Alors que nous sommes raillés par la presse internationale pour interdire un vêtement féminin qui ne serait pas conforme aux idées de nos pères fondateurs (à quand l’interdiction du slip kangourou svp), les États-Unis voient le mari de Michelle Obama et accessoirement leur président publier une tribune historique dans Glamour. Sans condition préalable, Barack Obama est féministe.

Pourquoi avons-nous décidé de traduire ce texte ? Nous souhaitons montrer qu’il est possible d’avoir un chef d’Etat qui se dise ouvertement féministe sans avoir à redéfinir une fois de plus le terme, qui affirme ouvertement que les femmes de sa vie ont été indispensables à sa réussite, qui rend hommage à ses filles pour lui avoir ouvert les yeux sur les stéréotypes dans lesquels on souhaiterait les voir s’enfermer dès le plus jeune âge.

Le féminisme est un mouvement politique que nos représentants doivent s’approprier et qui concerne toutes les femmes et tous les hommes. Cela ne doit pas devenir un prétexte pour enfermer des femmes – soit dit en passant l’interdiction du burkini ne va pas les inciter à fêter l’anniversaire du bikini mais plutôt à rester chez elles, quel dommage. Le féminisme en France a toujours un objectif : donner aux femmes les mêmes opportunités que les hommes. En espérant que le texte d’Obama fasse des émules.

Ps : Le titre est librement inspiré des titres effarants lus suite aux victoires d’athlètes féminines aux JO de Rio.

Illustration de Liza Donnelly (@LizaDonnelly)

TRIBUNE DE BARACK OBAMA DANS GLAMOUR

Merci à la Glorieuse Fanny L. pour sa contribution (en tant que traductrice) !

« Il y a bien des aspects difficiles à la fonction de président. Mais il y a des avantages aussi. Rencontrer des gens extraordinaires à travers le pays. Avoir un emploi qui a un impact sur notre nation. Le Air Force One (l’avion privé de la Présidence des Etats Unis, ndlr).

Mais le privilège le plus inattendu de ce travail a probablement été de vivre à quelques pas de mon bureau. Pendant de nombreuses années j’ai passé la plus grande partie de mon temps à effectuer de longs trajets entre chez moi, à Chicago, et Springfield, quand j’étais sénateur de l’Etat d’Illinois, puis jusqu’à Washington, quand j’étais sénateur américain. Je devais alors travailler encore plus dur pour être le mari et le père que je voulais être.

Mais pendant les sept dernières années et demi, ce trajet a été réduit à 45 secondes : le temps qu’il faut pour aller de mon salon au bureau ovale. En conséquence, j’ai été en mesure de passer beaucoup plus de temps à regarder mes filles devenir des jeunes femmes intelligentes, drôles, gentilles, et merveilleuses.

Ce n’est pas toujours facile non plus, de les regarder se préparer à quitter le nid. Mais ce qui me rend optimiste,  c’est que c’est une époque extraordinaire pour être une femme. Les progrès que nous avons réalisés au cours des 100 dernières années, des 50 dernières années, et même ces huit dernières années, ont rendu la vie beaucoup plus facile pour mes filles qu’elle ne l’a été pour mes grands-mères. Et je dis cela non seulement en tant que Président, mais aussi en tant que féministe.

Au cours de ma propre vie, nous sommes passés d’un marché du travail où les femmes n’avaient accès qu’à une poignée de postes souvent mal payés, à une époque où les femmes représentent environ la moitié de la population active et où elles sont en tête dans tous les secteurs, du sport à l’espace, en passant par Hollywood et la Cour suprême. J’ai vu comment les femmes ont gagné la liberté de faire leurs propres choix : sur leur corps, leur formation, leur carrière, leurs finances. Le temps où vous aviez besoin d’un mari pour obtenir une carte de crédit est révolu. En fait, plus que jamais, les femmes, mariées ou célibataires, sont financièrement indépendantes.

