Laia Abril est une artiste reconnue pour sa méthodologie rigoureuse et son exploration des injustices de genre et l’oppression systémique des femmes. Sa dernière exposition, On Mass Hysteria, constitue le troisième volet de sa trilogie Histoire de la misogynie, après les œuvres marquantes On Abortion (2016) et On Rape (2020). Dans ce nouveau chapitre, elle s’attaque à un phénomène sociétal méconnu mais significatif : l’hystérie collective, un concept souvent associé aux femmes et historiquement utilisé pour discréditer, contrôler et réduire au silence celles qui transgressent les normes patriarcales. On Mass Hysteria, au-delà de son ambition artistique, initie un dialogue nécessaire sur les liens entre structures de pouvoir, normes sociales et souffrances collectives des femmes.

Dans la newsletter de cette semaine, je vous propose un entretien de Laia Abril. L’artiste y décrypte les mécanismes historiques et culturels qui perpétuent l’oppression des femmes, tout en dénonçant la culpabilisation systématique des victimes. Cet entretien nous permet une immersion dans la démarche méthodique de Laia Abril, qui conjugue recherche, histoire et art pour donner une voix aux femmes systématiquement marginalisées et incomprises.

L’interview s’est déroulée en anglais par téléphone, la version originale est en bas de la newsletter. Il a été traduit par mes soins. 

Rebecca Amsellem  L’exposition On Mass Hysteria  est le dernier-né d’une série de recherches sur l’histoire de la misogynie et le contrôle systémique des corps des femmes dans les sociétés patriarcales. Avant cette exposition, il y avait On Abortion (2016) puis On Rape (2020). Outre votre méthodologie rigoureuse, ces travaux semblent également avoir en commun un objectif similaire : déconstruire le récit de culpabilisation qui est souvent (très souvent) associé à l’avortement, au viol et encore aux phénomènes d’hystérie collective. Non seulement le patriarcat exerce un contrôle systémique sur le corps des femmes, mais il réussit également à culpabiliser les femmes qui n’ont pas la possibilité de contrôler leur propre corps. Et pour qu’elles puissent se réapproprier leur corps, il faut les aider à cesser de se sentir coupables. Était-ce votre intention initiale ?

Laia Abril La culpabilité est un élément central pour moi, d’autant plus que je viens d’un pays catholique. Lorsque j’intègre la religion dans mes projets, j’ai tendance à me concentrer sur le christianisme, car il s’agit de la relation que je comprends le mieux. Et la culpabilité, en particulier, est profondément liée à l’expérience des femmes dans notre culture.
L’objectif initial de mon travail était de comprendre, de visualiser et de conceptualiser la manière dont la société a contrôlé les femmes et leur corps, et comment ces mécanismes se sont répétés au fil des siècles. Une autre idée était de remettre en question la vision linéaire de l’histoire, en particulier lorsqu’il s’agit d’hystérie de masse. L’histoire des droits humains  et des droits des femmes plus spécifiquement est non linéaire. Nous entrons aujourd’hui dans une période très sombre, et un regard sur le passé peut offrir des perspectives cruciales pour notre avenir.
J’ai également le sentiment que la question du blâme des victimes et de la négligence systématique à l’égard des femmes devient de plus en plus évidente, non seulement pour moi, mais aussi pour la société dans son ensemble. J’en ai personnellement fait l’expérience très tôt avec mes douleurs menstruelles et mon endométriose. On m’a dit que c’était « normal » – même d’autres femmes – parce que le patriarcat systémique est si profondément ancré, même dans le système de santé. J’ai toujours eu le sentiment que quelque chose n’allait pas, mais c’était considéré comme « normal ». On a régulièrement douté de mon ressenti.

Laia Abril, Mass Hysteria Folder #1 : France, 1400—1632 Nuns | Meowing and Trance-like State Epidemic, 2023, Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris © Laia Abril

“Lorsque les femmes commençaient à remettre en question ces attentes, la société réagissait souvent en les qualifiant de folles, d’hystériques, voire en les accusant de sorcellerie, ce qui diminuait leur expérience et les réduisait au silence.”

Rebecca Amsellem L’hystérie collective peut être définie comme un phénomène social dans lequel plusieurs personnes, généralement des femmes, présentent une apparition soudaine de symptômes physiques et psychologiques. On pense au célèbre procès des sorcières de Salem, où des adolescentes ont été jugées pour avoir eu une crise qui, à l’époque (XVIIe siècle), n’avait pas d’explication médicale logique. Cela m’a rappelé cette citation tirée de Sorcières, sages-femmes et infirmières : Une histoire des femmes soignantes de Barbara Ehrenreich et Deirdre English – “Nommer sorcière celle qui revendique l’accès aux ressources naturelles, celle dont la survie ne dépend pas d’un mari, d’un père ou d’un frère, celle qui ne se reproduit pas, celle qui soigne, celle qui sait ce que les autres ne savent pas ou encore celle qui s’instruit, pense, vit et agit autrement, c’est vouloir activement éliminer les différences, tout signe d’insoumission et tout potentiel de révolte. C’est protéger coûte que coûte les relations patriarcales brutalement établies lors du passage du féodalisme au capitalisme”. Aujourd’hui encore, comme vous le dites si bien, « Les autorités accusent fréquemment les victimes d’inventer les symptômes, d’agir par imitation, de chercher à attirer l’attention, d’être « sous l’emprise de leurs hormones », voire d’être des sorcières. » Comment avez-vous réalisé que l’hystérie collective était une question politique – voire féministe ?

