|
Publier un carré noir n’est pas suffisant. Se refréner de poster en story sa première terrasse du printemps n’est pas suffisant. Faire un message pour montrer son indignation n’est pas suffisant. Écrire une newsletter est loin – très loin – d’être suffisant. Nous avons une responsabilité. Nous, ce sont les femmes blanches, ce sont les femmes qui jouissent des privilèges conférés par la société, liés à la couleur de notre peau. Ces privilèges qui font qu’on ne touche pas nos cheveux sans qu’on ait demandé notre consentement, qu’on ne nous demande pas systématiquement « d’où nous venons ». « Oh là là la chance c’est exotique. » Le meurtre de George Floyd le 25 mai dernier à Minneapolis, celui de Mohamed Gabsi, Ibrahima Bah, Steve Maia Caniço, Zineb Redouane, Adama Traoré, et malheureusement tant d’autres, par un organe d’État ayant le monopole de violence légitime, nous, personnes privilégiées, enjoignent à faire mieux. J’entends déjà les retours de certains disant « qu’ils ont probablement fait quelque chose », « que nous ne sommes pas responsables de tout », « non mais nous on est en France pas aux États-Unis » ou « qu’on ne connaît pas exactement les circonstances de leur mort ». Ces phrases, qualifiées à juste titre de micro-agressions par les personnes racisées sont des rhétoriques racistes visant à renforcer un système d’oppression sur les personnes racisées. Peu importe ce que les victimes auraient fait, qu’on ne soit pas en uniforme ou qu’on n’ait pas suivi de parcours universitaire pour devenir médecin légiste : les forces de l’ordre n’ont pas à tuer les citoyens et les citoyennes. Cela paraît tellement trivial de le rappeler quand c’est écrit noir sur blanc. Les femmes blanches ont une responsabilité. Elles sont complices d’un système où les racisées ont leur propre catégorie sur les sites pornographiques, d’un système qui tue des personnes innocentes ou d’un système où des parents ont peur que leurs enfants tombent sur un « mauvais » flic (je mets entre guillemets ce terme car je ne pense sincèrement pas qu’il existe de « mauvais flics » mais plutôt qu’on légitime un système qui permet leur existence). J’écrivais il y a quelques mois que les femmes blanches sont plus proches des espaces de pouvoir que les personnes racisées. Elles sont mariées avec eux, elles ont des enfants avec eux (et les élèvent), elles vont dans les mêmes écoles qu’eux, elles partagent les mêmes repas du dimanche. Et si elles sont savamment écartées du cœur du pouvoir, elles maîtrisent néanmoins parfaitement les codes de la périphérie. Cela explique en partie leur soutien indéfectible aux politiques conservatrices, patriarcales et racistes dans le monde anglo-saxon. En somme, « elles trouvent du pouvoir et des privilèges dans leurs relations avec les hommes blancs et permettent ainsi de conserver le status quo », comme le précise la journaliste américaine Marjon Carlos en se référant à l’essayiste Robin DiAngelo (No Man’s Land, Spring 2019, Issue 03). Ce constat est le même pour celles qui se disent aussi progressistes. Dans le même article, Marjon Carlos rappelle que la réalisatrice de la série Girls, Lena Dunham, a soutenu publiquement un de ses collègues blancs accusé de viol par Aurora Mille, une actrice racisée. « Si le féminisme comprend ce qu’est le patriarcat, dit l’essayiste britannique Reni Eddo-Lodge, il est important de se demander pourquoi tant de féministes ont du mal à comprendre la blanchité comme structure politique de la même manière. » (Le racisme est un problème de Blancs). L’idée n’est pas de dire quoi faire, loin de là. Ce n’est pas le genre de la maison. Mais ne partagez pas cette newsletter sur les réseaux sociaux, cela ne servira à rien. L’idée est de soutenir les personnes qui subissent chaque jour, à chaque instant, les conséquences d’une société fondée sur l’oppression des minorités. J’ai publié ce week-end sur le compte des Glorieuses un mini-précis à l’usage des allié.e.s dans la lutte antiraciste qui regroupe des recommandations de Rokhaya Diallo, ne pas partager des photos et images de personnes