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Mercredi 15 septembre 2021 Avant de commencer, quelques news des Glorieuses et de Gloria Media Fake it until you make it ?
Dans le monde des startups, c’est le procès du siècle. Elizabeth Holmes, 37 ans, est accusée par la justice californienne d’avoir créé un montage financier de plusieurs millions de dollars pour escroquer investisseurs, médecins et patient.e.s. Si elle est condamnée, elle peut être emprisonnée pendant vingt ans. Le sujet ici n’est pas de discuter de son innocence ou de sa culpabilité, un jury se charge de cette tâche pendant les douze prochaines semaines. Il s’agit de tout un système – au sein duquel les femmes sont largement minoritaires – qui ne peut qu’amener à créer ce type de situation : une entreprise sur-valorisée qui ne répond pas aux attentes de ses investisseurs, des fondateurs dépassés par les demandes. Et le fait qu’on prenne comme exutoire de ce système – malsain – une femme n’est pas, à mon avis, anodin.« Fake it until you make it » peut-on lire un post sur deux sur le réseau social Linkedin. Si vous êtes dans la Silicon Valley, complètement. Sauf si vous êtes une femme. Il y a quelques années encore, Elizabeth Holmes était présentée comme un jeune prodige ayant fondé Theranos, évaluée alors à 9 milliards de dollars, une entreprise développant une technologie capable de détecter toutes les maladies possibles à partir de quelques gouttes de sang – là où précédemment nous avions besoin d’y laisser de nombreux tubes. Une révolution dans le monde des technologies de santé. Elle crée Theranos à 19 ans en 2003, elle abandonne l’université de Stanford au bout d’un an, est présentée comme la prochaine « Steve Jobs », ma mère me ramène à la maison un article faisant son portrait : « Regarde comme elle est incroyable cette fille. » Elle et moi regardions Elizabeth Holmes ébahies, nous n’étions pas de la même famille et pourtant nous étions fières. Une si jeune femme. Capable de faire de si grandes choses. L’entreprise, ayant levé des centaines de millions de dollars, n’a pas réussi à livrer la technologie promise. Elizabeth Holmes, et son collègue d’alors Ramesh « Sunny » Balwani, ont été accusés de mentir aux professionnel.le.s de santé et de tromper les investisseurs. Et je me suis alors posé la question : Elizabeth Holmes est-elle l’unique cheffe d’entreprise de la Silicon Valley (ou ayant un compte sur Linkedin) à ne pas avoir tenu promesse à ses investisseurs ? La fameuse Casto-Danseuse par oim. L’affaire n’est pas simple. Sans vouloir débattre de leur innocence ou de leur culpabilité, Holmes et Sunny ont supposément menti sur l’efficacité de la technologie et sur les résultats de l’entreprise pour stimuler les investissements. Ils ont affirmé que Pfizer les soutenait et que l’armée américaine utilisait la technologie. C’était faux. Mais ce n’est pas la seule entreprise à suivre cette stratégie à la Silicon Valley, loin de là. Theranos et sa fondatrice ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres. Pendant une décennie, rappelle le New York Times, les sociétés d’investissement ont été sources infinies de capital pour des startups qui perdaient de l’argent en créant une immense richesse pour leurs fondateurs et investisseurs et cela a conduit à un environnement où certains étaient prêts à détourner le regard lorsque les entreprises étiraient la vérité. Et c’est encore le cas aujourd’hui. On apprend ici que Hopin, une entreprise d’événements en ligne a récemment levé 125 millions de dollars sans réaliser de présentation formelle. Son directeur, M. Boufarhat ajoute, « des investisseurs nous contactent tous les jours ». Boufarhat n’a jamais été accusé d’avoir menti, il n’en a d’ailleurs jamais eu besoin. Mais cela montre que c’est tout un système dans lequel des investisseurs censés être professionnels valorisent des entreprises des milliards de dollars sur des « promesses » d’entrepreneurs et non sur des performances tangibles. Holmes n’était pas la seule et pourtant les autres fondateurs ne semblent pas être inquiétés aujourd’hui. Il y a très peu de procès dans la Silicon Valley. 94 en 2019, 57 en 2020, environ 350 en tout depuis 1995. « Tout le monde a les yeux rivés vers ce procès. » C’est ainsi que Jessica Roth, professeur de droit à la Cardozo School of Law et ancienne procureure fédérale du district sud de New York, décrit ce moment au New York Times. « Légalement, faire semblant quand vous savez que vous ne l’avez pas fait est toujours de la fraude », a ajouté Mme Roth. « Savaient-ils qu’ils faisaient semblant ou pensaient-ils qu’ils le faisaient ? » Pourquoi, pourrait-on ajouter, est-ce considéré comme étant de la fraude pour Holmes alors que tant d’autres ne sont pas poursuivis ? Elle était naïve, dit son avocat avant d’ajouter, « L’échec n’est pas un crime. Faire de son mieux et échouer n’est pas un crime » lors des propos liminaires du procès. J’essaie juste de comprendre pourquoi il est possible pour certains d’essayer, d’échouer, et de « Fake it until you make it » quand d’autres font pareil et sont sur les bancs des accusés un mois après avoir accouché, comme Holmes. Ma sélection d’articles « Avoir 20 ans en Afghanistan » La newsletter Les Petites Glo fait sa rentrée avec un numéro consacrer aux jeunes filles en Afghanistan. Libération des lèvres ! Le mouvement pour mettre fin à l’anxiété vulvaire pour de bon (en anglais) Trop hâte de lire cette utopie féministe médiévale de Lauren Groff (en anglais) Découvrez (peut-être) le site Black Disabled Creatives, « Environ 15 % de la population mondiale souffre d’une forme de handicap. Pourtant, les chances d’être embauché pour un emploi (lorsque ces personnes sont plus que qualifiées et plus que capables) sont constamment minées. L’initiative a commencé en alliance avec la communauté des personnes handicapées, qui en a assez d’être sous-représentée et sous-estimée ». Depuis un an, je fais une enquête pour le Musée de la Croix Rouge à Genève, pour tenter de répondre à la question « Qu’est-ce-qu’un musée féministe ? » Et dès la semaine prochaine, je commence une série de masterclasses sur la question au musée. Vous êtes à Genève ? Venez ! Le sujet vous intéresse, on peut les suivre en ligne ! Judith Butler a été censurée par le Guardian (en anglais). Des femmes afghanes partagent des photos de robes pour protester contre l’obligation par les talibans de porter le hijab noir (en anglais). Des gens ont dit que le vaccin contre le covid avait affecté leurs règles. Maintenant, plus de 1,6 million de dollars sont consacrés à la recherche sur la question (en anglais). La grande victoire des femmes de chambre qui ont lutté contre l’industrie hôtelière, l’enquête de la newsletter IMPACT. Les Glorieuses est une newsletter produite par Gloria Media. |