Il ne faut donc pas minimiser l’importance des progrès que nous avons accomplis. Ce serait mal rendre justice à ceux qui ont passé leur vie à se battre pour ces droits. Néanmoins, il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour améliorer les perspectives des femmes et des filles ici et partout dans le monde. Et même si je compte continuer à travailler à la création de politiques égalitaristes – de l’égalité des rémunérations à travail identique à la protection des droits liés à la procréation – il existe des changements qui n’ont rien à voir avec l’adoption de nouvelles lois.

En fait, le changement le plus important est peut-être le plus dur de tous : nous devons changer qui nous sommes.

J’en ai longuement parlé lors du premier Sommet sur le statut des femmes qui s’est tenu à la Maison Blanche en juin. Malgré nos progrès, nous restons trop souvent coincés par des stéréotypes sur la façon dont les hommes et les femmes devraient se comporter. Une de mes héroïnes est la députée Shirley Chisholm, qui était la première Afro-Américaine à se présenter aux primaires d’un grand parti. Elle a dit: « Le stéréotypage émotionnel, sexuel et psychologique des femmes commence quand le médecin dit:« C’est une fille. » » Nous savons que ces stéréotypes affectent la façon dont les filles se voient dès leur plus jeune âge, en leur faisant sentir que si elles ne ressemblent ou n’agissent pas d’une certaine façon, elles ont en quelque sorte moins de valeur. En fait, les stéréotypes de genre nous touchent tous, quel que soit notre sexe, notre genre ou notre orientation sexuelle.

Les personnes les plus importantes de ma vie ont toujours été des femmes. J’ai été élevé par une mère célibataire, qui a passé une grande partie de sa carrière à promouvoir l’émancipation des femmes dans les pays en développement. J’ai vu ma grand-mère, qui a aidé à m’élever, gravir les échelons d’une banque jusqu’à briser le plafond de verre. J’ai vu comment Michelle a su trouver l’équilibre entre les exigences d’une carrière bien remplie et celles d’une famille à élever. Comme beaucoup de mères qui travaillent, elle s’est inquiétée des attentes et des jugements sur la façon dont elle devrait gérer les compromis, sachant que peu de gens mettraient en doute mes choix à moi. Et la réalité est que quand nos filles étaient jeunes, j’étais souvent loin de la maison à servir l’État, tout en jonglant avec mes responsabilités d’enseignement en tant que professeur de droit. Je peux aujourd’hui regarder en arrière et voir que, même si j’aidais, c’était généralement selon mon calendrier et mes conditions. Le fardeau est revenu à Michelle de manière disproportionnée et inéquitable.

Je pense que j’ai toujours été très conscient des défis auxquels les femmes sont confrontées – c’est ce qui a façonné mon féminisme. Mais je dois aussi admettre que lorsque vous êtes le père de deux filles, vous devenez encore plus conscient de la façon dont les stéréotypes sexistes imprègnent notre société. Vous voyez les signaux sociaux – certains subtils et d’autres pas si subtils – transmis par notre culture. Vous ressentez l’énorme pression à laquelle les filles sont soumises pour ressembler et se comporter d’une certaine façon.

Et ces mêmes stéréotypes ont influencé ma propre conscience quand j’étais jeune homme. En grandissant sans père, j’ai passé beaucoup de temps à essayer de comprendre qui j’étais, comment le monde me percevait, et quel genre d’homme je voulais devenir. On intègre facilement toutes sortes de messages que la société renvoie à propos de la masculinité, et on en vient à croire qu’il y a une bonne et une mauvaise façon d’être un homme. Plus j’ai vieillis, plus je me suis aperçu que les idées que je me faisais sur la façon dont on devenait un gars dur ou un mec cool ne me ressemblaient pas. Elles n’étaient qu’une manifestation de ma jeunesse et de mon insécurité. La vie est devenue beaucoup plus facile quand j’ai commencé à être moi-même.