Laia Abril Chaque cas, chaque scénario, chaque contexte est différent – il est difficile de généraliser les types de victimes ou de situations. Mais il y a eu un moment où j’ai réalisé que je n’avais pas vraiment réfléchi à la façon dont la société peut rendre les gens malades par le biais des mécanismes mêmes de l’oppression. Cette prise de conscience a été fascinante parce que j’ai commencé à comprendre que les différentes formes d’oppression subies par ces personnes à divers moments de leur vie se manifestaient de manière similaire.
C’est alors que j’ai commencé à faire le lien entre les questions politiques, les préoccupations féministes et les attentes de la société à l’égard des femmes, dans des contextes historiques et géographiques différents. Il semblait que ces schémas se répétaient. Lorsque les femmes commençaient à remettre en question ces attentes, la société réagissait souvent en les qualifiant de folles, d’hystériques, voire en les accusant de sorcellerie, ce qui diminuait leur expérience et les réduisait au silence. Pour moi, c’est à ce moment-là que tout a enfin pris un sens.
En tant qu’artiste, je ne prétends ni avoir toutes les réponses ni comprendre pleinement les épidémies. Cependant, je me suis rendu compte que le principal déclencheur de ces flambées n’était pas seulement un traumatisme individuel ou des luttes personnelles, mais qu’il s’agissait plutôt de facteurs sociétaux. Il ne s’agissait pas simplement de problèmes personnels, mais de troubles collectifs, d’épidémies partagées, de symptômes collectifs. Dans de nombreux cas – mais pas tous – ces problèmes semblaient être provoqués par l’oppression sociétale.
Je me suis également aperçue de la raison pour laquelle ces phénomènes touchaient principalement les adolescents. En repensant à ma propre adolescence, je me souviens avoir eu l’impression d’occuper une position très basse dans la hiérarchie de la société, en particulier en tant que jeune femme. En tant qu’adolescente, mes opinions étaient rejetées, mes sentiments étaient qualifiés d’exagérés ou être liés aux variations hormonales, et mes expériences étaient banalisées. Cette expérience m’a aidée à comprendre les nombreuses personnes qui ont connu ces crises pendant l’adolescence. Elle a mis en évidence l’omniprésence du « gaslighting » chez les adolescentes, où leur douleur et leurs symptômes étaient systématiquement invalidés. Cela m’a amenée à me demander si quelque chose ne clochait pas fondamentalement dans la manière dont ces cas étaient abordés et compris.

Laia Abril, TEAM SPIRIT, Mind Series (Case 3, Le Roy, On Mass Hysteria), 2023,
Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris © Laia Abril

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“En tant que femme, je pense aussi à l’influence de la culture de l’alimentation, des normes de beauté et de l’hyperconsommation. En quoi cela n’est-il pas oppressif ?”

Rebecca Amsellem L’un des trois cas que vous avez décidé de présenter dans l’exposition est récent. Il s’est produit à Le Roy, aux États-Unis, où des filles, des adolescentes, ont commencé à faire des gestes incontrôlables avec leurs bras, leur corps, leur voix – un peu comme le syndrome de la Tourette. C’était la première fois que l’hystérie collective, qui a touché plus d’une douzaine d’entre elles, était diffusée sur les réseaux sociaux. Les filles voulaient comprendre ce qui leur arrivait. Il existe d’ailleurs un excellent documentaire-podcast sur cet événement spécifique, Hysterical. Vous précisez qu’elles ont été accusées de simuler leurs symptômes pour être au centre de l’attention. Et qu’une fois encore, les victimes occupaient des positions subalternes dans leurs communautés. Quel est le lien entre l’hystérie collective et les dynamiques sociales inégales et oppressives ? Pourquoi les adolescents en sont-ils généralement les victimes ?

