« Ma première idée du mouvement de la danse vient du rythme des vagues », Isadora Duncan

L’écart de rémunération entre les femmes et les hommes micro-entrepreneurs est de 16,2 % (INSEE). Pour les entrepreneurs individuel·le·s il est de 21,6 %, pour les gérant·e·s majoritaires de société, il monte à 27,4 %. L’écart de rémunération entre les femmes et les hommes qui entreprennent est un problème sociétal. Et c’est à cette aberration économique que l’entreprise Bouge ta Boîte  créée par Marie Eloy  répond. L’entreprise, créée en 2016, est un réseau d’affaires 100 % féminin « pensé par et pour les cheffes d’entreprise pour s’entourer, développer son chiffre d’affaires et étoffer sa stratégie en s’appuyant sur la puissance du collectif ». L’essence de Bouge ta Boîte est de légitimer les liens entre les entrepreneuses pour qu’on s’élève ensemble, collectivement. Parce que les autres possibilités ne sont pas une option.

« Pourquoi nous réunissons-nous ? » écrit Priya Parker, autrice de l’ouvrage The Art of Gathering  How We Meet and Why It Matters et entendue il y a quelques jours dans les sublimes bureaux de My Little Paris. « Nous nous réunissons, continue-t-elle, pour résoudre des problèmes que nous ne pouvons pas résoudre nous-mêmes, nous nous réunissons pour célébrer, le matin et pour marquer les transitions. Nous nous réunissons pour prendre des décisions, nous nous réunissons parce que nous avons besoin les uns des autres. Nous nous rassemblons pour montrer notre force. »

C’est un peu pour toutes ces raisons que j’ai organisé il y a quelques jours chez Mylène Romano la business shower de Marie Eloy, la fondatrice et dirigeante de Bouge ta Boîte. Si on connaît les rassemblements autour de la célébration des fiançailles, et des futurs nouveau-nés (les fameuses baby showers), les rassemblements autour des faiseuses de projets, m’étaient inconnus. Pour celles qui comme moi n’ont jamais organisé ou ne se sont jamais rendues à une « business shower », il s’agit d’un événement qu’on organise pour une amie entrepreneuse qui mérite d’être entourée et soutenue pour lui permettre de : 1) lancer son projet / association / entreprise ou l’accompagner pour passer à l’étape supérieure ; 2) lui montrer qu’une armée de personnes est derrière elle.

Mylène, Marie et moi, photographiées par Franck Aubry (les billets viennent d’un monopoly)

La business shower de Marie Eloy était l’occasion de lancer la levée de fonds participative : on peut donc devenir actionnaire de Bouge ta Boîte, le premier réseau d’affaires 100 % féminin. À partir de 100 €, on détient une partie du capital (lien pour devenir actionnaire sur Lita.co)

« Pourquoi ouvrir le capital au grand public ? racontait Marie Eloy au micro entourée de ses collaboratrices, amies et partenaires. Parce qu’il y a beaucoup de prises de parole sur l’égalité mais peu d’argent. Comme les fonds ne financent pas ce sujet – et préfèrent des produits “tech” à l’humain, agissons nous-mêmes. Ce que nous finançons aujourd’hui détermine la société de demain pour nos enfants. »

La première fois que j’ai entendu parler d’une business shower c’était dans un article de presse et l’événement avait lieu au Mexique – l’article racontait qu’un groupe de femmes s’était réuni pour célébrer le lancement de l’entreprise de l’une d’entre elles – c’était en 2018 de mémoire. Et c’est là que je me suis rendu compte d’une énième absurdité de notre société – jusque dans ses célébrations des moments de vie des femmes. On célèbre les mariages, on célèbre les bébés mais quand une femme lance quelque chose toute seule souvent à partir de rien ou pas grand-chose : rien, nada, wallou. Alors que c’est un moment où on est très vulnérable et qu’on a besoin d’être entourée. C’était il y a des années et depuis je rêvais d’en organiser une en France.

Toujours photographiées par Franck Aubry (le micro est habituellement utilisé pour des karaokés maison)

Les business showers – si vous avez une traduction française intéressante, je suis preneuse – font partie du renouveau de l’histoire économique des femmes – qui passera assurément par l’économie de la sororité, une économie où les femmes décident d’utiliser leur pouvoir économique, à savoir le pouvoir de décision de leur consommation personnelle et professionnelle pour réduire l’écart de richesse et se soutenir.

Les business showers ne sont pas là uniquement pour montrer qu’on est fortes, ensemble. D’ailleurs, Priya Parker ne s’arrête pas à la « force » pour évoquer les raisons – si nombreuses – pour lesquelles nous nous réunissons. « Nous nous réunissons pour construire des entreprises, des écoles et des quartiers. » Nous nous réunissons également pour honorer et célébrer, pour reconnaître que nous sommes entourées de personnes brillantes et belles et lumineuses.

Vous aimez ce qu’on fait ?

Rejoignez les plus de 100,000 abonné·es et abonnez-vous à la newsletter Les Glorieuses