« J’ai très souvent besoin de solitude. Je serais bien contente de rester seule dans mon appartement du samedi soir au lundi matin. C’est comme ça que je recharge mes batteries », Audrey Hepburn
3 questions à Yukiko Noritake, artiste
Yukiko Noritake est une artiste et illustratrice japonaise basée à Paris. Sous son pinceau, les scènes de la vie quotidienne à Paris, dans un café ou en pleine nature sont animées avec une poésie douce et colorée, pareille à sa philosophie. Vous pourrez retrouver le travail de Yukiko sur son compte Instagram.
Comment ça va ?
Je vais bien ! En ce moment, c’est un peu la course dans ma vie professionnelle. Parfois, j’ai des coups de stress, mais je gère, car avant tout je suis passionnée par mon métier et c’est ça qui me fait avancer.
Que fais-tu lorsque ce moment très embarrassant qui a eu lieu quand tu avais 8 ans et demi surgit dans tes pensées à 3h30 du matin ?
J’essaye de me dire que, de toute façon, je ne peux plus changer ce qui s’est déjà passé. Je peux être déprimée ou me sentir honteuse lorsque je revis ce moment, mais pas plus. Je m’accepte juste moi et le sentiment que je ressens. Ensuite, je passe à autre chose en me disant « Tant pis, c’est la vie ! J’ai appris la leçon » car je préfère utiliser mon énergie pour le futur que pour le passé.
As-tu un mantra que tu te répètes lorsque tu es sur le point de sauter en parachute ?
C’est plutôt une question qu’un mantra. Quand j’hésite ou que j’ai peur de prendre une grosse décision, je me pose la question : « Est-ce que toi, tu veux le faire sincèrement ? Tu as envie de voir un paysage que tu n’as jamais vu, ou tu préfères laisser tomber ? »
Et ensuite quand je m’engage et que j’ai encore peur, ce qui a le dernier mot, c’est : « Ça va, tu ne vas pas mourir ! » C’est un moment où il faut vraiment avoir confiance en soi. Ce n’est pas facile, mais je pense que ça se pratique en vivant toujours de nouvelles expériences.

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Aimer plaire à en perdre sa raison d’être
L’autre jour, j’ai pris l’avion. Alors que je triais mes photos dans l’attente du décollage, ignorant l’énumération des consignes de sécurité, ma culpabilité est montée en flèche. Comment l’hôtesse de l’air le prendrait-elle si elle se rendait compte que je ne l’écoutais pas ? J’ai passé le reste de la démonstration à ponctuer chacune de ses phrases d’un vigoureux hochement de tête. Je suis ce qu’on appelle une people pleaser.
“Quelqu’un qui aime plaire aux gens”, voilà comment on pourrait traduire cette expression anglophone que vous avez peut-être déjà lue ou entendue dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’un terme passé dans le langage courant pour désigner une personne qui fait passer les besoins des autres avant les siens, souvent à ses dépens. « Je préférais faire des choses qui ne me plaisaient pas tant que les autres étaient contents. Ça me semblait beaucoup plus facile de gérer mon propre inconfort plutôt que celui des autres”, confie Mathilde, ex-people pleaser.
Pour la psychopraticienne Lucie Delemotte, une émotion est à l’origine de ce comportement : la peur. Elle propose ainsi des ateliers sur la communication non-violente et l’assertivité pour aider ses patient·e·s “à s’affirmer afin de se respecter, se faire respecter et respecter les autres.” “On peut parler de peurs que tout le monde a, comme la peur du rejet, de l’humiliation, ou d’être incompris·e. Mais il existe aussi des peurs miroir, c’est-à-dire qu’il y a des gens qui vont se taire et s’adapter à l’autre personne parce qu’ils ont peur de la heurter. Globalement, soit on a peur d’être blessé·e, soit on a peur de blesser l’autre.”