Laia Abril D’un point de vue sociologique, les maladies psychogènes de masse (MPI) ou les troubles psychogènes de masse font l’objet d’un débat important, notamment en ce qui concerne leur dénomination et leur étiquetage. Ces termes sont intrinsèquement politiques, car les qualifier de « maladie » ou de « trouble » comporte des connotations et des niveaux de signification distincts. Les sociologues décrivent souvent ces phénomènes comme se produisant au sein de groupes étroitement liés, souvent situés dans des positions inférieures au sein des hiérarchies sociales. Il est difficile d’établir des comparaisons directes entre les cas de différents pays en raison des différences considérables entre les contextes sociétaux et culturels. Par exemple, on pourrait s’étonner que de telles épidémies surviennent dans l’État de New York, souvent associé à la modernité et aux privilèges. Il est essentiel de souligner que ces incidents ne se limitent pas aux régions où l’on s’attendrait de manière stéréotypée à ce qu’ils se produisent. L’oppression subie par certaines communautés – qu’elle soit politique, sociale ou économique – est toujours relative. Lorsque l’on évoque des cas tels que l’épidémie de Le Roy, à New York, parallèlement à des incidents impliquant des femmes cambodgiennes dans des usines de confection, on a souvent l’impression qu’il y a une certaine distance entre ces situations. Cependant, en réfléchissant à la société américaine, j’établis souvent des parallèles. Je pense aux élèves dans les écoles confronté·e·s à la peur des fusillades de masse, aux villes économiquement déprimées, à la maltraitance familiale et à la grossesse chez les adolescentes…. En tant que femme, je pense aussi à l’influence de la culture de l’alimentation, des normes de beauté et de l’hyperconsommation. En quoi cela n’est-il pas oppressif ? Je ne suis ni sociologue, ni neurologue, ni médecin, mais de mon point de vue, les États-Unis sont l’une des sociétés les plus étouffantes en termes de pressions sociétales. Cela devient de plus en plus évident. Bien que mon projet soit plus artistique qu’académique, je ne peux m’empêcher de voir les liens entre les explications sociologiques de ces phénomènes et les expériences vécues par les gens au sein de la culture américaine. De nombreuses personnes attribuent ces épidémies aux réseaux sociaux, d’autant plus qu’il s’agit de l’un des premiers cas où les médias de masse et les réseaux sociaux ont joué un rôle important. Toutefois, dans ce cas précis, les réseaux sociaux ont davantage joué le rôle d’amplificateur ou de canal de diffusion du phénomène que d’en être la cause première. Ce qui s’est passé n’a pas été déclenché par les médias sociaux – du moins pas dans ce cas – car des incidents similaires se produisent dans le monde entier depuis des siècles, avant même que les médias modernes n’existent. Il est également important d’examiner où se situe la responsabilité. Si les réseaux sociaux peuvent effectivement servir de déclencheur dans certaines situations, l’oppression et les pressions sociétales sous-jacentes existent depuis l’Antiquité. Ce contexte historique plus large nous aide à comprendre que ces phénomènes ne sont pas nouveaux, mais qu’ils sont profondément ancrés dans les structures de la société.

“Bien que je trouve l’idée d’une protestation silencieuse – notre corps prenant position pour nous – romantique et convaincante, et que je pense qu’elle joue un rôle important dans de nombreux cas, il est essentiel d’aborder chaque situation de manière individuelle”.

Rebecca Amsellem Vous avez mentionné le travail de Robert Bartholomew et noté qu’il est l’un des principaux experts sur le sujet. Il suggère que la plupart des cas de maladies psychogènes de masse concernent des femmes ou des adolescentes qui ont systématiquement vécu dans des conditions d’oppression. Cela m’a rappelé un texte de Carol Gilligan que nous avons publié et qui s’intitule La silenciation des filles. Elle y explore la manière dont les filles, au moment de leur transition vers l’adolescence, adoptent inconsciemment deux voix : l’une qu’elles expriment vers l’extérieur et l’autre qu’elles répriment en leur for intérieur. Cette idée semble être un écho de votre travail, en particulier lorsque vous faite référence à l’anthropologue Aihnwa Ong qui a écrit sur l’évanouissement collectif des ouvrières dans les usines de Malaisie dans les années 1970 « la naissance inconsciente d’un idiome de protestation contre la discipline de travail et le contrôle exercé par les hommes dans un environnement industriel contemporain » – considérez-vous l’hystérie de masse comme une protestation féministe inconsciente ? Par cela, j’entends, pensez-vous que nous avons conditionné nos esprits et nos corps à supporter les inégalités à un point tel que, parfois, ils expriment ou protestent contre ces injustices d’une manière dont nous ne sommes pas pleinement conscientes ?

