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Drunk.
par Rebecca Amsellem (pour me suivre sur Insta, c’est là) À quoi ressemblera la masculinité dans une société féministe ? Des hommes qui parlent davantage de leurs émotions ? Des hommes qui ne se réfugient pas dans la violence ? Des hommes qui ne naissent pas toujours assignés hommes ? Il n’y en aura pas une seule de masculinité, c’est sûr. Car de la même manière que les femmes redéfinissent leurs imaginaires, que les personnes racisées rétablissent l’Histoire, les hommes ont à repenser les carcans dans lesquels la société patriarcale les a enfermés. Quatre hommes hétérosexuels d’âge moyen qui dansent ensemble dans un salon. Des professeurs. C’est le genre de masculinité qu’on veut voir se normaliser. Elle n’a rien de parfaite, et pour cause. Ces quatre hommes vivent chacun une crise « de la quarantaine ». C’est d’ailleurs ainsi que commence le film Drunk (actuellement au cinéma) : l’un d’eux fête ses quarante ans. Le personnage principal, interprété par Mads Mikkelsen, traîne des pieds pour s’y rendre. Il dit d’ailleurs à ses fils adolescents qu’il ne rentrera sûrement pas tard. Au dîner réunissant les amis dans un restaurant guindé, il a du mal à cacher son mal-être. Son visage est empreint d’une angoisse qui semble s’être installée il ne sait même plus quand. Le personnage ne parle plus vraiment à sa femme, il semble déconnecté de ses élèves au lycée dans lequel il enseigne, ses fils ne semblent pas voir la différence, qu’il soit présent ou pas. « Il s’agit d’accepter la vie telle qu’elle est », explique le réalisateur Thomas Vinterberg dans une interview. Les personnages ne sont pas nostalgiques d’une époque passée. Ils ne se remémorent pas leur jeunesse comme un idéal qu’ils voudraient à tout prix retrouver. Au contraire, ils veulent avancer, sortir de la torpeur dans laquelle les angoisses de l’âge adulte les ont contraints. Et pour cela, ils ont une solution : l’alcool. Ils décident de devenir les cobayes d’une théorie un peu fumeuse d’un scientifique norvégien, Finn Skårderud, affirmant que les hommes et les femmes naissent avec un taux d’alcoolémie inférieur de 0,5 à ce qu’il devrait être. Aussi, pour compenser ce « manque », les personnes devraient boire continuellement pour que ce taux atteigne le demi-point. Le but ? Encourager la créativité et le courage. La théorie n’existe pas vraiment. Finn Skårderud, oui. « Ce n’est pas une théorie. C’est seulement vous, les gars du cinéma, qui appelez cela une théorie. Dans notre monde universitaire, cela ne se résume pas à une théorie. C’est juste quelque chose que j’ai dit. » Comment une expérience « scientifique » devient-elle le théâtre d’une analyse philosophico-sociologique des nouvelles masculinités ? Le film n’a pas pour objet l’alcool, rappelle le réalisateur. Il a pour sujet, à mon sens, la façon dont quatre hommes blancs décident de définir ce que cela signifie « être un homme » après avoir failli à devenir le modèle premier, viril, se référant au modèle du « héros ». On m’a récemment dit que la violence des hommes naissait d’une promesse non tenue. La société est pensée pour faire croire aux hommes qu’ils ont le pouvoir. Ainsi, lorsqu’ils découvrent que le patriarcat ne répond pas à cette promesse pour tous les hommes et que le pouvoir est finalement réservé à quelques-uns d’entre eux seulement, une frustration naît. Et de cette frustration émerge la violence. Cette affirmation n’a pas pour but de justifier la violence mais de la comprendre. Aussi, lorsque les protagonistes de Drunk font état de leur perte d’envie, de goût pour la vie, d’intérêt pour leur travail et semblent s’autoriser à admettre que les promesses de l’infini n’ont pas été tenues, on a peur. En tant que femme, on a peur qu’ils vrillent. Quand ils décident de se soûler toute la journée, la peur grandit. Et pourtant, rien ne laisse penser que c’est ce qu’il va se passer. « Je trouve que les enseignant.e.s sont très héroïques, dit Thomas Vinterberg. C’est une position très vulnérable. Vous êtes de la viande de requin. Vous vous tenez là devant des jeunes agressif.ve.s, ambitieu.ses.x et crainti.f.ve.s. Chaque petite faiblesse sera punie. […] De plus, il y a une chose dans le fait d’être un.e enseignant.e qui est intégré : le sens de la répétition, dont parle ce film. En tant qu’enseignant.e, vous ne pouvez pas vraiment vous réinventer chaque jour. Et, je suppose, être répétitif vous rappelle que vous devez mourir. Ils ont perdu l’élément de risque. Ils ont perdu l’élément de l’exploration. Et ils ont perdu l’élément d’inspiration. Le mot esprit est intégré dans le mot inspiration. C’est l’objet de leur réflexion. » À la place, une rédemption. Chacun va repenser son rapport à l’autorité, au pouvoir (ce sont des hommes blancs) en retrouvant ce que c’est de vivre sans angoisse. Certains vont y trouver une joie, d’autres non. Tous auront réussi à explorer une nouvelle de masculinité, loin des clichés qui rendent les hommes frustrés. ![]() La revue de presse « Cette tradition ancestrale consistant à livrer les jeunes filles dès leurs premières menstruations perdure. Elles sont considérées comme des marchandises ». Un podcast à soi revient avec une mini-série consacrée à la violence, à la colère, à l’articulation entre le genre et la prison. Qu’elles soient prisonnières, proches de prisonniers ou victimes de violences, qu’est-ce que la prison fait aux femmes ? Les femmes cis ayant le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) sont plus exposées aux symptômes longue durée et grave du Covid-19. Les femmes lesbiennes et bisexuelles sont davantage victimes de violences sexuelles. Victoire des femmes de chambre de l’hôtel Ibis-Batignolles, elles ont gagné leur combat ! Mona Chollet sort un nouveau livre, et c’est sur l’amour ! ![]() Le Club des Glorieuses Rendez-vous – Les utopies féministes et le voyage ! Ce sera l’objet du Club de juin ! Attention horaire spécial « pause déjeuner » de 13h à 14h en zoom. Lucie Azema, trente-et-un ans, est journaliste. Voyageuse au long cours, elle a vécu au Liban et en Inde avant de s’installer à Téhéran en 2017. Après dix ans d’arrivées et de départs, Lucie Azema avance qu’il faut être libre « de » voyager et être libre « pour » voyager. Les femmes aussi sont du voyage s’adresse aux femmes qui sont déjà parties et celles qui n’oseraient pas encore. ![]() Partagez la newsletter et gagnez des choses Vous aimez lire la newsletter Les Glorieuses ? Vous envisageriez de proposer à votre entourage de s’y inscrire ? ![]() ![]() Les Glorieuses est une newsletter produite par Gloria Media. |











