Oui, elle est un peu trop parfaite pour être réaliste. Oui, on se demande comment ces ados font pour faire abstraction du racisme, validisme, classisme, sexisme ou de la transphobie qui nous submerge au quotidien. Oui, la série Sex Education peut énerver tant elle répond à tous les codes de l’engagement progressiste. Néanmoins, comment se fait-il que cela soit une plate-forme de vidéo américaine qui propose la meilleure éducation sexuelle qu’une personne souhaiterait recevoir ? Comment une série américaine nous apprend-elle que le désir n’a rien à voir avec la justification d’un agresseur ou l’inquisition d’un conservateur mais révèle un sentiment bien féministe ?


« Nous ne devrions pas avoir honte d’avoir des désirs sexuels. Vous donnez l’impression que le sexe est terrifiant, mais ce ne l’est pas forcément. Cela peut être amusant et beau et cela peut vous apprendre des choses sur vous-même et votre corps ». C’est Maeve Wiley, personnage de 17 ans de la série Sex Education (Netflix) qui prononce tranquillement cette phrase lors d’un cours d’éducation sexuelle qui aurait pu avoir lieu dans les années cinquante.


« Le désir peut nous prendre par surprise, nous amener quelque part où nous n’avions pas imaginé aller un jour, ou vers quelqu’un que nous n’aurions jamais pensé convoiter ou aimer. Dans les meilleurs cas, les cas qui fondent peut-être notre meilleur espoir, le désir peut trancher avec ce que la politique a choisi pour nous, et choisir pour lui-même. » La chercheuse Amia Srinivasan explore la face politique du désir dans son nouvel ouvrage, The Right To Sex, Bloomsbury, 2021.


Pour comprendre les enjeux liés au désir, Srinivasan cite Audre Lorde, « Nous avons été élevés à craindre le oui en nous-mêmes, nos envies les plus profondes. Car les exigences de nos attentes libérées nous conduisent inévitablement à des actions qui aideront à mettre notre vie en accord avec nos besoins, nos connaissances, nos désirs. Et la peur de nos envies les plus profondes les rend suspectes, nous maintient dociles, loyales et obéissantes, et nous amène à nous contenter ou à accepter de nombreuses facettes de notre oppression en tant que femmes » (Erotic: The Erotic as Power, 1978).

La fameuse conquête du désir.

Car le désir nous est enseigné comme un sentiment similaire à la peur et c’est tout l’intérêt de la série Sex Education que de déconstruire ceci. Au détour d’une scène de la série, on voit un site montrant que toutes les vulves sont belles, on redécouvre que le consentement est fondamental ou encore que la non-binarité n’est pas une « mode ».


Le désir ne doit pas être source de honte mais de savoir. Le désir ne doit pas être masqué mais dévoilé. Le désir doit être politique. « Il y a bien sûr des risques réels à soumettre nos préférences sexuelles à un examen politique. Nous voulons que le féminisme puisse interroger les motifs des désirs, mais sans honte d’être traitée de salope, sans pudeur ni abnégation : sans dire aux femmes qu’elles ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent, ou ne peuvent pas profiter de ce qu’elles veulent, dans les limites du consentement », continue Amia Srinivasan. Le désir est encore politique car la révolution sexuelle des années soixante n’a pas libéré tout le monde. La chercheuse affirme que la fameuse révolution n’a pas créé de nouveaux et nouvelles gagnant.e.s et perdant.e.s. Elle n’a pas non plus créé une nouvelle hiérarchie qui est venue remplacer l’ancienne. Ce qui et remarquable à propos de la révolution sexuelle, dit-elle, c’est à quel point cela n’a pas changé les rapports entre les sexes d’un iota. « Les femmes qui disent non veulent toujours dire oui, et les femmes qui disent oui sont toujours des salopes. Les hommes noirs et hâlés sont toujours des violeurs, et le viol des femmes noires et hâlées ne compte toujours pas. » Et d’ajouter : « Qui, donc, la révolution sexuelle a-t-elle vraiment libéré ? – Nous n’avons encore jamais été libres. »

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