Laia Abril J’aimerais beaucoup que ce soit l’explication complète. Pendant un certain temps, cela a été mon avis. Le point de vue d’Aihnwa Ong est devenu une lumière qui m’a guidée tout au long de ce processus, façonnant profondément ma façon de voir la question. Comme j’ai travaillé sur les usines cambodgiennes, son point de vue a trouvé un écho profond, car il correspondait étroitement à des cas similaires dans ce pays. Puis je suis allée au Cambodge. Les travailleuses cambodgiennes comptent parmi les syndicalistes les mieux organisées au monde et elles protestent, elles luttent. L’un des problèmes est que lorsqu’elles ont manifesté par le passé, elles ont été confrontées à une brutalité extrême de la part de la police, certaines ayant même perdu la vie. Un autre anthropologue et psychiatre transculturel, Maurice Eisenbruch, propose une perspective légèrement différente, estimant que cette théorie peut parfois être trop réductrice. Par exemple, au Cambodge, il explore le concept de douleur transgénérationnelle issue du traumatisme du génocide des Khmers rouges sous Pol Pot. Il souligne l’idée que certaines usines sont construites sur les fosses communes de ce génocide et suggère que ce traumatisme collectif pourrait se manifester comme une reconstitution de la douleur transgénérationnelle. Il insiste également sur les éléments spirituels impliqués et sur les modes de transfert de la douleur, ajoutant ainsi une nouvelle couche à cette conversation déjà complexe. Il est indéniable que chaque cas est incroyablement complexe. Plus ma culture est éloignée de la leur, plus je me rends compte qu’il peut être réducteur de s’appuyer sur une seule explication. Bien que je trouve l’idée d’une protestation silencieuse – notre corps prenant position pour nous – romantique et convaincante, et que je pense qu’elle joue un rôle important dans de nombreux cas, il est essentiel d’aborder chaque situation de manière individuelle. Il est essentiel de comprendre le point de vue culturel des personnes qui vivent ces problèmes pour vraiment saisir leurs luttes.

Laia Abril, ANGER, Mind Series (Case 2, Cambodia, On Mass Hysteria), 2023,
              Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris © Laia Abril

“De mon point de vue artistique, je cherche à ouvrir un espace de réflexion et de dialogue, en reconnaissant que la vérité réside dans la nature complexe et multiforme de ces expériences”.

Rebecca Amsellem Il semble que l’hystérie de masse soit un moyen de comprendre comment les femmes étouffent dans un cadre où elles doivent s’excuser de ne pas accepter ce que la société fait à leur corps – consciemment ou non. Cette idée me fait penser à cette citation de Sady Doyle dans Trainwreck : The Women We Love to Hate, Mock, and Fear… and Why « La promesse de l’œuvre de Plath était qu’une femme pouvait désamorcer les accusations d’hystérie en se les appropriant. Contrairement à Solanas, qui ne s’est apparemment jamais considérée comme imparfaite ou malade, ou à Wollstonecraft et Brontë, qui ont dissimulé leurs défauts pour ne pas se compromettre, ou même à Jacobs, qui était honnête mais jouait un jeu délicat en s’excusant pour des « péchés » dont elle n’était pas responsable afin d’atteindre son public, Plath a pris ses propres défauts comme sujet, et en a fait la source de son autorité. En détaillant sa propre vie intérieure surabondante, aussi énorme et effrayante soit-elle – sa sexualité, son suicide, ses relations brisées, sa colère contre le monde ou les hommes – elle pouvait, d’une manière cruciale, s’approprier cette partie de son histoire, simplement parce qu’elle avait choisi de la raconter. Et si elle pouvait le faire, d’autres femmes pourraient le faire aussi”. Les écrivaines décrites ont une stratégie vis-à-vis de ce que la société considère être un défaut – elles savent que la société n’accepte pas les femmes qui ont des défauts. A travers les exemples d’hystérie collective, y a-t-il une explication sous-jacente liée au fait que les femmes sont de facto différentes de ce que la société attend d’elles ?

Laia Abril La plupart des tensions que nous avons évoquées à propos de l’oppression découlent des attentes de la société à l’égard des adolescentes et des jeunes femmes. Lorsqu’il y a une rupture entre ce que l’on attend d’elles et ce qui se passe réellement, l’épidémie s’installe souvent – c’est l’une des théories dominantes.
Ce que vous avez dit à propos des défauts est intéressant. Pour beaucoup de ces questions, je n’ai pas de réponses définitives. J’ai des opinions éclairées, façonnées par des recherches approfondies, mais plus j’approfondis ce sujet – et je sais que cela peut sembler un cliché – plus je me rends compte de tout ce que je ne sais pas. Cette prise de conscience me semble toutefois plus vraie et plus fondée parce qu’elle tient compte de la complexité de ces phénomènes. L’un des plus grands défis réside dans notre tendance à étiqueter, réduire, catégoriser et encapsuler la douleur et la lutte pour tenter de les contrôler ou de les comprendre pleinement. Nous cherchons souvent des explications d’un point de vue biologique, psychologique ou sociologique, en essayant de les faire entrer dans des cases prédéfinies. Mais cette approche passe souvent à côté de la nuance et de l’individualité de chaque cas. Même au sein d’une épidémie ou d’un trouble collectif, chaque personne impliquée est porteuse d’une constellation unique d’expériences, d’émotions et de réalités. D’un point de vue spirituel ou culturel, j’ai trouvé un sens profond à la manière dont ces expériences sont comprises dans différents contextes, que ce soit à travers des croyances animistes au Cambodge ou des perspectives religieuses et indigènes au Mexique. Dans leur poésie, leurs rêves et l’expression de leur peur, j’ai trouvé une richesse et une profondeur qui me semblent bien plus authentiques que les tentatives d’imposer un cadre analytique à ces flambées désorganisées. Pour ce projet, j’ai adopté une approche différente de celle de mes travaux antérieurs. J’ai embrassé la complexité et me suis laissée aller à un état de flux, acceptant le fait que je ne cherche pas une réponse unique et définitive, du moins pas à l’échelle mondiale. D’un point de vue artistique, j’apprécie la liberté d’explorer ces couches, de mettre en lumière les injustices politiques et de réfléchir à la manière dont ce mouvement suscite des conversations plus larges. De mon point de vue artistique, je cherche à ouvrir un espace de réflexion et de dialogue, en reconnaissant que la vérité réside dans la nature complexe et multiforme de ces expériences.