Les personnes interrogées pour cette newsletter ont toutes témoigné avoir été des people pleasers depuis aussi longtemps qu’elles s’en souviennent. C’est également mon cas : avant de hocher la tête en avion, je le faisais en classe pour les maîtresses. Si l’on ne naît pas people pleaser, c’est un comportement qui s’acquiert très tôt, le plus souvent à la maison. « La place qu’on peut développer dans notre système familial peut se reproduire dans d’autres secteurs : l’école, le travail, la vie de couple…” énumère Lucie Delemotte.
Un enfant ayant grandi dans un cadre familial violent va avoir l’habitude de se taire par peur d’être attaqué s’il parle et adoptera cette même posture dans d’autres environnements. Elle tempère cependant : « Cela dépend de notre vécu, mais aussi du milieu dans lequel on arrive. Si on se rend compte que les gens y sont bienveillants, on peut réussir à prendre sa place.”
En dehors de la violence, d’autres facteurs peuvent évidemment entrer en jeu telles que les normes sociétales de genre. « En tant que fille et aînée, on attendait de moi que je sois gentille, toujours d’humeur égale,” se souvient Mathilde. « Le peu de fois où j’ai eu des moments de colère, mes parents ne comprenaient pas et ne le prenaient pas du tout au sérieux. Au contraire, mon frère avait le droit d’être désagréable et de contourner les règles.”
Pendant longtemps, Jasmine, 25 ans, s’est également sentie obligée de maintenir une façade de petite fille modèle pour ses parents qui lui donnaient peu d’attention, mais aussi pour faire face à des préjugés racistes. « Je suis à moitié marocaine et donc dans ma campagne, être une people pleaser voulait dire m’intégrer, avoir des amis, que je sois incluse dans le cercle social.” Trouvant un peu de difficultés à se faire des amis, elle a cherché une validation extérieure en excellant dans ses études.

Récemment, une remarque négative au travail l’a fait tout remettre en question. « Juste pour une personne, j’ai voulu réévaluer tout mon être, toutes mes compétences, toute ma vie. C’est fou !” s’exclame-t-elle. « Si enfant, on n’a pas été habitué à s’écouter, à faire des choix pour soi, et qu’on a tout fait pour plaire à ses parents pour être aimé, on risque de reproduire ça”, explique Lucie Delemotte. “Tant qu’on n’aura pas vécu des expériences dans lesquelles on se sent à notre place, on dépendra en permanence du regard extérieur.”
Il est primordial d’écouter ses besoins, par exemple si on nous propose de sortir mais qu’on est fatigué·e. « Si je dis non pour aller au cinéma à une copine et qu’elle s’énerve, c’est que j’ai touché quelque chose chez elle qui déclenche l’énervement,” poursuit-elle. « Si j’étais responsable de son émotion, toutes les copines à qui je dis non réagiraient pareil. Alors que certaines vont me répondre : ‘tu as raison, repose-toi, on fera ça une prochaine fois.’” Le fait de ne jamais oser rien refuser risque d’ailleurs de créer des attentes de la part des autres : c’est un véritable cercle vicieux.
De même, si un refus fait monter en nous une émotion négative, il va falloir comprendre d’où cela vient. Lucie Delemotte nous conseille de verbaliser en posant des questions qui vont rassurer notre peur d’être blessé·e, ou de blesser l’autre en exprimant nos besoins. Par exemple, j’aurais pu demander à l’hôtesse de l’air : « Serez-vous vexée si je n’écoute pas vos consignes ?” et elle m’aurait répondu : « Mais qui êtes-vous, madame ?”
Le mental fitness des Petites Glo
Grâce aux précédents conseils de Lucie Delemotte, vous avez réussi à vous affirmer et à dire non à cette amie qui vous invite au cinéma. Bravo !! Mais maintenant, vous vous sentez mal d’avoir refusé. Pas de souci, Lucie Delemotte a d’autres super astuces pour vous ! (Vous pouvez lire la liste des besoins fondamentaux ici ou encore ici).
