“Une chaise, une table, une lampe. Au-dessus, sur le plafond blanc, un ornement en relief en forme de couronne, et en son centre un espace vide, replâtré, comme l’endroit d’un visage d’où un oeil a été extrait. Il a dû y avoir un lustre, un jour. Ils ont retiré tout ce à quoi on pourrait attacher une code”.

C’est sur ces mots que commence le second chapitre de La servante écarlate, dystopie d’une société patriarcale où les femmes sont consignées à des rôles d’épouses, de porteuses d’enfants ou de cuisinières.

Margaret Atwood, l’écrivaine canadienne, dépeint une société théocratique totalitaire états-unienne en prenant le point de vue de Defred (“qui appartient à Fred”), autrefois June. Defred est une servante écarlate dont la fonction unique est de procréer pour la femme d’un commandant. Le processus de procréation provient directement d’un passage de la Genèse : “Rachel, voyant qu’elle-même ne donnait pas d’enfants à Jacob, devint jalouse de sa soeur et elle dit à Jacob : “Fais-moi avoir aussi des fils, ou je meure”. (on a envie de dire, CHILL Rachel).

“Jacob s’emporta contre Rachel, et dit : Est-ce que je tiens la place de Dieu, qui t’a refusé la maternité?” (Oui, parce que c’est forcément la faute de Rachel si elle est énervée de ne pas enfanter, absolument pas celle d’une société qui met les mères sur un piédestal).

“Elle reprit : “Voici ma servante Bilha. Va vers elle et qu’elle enfante sur mes genoux : par elle j’aurai moi aussi des fils.” Et voilà que cette société fait allonger des femmes fertiles sur les genoux d’épouses stériles pendant que leurs conjoints les pénètrent.

Le livre a été récemment adapté en série avec Elizabeth Moss dans le rôle principal. Ce qui est le plus frappant dans l’adaptation, et qui est moins perceptible dans le livre, est le silence complice des protagonistes masculins. Qu’avons-nous fait pour en arriver là (ou qu’auraient-ils pu faire pour ne pas en arriver là) ? Kayla Chadwick, dans une critique publiée sur le Huffington Post, met en lumière ce qu’on pense tout bas : « rester silencieux face à la discrimination et à l’oppression est une complicité. Restez silencieux trop longtemps et vous devenez le collègue poli assis silencieusement à votre bureau pendant que l’injustice se déroule devant vos yeux – ou pire. »

Cela nous fait penser à un texte qu’Audre Lorde prononça en 1977 : “Mes silences ne m’avaient pas protégée. Votre silence ne vous protégera pas non plus. Mais à chaque vraie parole exprimée, à chacune de mes tentatives pour dire ces vérités que je ne cesse de poursuivre, je suis entrée en contact avec d’autres femmes, et, ensemble, nous avons recherché des paroles s’accordant au monde auquel nous croyons toutes, construisant un pont entre nos différences. Et ce sont l’intérêt et le soutien de toutes ces femmes qui m’ont donné de la force, et permis de questionner les fondements mêmes de ma vie.”

C’est la parole qui l’a sauvée, c’est l’acte qui aurait pu sauver les femmes de la société théocratique de Margaret Atwood. Utilisons ce que nous avons pour ne pas que cela nous arrive.

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