Faut-il être nue pour entrer au musée ?

C’est un fait. Les femmes sont mal représentées dans le monde des arts. Les chiffres sont éloquents : à peine 25% des expositions de la Tate Modern sont consacrées à des artistes femmes ; au Met 4% des artistes de la collection sont des femmes ; le MoMa ne fait pas mieux : 7% des œuvres exposées ont été réalisées par des femmes. Dans le monde de l’art, seules 19 femmes font parties des 500 artistes les mieux côtés du monde.

Heureusement que les Guerrilla Girls sont là. Ce collectif américain médiatise régulièrement le manque de visibilité des femmes artistes.

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Les femmes doivent-elles être nues pour entrer au musée du Met ? Moins de 4% des artistes de la section « art moderne » sont des femmes, mais 76% des nus sont des femmes.

Ce problème de représentativité est encore plus important pour les artistes femmes racisées. On ne peut pourtant pas le justifier en insinuant qu’il y en a moins : Renee Cox, Faith Ringgold, Lorna Simpson, Carrie Mae Weems… pour ne citer que les américaines. Pour résoudre cette problématique, des collectifs s’organisent. Black Salt, par exemple, aide les femmes racisées à percer dans le monde de l’art. Pourquoi ? Perkins, une de ses fondatrices, affirme qu’il s’agit d’une réponse au monde de l’art institutionnalisé, centré sur les blancs et en particulier les hommes.

Une des solutions des Glorieuses est de vous proposer un Panthéon de femmes – qui comprend entre autres des artistes – pour montrer que les génies sont là, elles existent.

Interview de Philomène Cohen, fondatrice de SpeciWomen

Cette jeune entrepreneuse (17 ans) française et basée à NYC a créé en 2015 une plateforme web afin de mettre en avant les futures Frida, Nina Simone ou Pina Bausch. L’objectif est de montrer que la prochaine génération aura pour mettre mot l’égalité entre les genres. On peut également la voir parler des artistes du futur sur TedxYouth.

Pourquoi es-tu féministe ? 
Je suis féministe parce que mon plus grand désir est d’un jour assister à un monde d’égalité des sexes, parce que le sexe féminin représente la moitié de la planète et qu’il est hors de question qu’il soit oublié, masqué, diminué. Je suis féministe parce que je crois en l’avenir de la femme, en son pouvoir et en son indépendance. Je suis féministe parce que j’aime mon sexe et que je veux partager cet amour avec chaque être vivant. Je suis féministe parce que je trouve inadmissible que les femmes doivent se comporter comme une minorité alors que ce n’est pas le cas. Je suis féministe parce que je ne peux pas vivre dans un monde où mon point de vue est secondaire.

Pourquoi t’es-tu engagée ?
Le monde est aveugle. Les paresseux pensent que la quête pour l’égalité s’est finie il y a plusieurs décennies. Je faisais partie de ces gens là. Ayant été élevée dans une société purement patriarcale, on m’a toujours donné des repères sexistes et inégaux. Que ce soit au niveau culturel, scolaire, politique ou même dans le comportement des jeunes de mon âge. Le mâle dominant. C’était une habitude pour moi, je ne voyais qu’une seule des deux facettes du monde. Pas un ouvrage écrit par une femme écrivain étudié dans mes cours de français au collège et au lycée, mais les maths et la physique n’étaient pas pour les filles non plus. Les garçons et les filles étaient séparés quant à leurs activités extra-scolaires et si un garçon avait le malheur de s’intéresser à l’art, il était vu comme “homosexuel”. Oui, tous ces clichés, atterrants, sont ceux autour desquels j’ai grandi. Un jour, j’ai eu le déclic, l’alarme s’est déclenché. C’était pendant un stage dans une des plus prestigieuse galeries de New York. J’étais chargée de photocopier des textes des archives du Metropolitan Museum pour préparer une exposition retrospective sur l’artiste Francis Bacon. Comme la photocopieuse était très lente, j’avais le temps de regarder qui avait écrit l’article, le livre ou qui avait rédigé l’interview sur Bacon. Tout d’un coup, je me surpris moi même, cela faisait le onzième article que je photocopiais et pas un avait été écrit par une femme. Je finissais rapidement les photocopies et une fois revenue à mon bureau, je me plongeais dans les archives du site de la galerie pour vérifier combien de femmes avait été exposées au cours de l’année passée. Zéro. Je cherchais dans les années précédentes. Une. Deux en dix ans. Je m’empressais alors de reproduire cette recherche pour toutes les plus grandes institutions culturelles autour du monde. Le pourcentage de représentation du travail des femmes artistes était choquant. Comment est ce que le monde dans lequel je vivais, dans lequel nous vivions tous et toutes, pouvait être si maigre, si pauvre artistiquement? Comment l’art, reflet de la société, ne pouvait il n’avoir qu’un seul oeil? C’est à partir de ce moment que j’ai décidé de m’engager pour mon sexe, pour toutes les femmes de ce monde, petites et grandes, jolies et moches, grosses et minces, noires et blanches. Je diffuse, je dénonce, je partage, je promeut, j’organise, j’agis. Parce que seuls les actes sont efficaces. Il ne faut plus se mentir, il ne faut plus procrastiner, il ne faut plus minimiser. Aujourd’hui, il faut agir.

Comment vois-tu ton engagement dans 5 ans ? Dans 10 ans ?
Dans cinq ans, dans dix ans, j’espère avoir convaincu, mobilisé assez de personnes pour faire en sorte que le futur soit riche, diversifié et égal.

Qui est ton modèle féminin ? Qui souhaites-tu ajouter au Panthéon des Glorieuses ?
Mon modèle féminin c’est Marie Curie. La détermination, et la force de cette femme, ce qu’elle a accompli et son combat sans répit me rappelle que c’est possible, dans les moments où je doute. J’ai lu le livre de Rosa Montero, L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir, dans lequel elle parle de Marie comme une mentor, une marraine, une superwoman. Marie c’est une battante, elle a agit. Elle fait partie de l’évolution, de l’Histoire, elle a eu sa place. Au milieu de tous ces hommes, plus sexistes les uns que les autres, elle a réussi à leur prouver, que la femme était intelligente, que la femme était inventive, que la vision de la femme était indispensable à la science et à toutes les autres profession. Pour moi, Marie Curie est comme une boussole, une petite voix qui me motive et me renforce. Mais s’il n’y avait qu’elle qui était Glorieuse… Francesca Woodman, Patti Smith, Pina Bausch, Tatiana Trouvé, Marguerite Duras, George Eliot, Audrey Hepburn, Rei Kawakubo, Camille Claudel, Simone de Beauvoir, Frida Kahlo, Sophie Calle, Nina Simone. Toutes ces femmes, toutes ces artistes, tous ces points de vues, toutes ces oeuvres. Mais les Glorieuses ne ont pas seulement les femmes d’hier, et les femmes d’aujourd’hui, elles sont aussi les femmes de demain.
Toutes les jeunes artistes que j’interview chaque semaine sur Speciwomen sont les Glorieuses du futur. Les nouvelles maitresses, les nouveaux modèles, celles qui mènent la quête de l’égalité et qui nourrissent l’art, chaque jour.

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