“Cette idée de rejeter la douleur féminine – en particulier par la communauté médicale, ou, à l’inverse, de l’hypermédicaliser – en particulier lorsque des problèmes de santé mentale comme la dépression ou l’anxiété – est au cœur de ce projet”. 

Rebecca Amsellem Dans Une histoire des femmes soignantes, Barbara Ehrenreich et Deirdre English écrivent : « Cela signifie, de notre point de vue, que le sexisme du système de santé n’est pas accidentel, qu’il n’est pas que le reflet du sexisme de la société dans son ensemble ou du sexisme de certains médecins à titre individuel. Il est historiquement plus ancien que la science médicale elle-même; il s’agit d’un sexisme profond et institutionnel ». Votre recherche est sans aucun doute un moyen de le confirmer. Je sais que votre travail s’inscrit davantage dans une perspective collective, mais il me semble pouvoir faire écho aux expériences individuelles aussi.  Selon la Fawcett Society au Royaume-Uni, un tiers des femmes évitent les médecins à cause de l’anxiété et de l’embarras. En Espagne, une étude a montré que les femmes attendent plus de deux fois plus longtemps que les hommes pour recevoir un diagnostic de maladie inflammatoire. Votre travail s’inscrit précisément dans notre société moderne dans ce traitement que cette dernière réserve à la santé des femmes.

Laia Abril On Mass Hysteria est né alors que je travaillais sur ma série consacrée aux mythes autour de la menstruation au Népal. Le lien entre douleurs menstruelles, l’épidémie qu’est l’endométriose, ainsi que la mise en lumière massive de la douleur féminine, est profondément lié au concept d’hystérie de masse. Cette idée de rejeter la douleur féminine – en particulier par la communauté médicale, ou, à l’inverse, de l’hypermédicaliser – en particulier lorsque des problèmes de santé mentale comme la dépression ou l’anxiété – est au cœur de ce projet. À bien des égards, il s’agit d’une extension naturelle de la série que j’ai commencée à l’époque, en continuant à explorer ces thèmes d’expériences féminines négligées et incomprises.

“Beaucoup de nos luttes semblent être enracinées dans l’obsession de la productivité, de l’hyperproductivité et de l’hypercapitalisme. Parfois, nos corps sont tout simplement épuisés – et pas seulement les corps féminins, mais tous les corps”.

Rebecca Amsellem La dernière question que j’ai à poser est une question que je pose à tout le monde : c’est celle de l’utopie. Imaginez que vous vous réveillez après une bonne nuit de sommeil et que vous vous rendez compte que vous vivez dans une société véritablement féministe. Quel est le détail qui vous en fait prendre conscience ? Il peut s’agir de quelque chose dans votre chambre, votre appartement, dans la rue, dans vos pensées ou même dans ce que vous ressentez. 

Laia Abril Je m’interroge souvent sur un monde où il serait possible de s’aligner véritablement sur les cycles naturels du corps féminin. Il existe des théories et des idées sur l’abandon d’une compréhension linéaire des cycles corporels et l’adoption d’un cycle en quatre phases – repos, production, isolement et renouvellement. À quoi cela ressemblerait-il dans la pratique ? Je sais que cela semble utopique parce que le système actuel est conçu pour fonctionner à l’opposé. Beaucoup de nos luttes semblent être enracinées dans l’obsession de la productivité, de l’hyperproductivité et de l’hypercapitalisme. Parfois, nos corps sont tout simplement épuisés – et pas seulement les corps féminins, mais tous les corps. Ce concept de cycle est également lié à la nature. J’ai lu quelques articles sur l’écoféminisme et l’idée d’accorder le corps et la nature. C’est un défi au récit dominant de la productivité, de la technologie et de l’hyper-technologie incessantes. Si l’on observe l’état du monde, les personnes au pouvoir et les idées qui animent ces systèmes, il est fascinant – et troublant – de voir comment la productivité de masse et les progrès technologiques se retournent contre nous et contre la planète. Ce n’est pas une utopie, mais imaginer une vie qui respecte ces rythmes et ces relations pourrait apporter beaucoup.

