Je suis obsédée par les listes. Sur les 3 612 notes enregistrées dans mon téléphone, au moins la moitié leur sont consacrées. Des listes de courses, bien sûr, des listes de choses que je dois faire, évidemment, mais aussi des listes de livres qui attendent autre chose que de prendre la poussière sur mon bureau, de choses qui font que deux personnes peuvent potentiellement tomber amoureux, une liste de choses que j’aime (deux personnes qui ne se connaissent pas et qui rient ensemble dans le bus), une liste de choses que je n’aime pas (les phrases vides de sens), une liste de choses qui font que j’aime les gens (ceux qui se réjouissent du succès des autres par exemple). 

J’aime aussi les listes écrites par les autres. L’une de mes préférées est celle que Nora Ephron avait publiée dans The Guardian, des choses qui allaient lui manquer, et de celles qui ne lui manqueraient pas, lorsqu’elle a compris qu’elle ne guérirait pas de son cancer.

C’est pour cela que dans cette nouvelle direction éditoriale des Glorieuses, je souhaite introduire un nouveau format : La Liste. L’idée, inviter des artistes que j’aime à partager ici l’une de leurs listes signatures, une liste qui dit quelque chose d’elles, de leur regard, de leurs obsessions, de leurs contradictions, de leur humour aussi.

Pour inaugurer ce format, j’ai demandé à la comédienne et humoriste Fanny Ruwet de s’y coller. Après un roman, Bien sûr que les poissons ont froid, un court-métrage, Bingo, un podcast culte, Les Gens qui doutent, et cinq années de chroniques sur France Inter, Fanny Ruwet est revenue avec un nouveau spectacle, On disait qu’on faisait la fête. Vous pouvez d’ailleurs découvrir son spectacle dès ce soir sur Canal+, et la voir répondre à cette liste de questions : comment se faire de nouveaux amis quand on est adulte et sobre ? Où vont les émotions qu’on ne s’autorise pas à ressentir ? Quelle est la meilleure manière de faire disparaître un corps ? Les autres font-ils tous semblant de savoir quoi faire de leur vie, ou sommes-nous les seul·es à ne rien comprendre ? Jusqu’où doit-on faire semblant d’aimer un cadeau qu’on déteste ? Et pourquoi n’existe-t-il plus de spectacle de fin d’année, une fois adulte ?

J’ai hâte de lire vos retours sur ce nouveau format, de découvrir les titres des listes que vous tenez vous-même dans vos carnets, vos téléphones ou vos têtes, et de savoir aussi quelles sont les personnes que vous aimeriez lire ici. Et si vous êtes de la team papier, il y a forcément un carnet Les Glorieuses prêt à accueillir vos listes : le carnet modèle unique ou le carnet à spirale.

La liste des fois où j’ai failli devenir une personne que je n’étais pas, par Fanny Ruwet

  • ⁠La fois où j’ai voulu devenir médecin parce que j’ai regardé la série The Pitt (je suis hypocondriaque).
  • ⁠La fois où je me suis dit que j’allais reprendre en main toute ma vie juste parce que je m’étais exceptionnellement levée à 8h du matin (miracle morning, tout simplement).
  • ⁠La fois où je me suis prise pour une fitgirl parce qu’au cinéma, j’ai pris le petit popcorn au lieu du moyen (#fannyfitcats).
  • ⁠Le soir où, parce qu’il me restait un peu d’énergie à 20h, j’ai cru que j’allais travailler toute la nuit, devenir William S. Burroughs et écrire le projet de ma vie (plot twist : je dormais à 22h).
  • Le dîner de réalisateurs auquel je suis allée en pensant que j’allais miraculeusement devenir extravertie pour l’occasion (je suis entrée, j’ai hyperventilé et je suis partie sans même toucher au buffet, c’est vous dire).
  • La fois où j’ai acheté tous les livres de Sally Rooney en anglais et que je pensais que j’allais devenir bilingue pour l’occasion (du coup je les vends, venez en DM).
  • ⁠La fois où je me suis dit « Je suis faite pour être mère » juste parce que j’ai passé 15 min avec un enfant marrant (il avait un tout petit accordéon et il y jouait en étant sur le pot, qu’on m’enlève mon stérilet sur-le-champ).

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