racisées violentées, car « pendant des siècles, la mise en spectacle des corps noirs mourants a été un moyen de terroriser les Noirs et de maintenir la suprématie blanche ». Des recommandations de la chanteuse Irma qui nous enjoint de faire notre éducation, de lire, car « depuis la nuit des temps, la représentation construite de la vie des Noir.e.s est une représentation dégradante. Les Noir.e.s n’ont le droit d’exister que s’ils correspondent à cette construction ». La chanteuse conseille l’éducation. On lit. On lit. On lit. Mais, plus que tout, on met ses privilèges à disposition de la lutte. Ses connexions, son savoir, son argent. Plus facile à dire qu’à faire. Ce n’est qu’une suggestion. On pense par exemple aux chauffeurs de bus qui ont refusé de conduire le bus transportant des manifestants arrêtés à Minneapolis. On pense aux Blanches qui ont formé une chaîne humaine pour protéger les participants racisés des forces de l’ordre. Aux gens qui peuvent donner de l’argent aux luttes antiracistes comme celles énumérées par l’association Women Who Do Stuff parmi toutes les ressources antiracistes à l’usage des Blanc.he.s. Ce n’est pas le moment de penser à nous, c’est le moment de changer le système. ![]() 1/ « Partout, le feu » par Kaoutar Harchi, sociologue, écrivaine. 2/ « Le racisme est l’affaire de toutes et tous. Nous avons regroupé des ressources en français à destination des personnes blanches, pour s’éduquer et lutter contre le racisme systémique et ses violences. Être silencieux-se, c’est être complice ». L’association Women Who Do Stuff a regroupé des ressources anti-racistes à destination de personnes blanches. 3/ Le mois des Fiertés commence… c’est l’occasion d’écouter cet épisode du podcast Emotions présenté par Cyrielle Bedu, « A quoi sert la fierté ? ». 4/ La quarantaine n’a pas beaucoup rimé avec appétit sexuel. Pour ce couple, c’est la nourriture et la cuisine qui a remplacé le désir et les mots d’amour (en anglais). 5/ Vous vous sentez déprimé·e ? C’est apparemment la nouvelle « normalité » (en anglais). 6/ Jeudi dernier, c’était la journée internationale de lutte contre la précarité menstruelle. Pour cette occasion, j’ai participé à la campagne de sensibilisation de l’association Règles Elémentaires avec cinq autres personnes. Pour me voir parler de mes règles, c’est là. 7/ Toujours sur le thème de la précarité menstruelle, je vous conseille VIVEMENT le dernier numéro des Petites Glo où Chloé Thibaud a interviewé deux adolescentes qui ont changé le monde. C’est hyper inspirant. 8/ En Allemagne, les femmes se sont senties flouées pendant la quarantaine : elles faisaient tout. Elles ont donc décidé d’envoyer une facture. 9/ Trois femmes noires et queer ont créé le mouvement #BlackLivesMater. Voici, l’histoire du mouvement. 10/ Roxane Gay a écrit ce texte magnifique pour le NYTimes dans lequel elle explique pourquoi les Noir·e·s attendent fermement un antidote au racisme (en anglais). ![]() SAISON 2 // Programme des 100 Glorieuses. Vous avez toujours rêvé de participer au Club des Glorieuses mais c’est une dépense qui ne trouvait pas sa place dans votre budget ? Ce programme est fait pour vous, vous pouvez postuler à la phase 2 jusqu’au 16 juin. PLUME // Pour un nouveau projet qui doit voir le jour dans pas longtemps, je recherche une femme, grand-mère, qui a le goût du féminisme, de la politique, de l’écriture et de l’engagement. Si cette description vous dit quelque chose, n’hésitez pas envoyer un message à [email protected] avec en objet de mail « PLUME ». STAGE // Vous terminez votre semestre en plein déconfinement et on vous demande en plus de trouver un stage en entreprise et en télétravail ?! ❤️ Bien sûr qu’on a pensé à vous ! Envoyez-nous vos CV pour rejoindre une petite équipe très sympa qui pourra vous apprendre les joies d’un média en ligne et engagé. Au programme : appui sur la communication et sur les réseaux sociaux (oui oui, on va se lancer sur Tik Tok…), vivre le Club des Glorieuses de l’intérieur, découvrir l’administratif aussi 🙂 Découvrir la fiche de poste ici |