Laia Abril, FEELINGS, News Series (Case 2, Cambodia, On Mass Hysteria), 2023,
Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris © Laia Abril

Entretien original en anglais

Rebecca Amsellem On mass hysteria exhibition is the last part of a trilogy of work on the History of Misogyny. Before this exhibition, there were On Abortion (2016) and On Rape (2020). This work is the last born of a series of researches on the history of misogyny on the systemic control on women’s bodies in patriarchies. Aside from your rigorous methodology, they all seem to have a common goal : disrupt a victim-shaming narrative that is often (when not always) associated with abortion, rape, and mass hysteria. Not only patriarchy achieves the systemic control on women’s bodies in patriarchies but it also succeeds in women feeling guilty about not having the possibility to control their own bodies. To reclaim their bodies, you help them stop feeling guilty about the situation. Was it your initial attention ?

Laia Abril Guilt is such a central element for me, especially coming from a Catholic country. When I incorporate religion into my projects, I tend to focus on Christianity because it’s what I understand best. Guilt, in particular, is deeply intertwined with the experience of women in our culture. The initial goal of my work was to understand, visualize, and conceptualize how society has controlled women and their bodies, and how these mechanisms have repeated themselves over the centuries. Another key idea was to challenge the linear view of history, particularly when it comes to mass hysteria. The history of human rights, and women’s rights, is cyclical. We are now entering a very dark era, and looking back at the past can offer crucial insights into our future. I also feel that the issue of victim-blaming and the systematic neglect of women is becoming increasingly apparent—not just to me, but to society at large. I personally experienced this early on with my period pain and endometriosis. I was told it was “normal” – even by other women – because systemic patriarchy runs so deeply, even in the healthcare system. I always had a sense that something was wrong, but it was dismissed as “normal.” I was gaslit constantly.

Rebecca Amsellem Mass hysteria – or mass psychosis – can be defined as a social phenomenon in which several people, usually women, have a sudden onset of physical and psychological symptoms. We think of the notorious Salem Witch Trials in which teenagers were on trial for having a crisis that didn’t at the time (XVIIth century) have any logical medical explanation. It reminded me of this quote from Sorcières, sages-femmes et infirmières : Une histoire des femmes soignantes  by  Barbara Ehrenreich and Deirdre English  – To call a witch someone who claims access to natural resources, someone whose survival does not depend on a husband, father or brother, someone who does not reproduce, someone who heals, someone who knows what others do not know or someone who learns, thinks, lives and acts differently, is to actively want to eliminate differences, any sign of insubordination and any potential for revolt. It is to protect at all costs the patriarchal relations brutally established during the transition from feudalism to capitalism”. To this day, as you rightly put it, “authorities frequently accuse victims of inventing the symptoms, imitating others, trying to grasp attention, acting under “ the effect of hormones” or be witches”… How did you come to realize that mass hysteria was a political issue – even a feminist one ?

Laia Abril Every case, every scenario, every context is different—it’s difficult to generalize the types of victims or situations. But there was a moment when I realized I hadn’t fully considered how society can make people sick through the very mechanisms of oppression. That realization was fascinating because I began to understand that the different forms of oppression these individuals experienced at various points in their lives were manifesting in similar ways. That’s when I started connecting the dots between political issues, feminist concerns, and the societal expectations placed on women—across different historical and geographical contexts. These patterns, it seemed, were repeating themselves. When women began to challenge these expectations, society often responded by labeling them as crazy, hysterical, or even accusing them of witchcraft, diminishing their experiences and silencing them. That moment, for me, was when everything finally made sense. As an artist, I don’t claim to have all the answers or fully comprehend the outbreaks. However, one crucial realization was that the primary trigger for these outbreaks wasn’t rooted in —only—individual trauma or personal struggles, but was instead driven by societal factors. These weren’t merely personal issues but collective disorders, shared outbreaks, collective symptoms. In many cases—though not all—these problems seemed to be provoked by societal oppression. Another key realization was why these phenomena primarily affected teenagers. Reflecting on my own teenage years, I remembered feeling like I occupied a very low position in the societal hierarchy—particularly as a young woman. As a female teenager, my opinions were dismissed, my feelings were labeled as exaggerated or hormonal, and my experiences were trivialized. That personal connection helped me empathize with many of those experiencing these outbreaks during adolescence. It highlighted the pervasive gaslighting of female teenagers, where their pain and symptoms were systematically invalidated. This made me question whether something was fundamentally wrong in how these cases were being approached and understood.

