« Les gens oublieront ce que vous avez dit, ils oublieront ce que vous avez fait, mais ils n’oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir », Maya Angelou

Le mental fitness des Petites Glo

Matt Haig est un auteur britannique très attaché aux thématiques de santé mentale. Voici les précieux conseils qu’il donne à ses lecteurs dans le roman How to stop time (hélium éditions, 2017) :

Conseils de Matt Haig dans "How to stop time" (2017)

Goodbye my sister, goodbye my friend

Quand tu es en couple, tu es consciente que tu risques d’avoir le cœur brisé si ça termine. Mais on ne parle jamais du fait que cela peut arriver en amitié aussi.” Chloé, 24 ans, a été très marquée par la fin de sa relation avec son amie la plus proche, dix ans plus tôt. Pour ma part, si je me rappelle très bien avoir passé de longues heures à pleurer plus que de raison pour des idiots qui n’en valaient pas la peine, rien n’a surpassé l’immense remise en question qui a suivi la rupture avec ma meilleure amie à la fin de mon adolescence.

Et que la rupture se fasse avec le temps ou brutalement, elle est toujours douloureuse pour les deux parties. “Dans toutes les ruptures, on plaint beaucoup la personne qui est quittée, mais on oublie que pour la personne qui quitte, cela peut être très violent,” nous explique la thérapeute Anne-Laure Buffet, autrice de Ces séparations qui nous font grandir (2020) et de L’amitié (2022) aux Éditions Eyrolles. “D’abord, elle se remet en cause elle-même, elle remet en cause l’autre, la relation, pourquoi la relation a existé, ce qui a pu être décidé, imaginé pendant qu’elle suivait son cours…

Dans L’amitié, elle note qu’à l’adolescence, “l’amitié n’est pas encore un désir mais un besoin” : “besoin de l’autre, de s’identifier, de se sentir reconnu et apprécié, de croire en un lien particulier, fort, unique.” C’est l’âge auquel on va s’éloigner des parents et se construire avec et par rapport aux amis. “Si on est amené à rompre avec un(e) ami(e) alors qu’on était dans une phase d’identification – une phase de construction de l’individu, de la personne et de la pensée –, cela peut être très difficile à surmonter car il va falloir trouver un autre modèle,” développe-t-elle.

Construction oblige, l’adolescence est une période d’affirmation de soi, mais aussi une période d’intransigeance. “Tout ce qui va contrarier ce qu’on pense, les valeurs morales et individuelles qui touchent à notre identité, on va le rejeter,” poursuit Anne-Laure Buffet. C’est ce qui est arrivé à Chloé : “On évoluait d’une façon différente, ce qui fait que des incompréhen​​sions se sont installées, et que petit à petit on s’est éloignées jusqu’à ce que l’amitié rompe.

La thérapeute cite également la série Sex Education comme très bonne illustration de la difficulté de s’affirmer comme personne queer à l’adolescence, alors qu’on ne sait pas comment cela va être reçu. Une expérience partagée par Charlotte, 25 ans, dont la rupture amicale a eu lieu alors qu’elle prenait conscience de sa sexualité. “Je pense que cela a créé de la distance entre nous. Elle n’avait jamais fait de remarque homophobe, mais j’avais trop peur de lui faire mon coming out parce que je craignais qu’elle le prenne mal ou qu’elle le répète. Donc j’ai commencé à me tourner vers des personnes qui avaient des priorités plus en phase avec les miennes, au sein de la communauté queer, et elle en a fait de même de son côté.

“Il faut se rendre compte qu’on est quelqu’un à part entière même quand on est quitté” – Anne-Laure Buffet, thérapeute

Résultat : blessé(e)s, nous allons vouloir effacer tout ce qui nous lie à cette relation afin de nous protéger de la souffrance infligée par la séparation. Mais attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! “Pendant la relation, ce qu’on a vécu de positif ou d’agréable a du sens, il faut pouvoir le conserver,” souligne Anne-Laure Buffet. Elle donne l’exemple des goûts développés à deux, qui peuvent rester marqués par le souvenir de l’autre personne. Pendant longtemps, Charlotte n’a plus été en mesure d’écouter les artistes qu’elle avait vus à un festival de musique avec son ancienne meilleure amie.

Anne-Laure Buffet recommande d’accepter sa tristesse et sa colère, ce qui va permettre de dépasser ses émotions et d’en revenir à soi. “C’est accepter d’avoir mal, mais ce n’est pas se complaire dans cet état. Ne pas se complaire, c’est penser à soi, à ce qui nous fait du bien, ce dont on a besoin et pourquoi.” Qu’il s’agisse de goûts ou d’amis en commun, il faut se questionner : “Est-ce que j’y prenais du plaisir parce que j’étais avec l’autre, ou parce que cette activité me plaisait à moi ? Est-ce que je peux la continuer, même sans l’autre ?

L’essentiel, résume-t-elle, est de “se rendre compte qu’on est quelqu’un à part entière même quand on est quitté.” Cela nous permet de nous autonomiser et d’éviter de tomber dans une forme de dépendance affective inconsciente, où nos goûts dépendent de l’autre. Charlotte estime que si les mois suivants sa rupture amicale ont été difficiles, c’était pour le mieux sur le long terme : “Nous avons évolué de manières tellement différentes que tenter de préserver une amitié basée sur qui nous pensions être à seize ans nous aurait empêchées de nous épanouir pleinement.

Chloé renchérit : “Une rupture amicale amène toujours du positif : soit ça t’apprend quelque chose sur toi-même, soit ça enlève une personne néfaste de ta vie.” Anne-Laure Buffet conclut en rappelant que ces ruptures arrivent à tout le monde et font partie de la construction de chacun. “Arriver à dépasser une rupture, ça permet de beaucoup mieux se connaître et donc d’être encore plus ami(e) avec nos futurs nouveaux amis, car on sera encore plus honnête, encore plus juste avec les autres et avec soi-même.

Si cet entretien avec Anne-Laure Buffet vous a plu, ces deux livres devraient beaucoup vous intéresser pour en apprendre davantage !

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