunion de crise. Il y a ce mec qui m’envoie environ 5 messages par jour depuis 2 semaines, depuis que nous nous sommes entr’aperçus 10 min à la soirée de Clémence. Le mec est lourd. Son ego surdimensionné me pèse, il ne me parle que de lui et, surtout, il est sûr que j’ai envie de le revoir. Malheureux! Il ne s’est jamais demandé ce dont j’avais envie.

On part donc sur une formule classique mec relou.

Je ne valide pas du tout ce type. Et pourtant, il m’obsède. Cela fait 2 semaines que j’essaye de trouver une excuse pour qu’il me lâche définitivement la grappe.

« Mon chien est malade, je ne vais pas pouvoir venir ce soir » ;  «Ah? Bizarre que nous ne nous soyons pas croisés en cours aujourd’hui » (tu parles, je fais le parcours du combattant pour éviter de lui tomber dessus) ; « Il y a la grève des RER faut que je parte tôt du lycée »  (s’il savait que je venais en cours à pied ahah). C’est fatiguant de mentir. C’est fatiguant de trouver des excuses pour ne pas le blesser, pour ne pas « passer pour une meuf sans coeur ». Comme si lui se foulerait une demi seconde pour trouver des excuses. Il m’aurait nexté direct, et en bonne conscience.

Clémence, ma pote qui a organisé cette réunion me coupe court : « Glowy, depuis quand tu ne peux pas le nexter toi aussi? » Ah oui tiens. Simone de Beauvoir aurait peut être dit que c’est parce que je suis une fille et que les attentes de la société sont différentes : je suis née pour complaire aux attentes des mecs. Je deviens femme en me conformant à eux. Comme si j’avais besoin que ce soit lui qui décide de ne plus me parler parce que l’inverse serait impensable. Peut être que Simone de Beauvoir aurait dit en 2018 que nexter, quand on est une fille, est un acte politique. Parce qu’on remet en cause toutes les attentes normales que les hommes exigent des femmes.

Trouver des excuses bidons c’est me rabaisser. C’est nuancer ma pensée. C’est remettre en question ma liberté de dire non. Dans ce cas, quand je me justifie, je donne les pleins pouvoirs  à ce mec. Je lui accorde le droit d’avoir le fin mot de l’histoire, d’accepter ou non mes excuses.

Clémence jubile. Elle voit bien que je commence à cerner le problème : à aucun moment je n’ai de comptes à rendre à cette personne et lui dire cash que je n’ai pas envie de le revoir c’est avant tout me respecter. En le nextant en bonne conscience, je m’assume.

On réfléchit donc à un sms cordial mais franc pour lui faire comprendre que lui et moi c’est pas envisageable, même sur une île déserte. J’avoue qu’on trouve un peu notre inspiration sur l’Instagram d’Ex Relou. Voici donc les règles du nextage cordial mais franc :

  1. Tu ne t’excuseras point ; car on ne se rabaisse pas aux lourdingues. Tu parleras en ton âme et conscience, tu affirmeras ta position.
  2. Tu resteras sympa ; parce que bien que lourd, le mec reste humain et ça, on respecte.
  3. Tu feras court ; le message doit tenir en un tweet. Donc on évite la sémiotique mélodramatique, genre les points de suspension. On va droit au but.

Au bout de 2 heures en cellule de crise, on se décide à envoyer ça :

« Hello, j’espère que tu vas bien! J’ai bien réfléchi et » (sans blague) « J’ai bien réfléchi et je ne suis pas partante pour que nous nous revoyons en dehors des cours. J’espère que tu comprends ! À plus, Glowy ».

Bien sur qu’il ne comprend pas, on vient de lui froisser son ego. Mais il s’en remettra.

Crédits photo : Ex Relou (2018) ; GIF Tkay Maidza

LA newsletter des ados féministes

La newsletter qui vous inspire

Privacy consent

Vous êtes inscrit•e. Bienvenue chez les Glorieuses et à mercredi prochain !