Rebecca Amsellem One of the three cases you decided to display in the exhibition is recent – like the other two. It happened in Le Roy, USA where girls, teenagers, started to have uncontrollable gestures with their arms, their bodies, their voices. A bit like Tourette syndrome. It was the first time mass hysteria, as it affected more than a dozen of them, was actually broadcast on social media. The girls wanted to know what had happened to them. There is actually a great documentary-podcast about this specific event. Once again, you rightly put that they were accused of faking their symptoms to be the center of attention. And once again, the victims were occupying subaltern positions in their communities. What is the link between mass hysteria and unequal and oppressive social dynamics ? Why are teenagers usually the ones who are victims of it?

Laia Abril From a sociological perspective, mass psychogenic illness (MPI) or mass psychogenic disorder is a subject of significant debate, especially regarding its naming and labeling. These terms are inherently political, as labeling it an « illness » or « disorder » brings with it distinct connotations and layers of meaning. Sociologists often describe these phenomena as occurring within tightly knit groups, often situated in lower positions within societal hierarchies. It’s difficult to draw direct comparisons between cases in different countries due to the vast differences in societal and cultural contexts. For example, people might find it surprising that such outbreaks occur in New York state, which is often associated with modernity and privilege. It’s essential to emphasize that these incidents are not confined to regions where we would stereotypically expect them to happen. The oppression experienced by certain communities—whether political, social, or economic—is always relative. When discussing cases like the Le Roy, New York outbreak alongside incidents involving Cambodian women in garment factories, there is often a perceived distance between these situations. However, reflecting on American society, I often draw parallels. I think of students in schools, dealing with the fear of mass shootings, economically depressed towns, family abuse, and teenage pregnancy…. As a woman, I also think about the influence of diet culture, beauty standards, and hyperconsumption. How is that not oppressive? I’m not a sociologist, neurologist, or doctor, but from my perspective, the United States is one of the most suffocating societies in terms of societal pressures. This becomes evident every day. While my project is artistic rather than academic, I can’t help but see the connections between sociological explanations of these phenomena and the lived experiences of people within American culture. Many people attribute these outbreaks to social media, particularly since this was one of the first cases where mass and social media played a significant role. However, in this instance, social media acted more as an amplifier or a channel for spreading the phenomenon, rather than being the root cause. What occurred wasn’t triggered by social media—at least not in this case—because similar incidents have been happening worldwide for centuries, even before modern media existed. It’s also important to examine where blame is placed. While social media can indeed act as a trigger in some situations, the underlying oppression and societal pressures have existed since ancient times. This broader historical context helps us understand that these phenomena are not new but are deeply embedded in the structures of society.

Rebecca Amsellem You mentioned the work of Robert Bartholomew and noted that he is one of the leading experts on the topic. He suggests that most cases of mass psychogenic illness involve women or teenagers who have systematically lived in oppressed conditions. This reminded me of a powerful text we published by Carol Gilligan, titled The Silencing of Girls. It explores how girls, as they transition into adolescence, unconsciously adopt two voices: one they express outwardly and another they suppress within themselves. This idea resonated deeply with your work, especially when you referenced anthropologist Aihnwa Ong who wrote about female workers collective fainting in factories in Malaysia in the 1970’s “the unconscious birth of an idiom of protest against work discipline and control exercised by men in a contemporary industrial environment” – do you consider mass hysteria to be unconscious feminist protest ? By that, I mean, do you think we have conditioned our minds and bodies to endure inequalities to such an extent that, at times, they express or protest against these injustices in ways we are not fully conscious of?

Laia Abril I would love for that to be the full explanation. For a time, it was for me. Aihnwa Ong’s perspective became a guiding light throughout much of this process, profoundly shaping how I viewed the issue. A significant part of my work is inspired by her ideas. Since I’ve worked on Cambodian factories, her perspective resonated deeply, as it closely aligned with similar cases there.
But then I went to Cambodia. Cambodian women workers are among the most organized labor union members in the world, and they do protest. One of the problems is that when they have protested in the past, they faced extreme brutality from the police, with some even losing their lives.  Another anthropologist and transcultural psychiatrist, Maurice Eisenbruch, offers a slightly different perspective, arguing that this theory can sometimes be too reductive. For instance, in Cambodia, he explores the concept of transgenerational pain stemming from the trauma of the Khmer Rouge genocide under Pol Pot. He highlights the idea that because some of the factories are built on the mass graves of that genocide and suggests that this collective trauma might manifest as a reenactment of transgenerational pain. He also emphasizes the spiritual elements involved and the ways in which pain is transferred, adding yet another layer to this already complex conversation. It’s undeniable that every case is incredibly complex. The more distant my culture is from theirs, the more I realize that it can be reductive to rely on a single explanation. While I find the idea of a silent protest—our bodies taking a stand for us—romantic and compelling, and I believe it plays a significant role in many cases, it’s essential to approach each situation individually. Understanding the cultural perspective of the people experiencing these issues is crucial to truly grasping their struggles.

