par Héloïse Bolle
Le couple appauvrit les femmes. On peut choisir de rester dans la posture du chacun·e pour soi. Mais on peut aussi décider que la vie à deux, c’est l’occasion de réduire les inégalités au lieu de les creuser.
On pensait que la vie à deux, c’était un savant dosage, un peu de toi, un peu de moi, on pensait qu’à deux, on avançait plus vite, et plus loin sur le terrain économique. On avait tout faux :
quand on regarde les richesses de l’un·e et de l’autre, au sein d’un couple hétérosexuel, il y a souvent celui qui avance loin sans se fatiguer, et celle qui court en s’essoufflant derrière.
On le sait, le couple appauvrit les femmes. Travail non rémunéré, spécialisation des tâches financières, répartition des dépenses à 50/50, écarts de revenus qui s’amplifient avec les naissances… Lentement, mais sûrement, les inégalités économiques attaquent encore plus sournoisement qu’une maladie silencieuse.

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Alors, maintenant que nous avons identifié ces habitudes qui sapent la santé financière des femmes, que faire ? que faire pour qu’un couple ne soit pas le fossoyeur de nos finances, mais un espace de redistribution, un régime où chacun·e contribuerait selon ses moyens, et recevrait selon ses besoins ? Que ferait un couple qui souhaiterait réduire les inégalités ?
- Il proclamerait que la répartition des dépenses à 50/50 n’a plus cours tant que les revenus ne sont pas strictement identiques. (C’est d’ailleurs ce que dit le code civil pour les couples mariés ou pacsés).
- Il viserait, pour les deux, la même capacité d’épargne et d’investissement. Ce qui veut dire qu’une fois les dépenses familiales et courantes couvertes, la capacité d’épargne serait divisée en deux, même si l’un·e gagne 10, 20, 30 ou 60% de plus que l’autre.
- Il aurait adopté le taux individualisé de l’impôt depuis le début du prélèvement à la source, ce qui aurait évité à celui ou celle qui a le plus petit salaire de payer les impôts de l’autre.
- Au moment de souscrire un crédit immobilier, il ne se soucierait pas du fait que Jeanne a moins de revenus que Jean. Il choisirait des quotités de participation au crédit identiques.
- Il n’oublierait pas que Jeanne, qui, avec son nouveau job ou sa nouvelle activité, n’est pas forcément éligible au crédit, peut quand même être co-emprunteuse et participer à cet achat immobilier.
- Il encouragerait l’un·e comme l’autre à travailler, à mieux gagner sa vie, en arrêtant de comparer le coût de la garde d’enfants au seul salaire de Jeanne.
- Il cesserait de redouter la fiscalité si le revenu du couple augmente.
- Il ne calerait pas le train de vie du couple et de la famille sur les revenus et les envies du plus gros salaire. Comme ça, la personne qui gagne le moins ne se sentirait pas redevable en permanence d’un niveau de vie auquel elle
n’aurait pas accès si elle était seule. - Il dissocierait l’argent et le pouvoir : le fait d’avoir le salaire le plus élevé ne signifierait pas qu’on est celui qui décide de tout.
- Il encouragerait celui ou celle qui gagne le moins à faire des investissements à son nom, à emprunter à son nom. Particulièrement lorsque le couple vit chez celui qui a les revenus les plus importants.
- Il réfléchirait à son régime matrimonial en se souvenant que le Pacs permet au gros salaire de faire des économies d’impôts, mais qu’il n’apporte aucune protection à celui ou celle qui a le petit revenu. Il penserait au mariage, qui donne des droits automatiques sur la succession, sur la réversion de retraite, et à une prestation compensatoire au moment du divorce si les niveaux de vie sont très déséquilibrés.
- Il n’aurait pas peur de parler de sécurité, de faire un crash-test régulier pour s’assurer que l’autre a les moyens de survivre à une séparation… imposée, ou choisie. Il se dirait que si l’autre reste, ce n’est pas pour l’argent puisque tout le monde est à l’abri.
- Et puis parfois, dans un couple où on n’a pas du tout réduit les inégalités financières, on se poserait régulièrement des questions. On irait parler du sujet, chez un·e notaire, chez Oseille & compagnie, ou même, si la question gratte un peu, chez un·e thérapeute de couple. On se demanderait comment on peut faire pour corriger ces inégalités dont on n’avait simplement pas conscience. On viendrait à deux, ou on viendrait seul. Je dois le dire : les hommes qui se présentent seuls, et spontanément, avec l’envie de réduire ces écarts, ne sont pas nombreux. Mais ils existent, j’en ai rencontré. A nous de mettre en avant leurs initiatives, de leur ouvrir nos portes, pour qu’ils soient de plus en plus nombreux à aimer cette idée, et à penser le couple comme réel un espace de redistribution des richesses.