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Mercredi 9 juin 2021 Des carnets ! Des abonnements au Club ! Des stickers ! Des bons d’achat pour des livres ! Et d’autres choses ! Toutes ces recompenses sont pour vous à chaque fois que vous partagez la newsletter à vos proches. Ceci n’est pas un fantasme
par Rebecca Amsellem (pour me suivre sur Insta, c’est là) Le malaise vient d’un équilibre trop ambitieux pour être atteint, ou trop précaire pour être gardé. Ce malaise vient à la fois d’une sexualisation de la part du peuple colonisateur et d’une concurrence organisée entre les personnes racisées. Dans Beurettes, un fantasme français (Seuil), Sarah Diffalah et Salima Tenfiche ont enquêté sur ce malaise. « Nous peinions à trouver les termes pour nous nommer, comme si nommer, c’était rendre réelle notre appartenance à un groupe stigmatisé, à un groupe à part, d’exclus. Mais ne rien dire du tout revient d’autre part à nier notre autre culture, effacer notre histoire familiale, notre lien avec un autre pays, une autre langue, un autre Comment se définir lorsque l’étiquette prédominante est également un des termes les plus recherchés sur les plates-formes pornographiques ? On apprend l’évolution de l’emploi du terme « beurette » et comment il a été amené à être de plus en plus utilisé. L’hypothèse privilégiée des autrices ? « Il s’agit d’une représentation postcoloniale de la femme arabe présentée comme soumise. Pour m’émanciper, il aurait besoin d’un homme du groupe social dominant qui la libérerait sexuellement. » Aussi, le caractère sexuel du groupe les amène à rejeter plus que le mot mais l’origine tout entière. La volonté d’assimilation conduit souvent à nier « l’autre » culture. Et ce sont les conversations rapportées dans l’ouvrage Beurettes qui apaisent Les rencontres sont également signes d’une fierté nouvelle. « J’ai une double culture, commence Dalia, je ne vois pas les choses que par un seul biais. Je trouve que je juge moins les gens que si je venais d’une seule culture. Je peux mieux comprendre les autres, me mettre à leur place, sans croire qu’il n’y a qu’une manière unique de penser et de vivre. » Au-delà de la sexualisation des femmes étiquetées « Beurettes », le terme cache une concurrence construite entre les personnes dominées. Les autrices citent Frantz Fanon : « Nous fûmes étonnés de constater que les Nord-Africains détestaient les hommes de couleur. […] Le Français n’aime pas le Juif, qui n’aime pas l’Arabe, qui n’aime pas le nègre… À l’Arabe, on dit : “Si vous êtes pauvres, c’est parce que le Juif vous a roulés, vous a tout pris”, au Juif on dit “Vous n’êtes pas sur le même pied que les Arabes parce que vous êtes blancs que vous avez Bergson et Einstein” ; au nègre on dit : “Vous êtes les meilleurs soldats de L’enquête de Sarah Diffalah et Salima Tenfiche permet à toutes les jeunes « Rebeus » de dire « je » avec fierté, sans devoir cacher leurs origines et sans avoir peur de leurs ambitions. Comme le dit Alice Zeniter dans la préface de l’ouvrage : « On se débrouille comme on peut avec les résidences et les assignations, on se construit de bouts de maison, dans son coin, en s’imaginant qu’elles sont originales puis on lit un livre comme celui-ci et on s’aperçoit qu’on est quelques-unes à s’être bâti des demeures identiques, faites des morceaux de ce que nous renvoient les mêmes interactions sociales, et que c’est donc un phénomène de société, une question politique et pas uniquement l’espace domestique, personnel, qu’on a construit pour pouvoir parler à la première personne. » Il était temps.
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