Nous avons donc besoin de briser ces barrières. Nous devons continuer à changer cet état d’esprit qui apprend à nos filles à être sages et à nos garçons à être autoritaires, qui critique nos filles lorsqu’elles s’expriment et nos fils lorsqu’ils versent une larme. Nous devons continuer à changer l’état d’esprit qui punit les femmes pour leur sexualité et récompense les hommes pour la leur.

Nous devons continuer à changer l’état d’esprit qui justifie le harcèlement systématique des femmes, qu’elles soient en train de marcher dans la rue ou d’oser aller sur internet. Nous devons continuer à changer l’état d’esprit qui apprend aux hommes à se sentir menacés par la présence et le succès des femmes.

Nous devons continuer à changer l’état d’esprit qui implique de féliciter les hommes lorsqu’ils changent une couche, de stigmatiser les pères au foyer, et de pénaliser les mères qui travaillent. Nous devons continuer à changer l’état d’esprit qui valorise le fait d’être confiant, compétitif et ambitieux sur le lieu de travail – mais pas si vous êtes une femme. Car dans ce cas, vous devenez alors trop autoritaire, et tout à coup les qualités que vous pensiez nécessaires pour réussir finissent par être celles qui freinent votre avancée.

Nous devons continuer à changer une culture qui porte un jugement impitoyable sur les femmes et les filles de couleur. Michelle en a souvent parlé. Même après avoir atteint le succès, elle avait encore des doutes; elle avait à se soucier de savoir si elle s’habillait ou si elle agissait de la bonne façon, si elle était trop autoritaire ou trop « en colère ».

En tant que parent, aider vos enfants à s’élever au-dessus de ces contraintes est un processus d’apprentissage constant. Michelle et moi avons appris à nos filles à s’exprimer lorsqu’elles sont témoins d’une différence de traitement, quand elles se sentent injustement jugées à cause de leur sexe ou de leur race, ou quand elles remarquent que cela arrive à quelqu’un d’autre. Il est important pour elles d’avoir des modèles qui réussissent dans le domaine de leur choix. Et oui, il est important que leur père soit féministe, parce que c’est ce qu’elles attendent de tous les hommes.

Il est aussi, réellement, de la responsabilité des hommes de combattre le sexisme. Et en tant que conjoints, partenaires et amis, nous devons travailler dur et être intransigeants sur la façon dont nous créons des relations véritablement égales.

La bonne nouvelle est que partout où je vais à travers le pays, et partout dans le monde, je vois des gens qui repoussent les stéréotypes datés sur les rôles genrés. Des jeunes hommes qui ont rejoint notre combat pour mettre fin aux agressions sexuelles sur les campus d’universités, aux jeunes femmes qui sont devenues les premières Rangers de l’armée, votre génération refuse les vieilles façons de penser. Et vous nous aidez à comprendre qu’il n’est bon pour personne de forcer les gens à adhérer à des notions dépassées et rigides : hommes, femmes, gays, hétéros, transgenres, ou autre. Ces stéréotypes limitent notre capacité à simplement être nous-mêmes.

Cet automne, nous vivrons une élection historique. Deux cent quarante ans après la fondation de notre nation, et près d’un siècle après que les femmes ont finalement acquis le droit de vote, une femme est la candidate officielle d’un grand parti politique à la présidentielle. Quelles que soient vos opinions politiques, il s’agit d’un moment historique pour l’Amérique. Et ce n’est qu’un exemple de plus pour montrer le chemin que les femmes ont parcouru vers l’égalité.

Je veux que toutes nos filles et tous nos fils sachent que cela fait partie de leur héritage. […] Et je veux qu’elles et ils aident à faire en sorte que les Etats-Unis soient un pays où chaque enfant peut faire de sa vie ce qu’elle ou il voudra.

Voilà la raison d’être du féminisme au XXIe siècle : lorsque nous sommes tous égaux, nous sommes tous plus libres. »

Lire l’interview dans sa version originale (en anglais)

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