« Ne dites pas qu’une fille ne vaut rien
Toutes les nuits, mon épée crie sur le mur… »

Est-ce possible d’être à la fois poétesse, révolutionnaire, fondatrice de – plusieurs – journaux ? Oui, si nous sommes au début du xxe siècle et en Chine. Et si on s’appelle Qiu Jin. Et que l’on a un destin extraordinaire.

Les premières traces de la pensée dissidente de Qiu Jin remettent en question la règle des trois subordinations : « Une femme doit se plier à la volonté de son père et de ses frères aînés dans son enfance, à celle de son mari après le mariage, et à celle de son fils une fois devenue veuve » (Bao Zhao, in Qiu Jin – féministe, poète et révolutionnaire, de Suzanne Bernard, Le Temps des Cerises). Elle écrit alors, au moment de son mariage arrangé par son père :

« Mon corps a été jeté dans la mer de haine
Quand s’écrouleront ces murs de tristesse ? »

Qiu Jin a eu deux combats qui l’ont accompagnée au cours de sa courte vie – libérer la Chine de la dynastie Qing et encourager l’avènement de la révolution des femmes contre leur condition. Tout ça en écrivant des poèmes.

« Condamner les femmes comme sexe faible est injuste
Impossible de m’y résigner !
Je ne peux me comparer aux hommes
Mais mon cœur est plus téméraire que le leur. »

Qiu Jin est connue pour s’habiller en homme – comme la fois où son mari décide de quitter avec ses amis un banquet qu’elle a préparé pour se rendre dans une maison close sans elle. Il la démasque, la bat, elle se barre. Elle quitte ses enfants, qu’elle laisse à son mari, pour aller étudier au Japon où son premier acte de rébellion est de se débander les pieds.

Là-bas, Qiu Jin est une entrepreneuse révolutionnaire. Une faiseuse. Pour mener ses deux combats de front, elle décide, avec une autre étudiante, de créer « la première association des femmes chinoises, la Société d’affection mutuelle » alors qu’elle est au Japon (Suzanne Bernard, Qiu Jin – féministe, poète et révolutionnaire, Le Temps des Cerises). Les objectifs sont clairs : « unir les femmes chinoises dans l’amour de la patrie, l’étude, l’indépendance et la lutte pour renverser les Qing ». Elle crée ensuite un premier journal, intitulé Journal en langue parlée. Dans son éditorial, « Sur les avantages du discours », elle explique l’importance du choix du vocabulaire pour parler au nombre le plus large – le journal s’arrête au bout de six numéros par manque de fonds. Quelque temps plus tard, elle récidive avec Le Journal des femmes chinoises dans lequel elle ouvre son édito par ces quelques mots « Je voudrais réunir dans une seule voix nos deux cents millions de femmes, et communiquer les messages du monde féminin de notre pays. Que ce journal soit l’organe général de la communauté féminine, qu’il rende la vie plus vivante, l’esprit plus vif de nos femmes qui avanceront vaillamment vers un avenir lumineux. Qu’elles soient les pionnières de notre pays pareil à un lion réveillé, qu’elles soient de la lumière !… »

« La chevalière du lac miroir », surnom donné à Qiu Jin qui, comme tant d’héroïnes, une fois qu’on l’a découverte, semble avoir toujours été là. Elle rentre en Chine en 1907 et tente un coup d’État pour renverser le règne des Qing en Chine et faire avancer les droits des femmes dans son pays. L’échec du coup se traduira par sa condamnation à mort. Elle a alors 31 ans.

Aujourd’hui, Qiu Jin est considérée comme une pionnière du combat féministe dans le monde. Je ne sais pas si elle se considérait comme courageuse tant son combat lui semblait être une évidence. Je ne sais pas non plus si elle connaissait sa détermination tant elle ne doutait pas qu’il fallait continuer. Toujours.

Vous aimez ce qu’on fait ?

Rejoignez les plus de 100,000 abonné·es et abonnez-vous à la newsletter Les Glorieuses