Rebecca Amsellem It seems that On Mass hysteria is a way to understand how women are still suffocating in a frame where they have to apologize for not accepting what society is doing to their bodies – even unconsciously. This thought makes me think of this one, written by Sady Doyle in Trainwreck: The Women We Love to Hate, Mock, and Fear… and Why « The promise of Plath’s work was that a woman could defang the charges of hysteria by owning them. Unlike Solanas, who seemingly never saw herself as flawed or sick, or Wollstonecraft and Brontë, who swept their flaws under the carpet so as not to compromise themselves, or even Jacobs, who was honest, but played a delicate game of apologizing for “sins” that were not her fault so as to reach her audience, Plath took her own flaws as her subject, and thereby made them the source of her authority. By detailing her own overabundant inner life, no matter how huge and frightening it was—her sexuality, her suicidality, her broken relationships, her anger at the world or at men—she could, in some crucial way, own that part of her story, simply because she chose to tell it. And, if she could do this, other women could do it, too. » Your work made me think of this quote because women writers tend to have a strategy regarding their flaws – they know that society does not accept women with flaws. Sylvia Path decided to write books about it, Solanas to say that these are actually not flaws. The Brontë sisters decided to pretend they don’t have any, and that they actually represent the exact version of what society expects from them. And I was wondering, through the explanation of massive hysteria. Is there an underlying explanation about women being different from what they are expected to be in society?

Laia Abril Many of the tensions we’ve discussed around oppression stem from societal expectations placed on teenage girls and young women. When there’s a break between what is expected of them and what actually happens, the outbreak often takes hold—that’s one of the prevailing theories. What you mentioned about flaws is interesting. For many of these questions, I don’t have definitive answers. I do have informed opinions, shaped by extensive research, but the more I delve into this topic—and I know this sounds like a cliché—the more I realize how much I don’t know. That realization, however, feels more truthful and grounded because it embraces the complexity of these phenomena. One of the biggest challenges lies in our tendency to label, narrow down, categorize, and encapsulate pain and struggle in an attempt to control or fully understand them. We often seek explanations from a biological, psychological, or sociological perspective, trying to fit them neatly into predefined boxes. But this approach often misses the nuance and individuality of each case. Even within collective outbreaks or disorders, each person involved carries a unique constellation of experiences, emotions, and realities. From a spiritual or cultural perspective, I’ve found profound meaning in how these experiences are understood in different contexts—whether through animistic beliefs in Cambodia or religious and indigenous perspectives in Mexico. In their poetry, dreams, and expressions of fear, I’ve encountered a richness and depth that feels far more authentic than attempts to impose an analytical framework on these disorganized outbreaks. For this project, I’ve taken a different approach compared to my past work. I’ve embraced the complexity and allowed myself to exist in a state of flow, accepting that I’m not seeking a single, definitive answer—at least not on a global scale. From an artistic perspective, I value the freedom to explore these layers, highlight political injustices, and reflect on how this movement sparks broader conversations. From my artistic perspective I aim to open up space for reflection and dialogue, recognizing that the truth lies in the intricate, multifaceted nature of these experiences.

Rebecca Amsellem In Une histoire des femmes soignantes by Barbara Ehrenreich and Deirdre English they write “This means, from our point of view, that sexism in the health system is not accidental, that it is not just a reflection of sexism in society as a whole or of the sexism of certain individual doctors. It is historically older than medical science itself; it is a deep and institutional sexism”. Your research definitely is a way to confirm this.  I know that your work is more about a collective perspective but the individual one resonated with it.  According to the Fawcett Society in the UK, one third of women steer clear of doctors because of anxiety and embarrassment, in Spain a study found that women wait more than twice as long as men to receive a diagnosis of inflammatory disease. Your work finds a greater echo in our modern society when it comes to women and their health. 

Laia Abril Mass Hysteria was born as a project while I was working on my series about menstruation myths in Nepal. The connection between endometriosis, menstrual pain, and the broader epidemic of endometriosis—along with the massive gaslighting around female pain—is deeply tied to the concept of mass hysteria. This idea of dismissing female pain, particularly by the medical community, or, conversely, hypermedicalizing it—especially when mental health issues like depression or anxiety are part of the conversation—is central to this project. In many ways, it’s a natural extension of the series I started back then, continuing to explore these themes of overlooked and misunderstood female experiences.

Rebecca Amsellem The last question I have is one I ask everyone—it’s about utopia. Imagine waking up from a good night’s sleep and realizing you’re living in a truly feminist society. What’s the one detail that makes you realize this? It could be something in your room, your apartment, on the street, in your thoughts, or even in how you feel. What would that detail be for you?

Laia Abril I often wonder about a world where it’s possible to truly align with the natural cycles of the female body. There are theories and ideas about moving away from a linear understanding of bodily cycles and embracing the four-phase cycle—rest, production, isolation, and renewal. What would that look like in practice? I know it feels utopian because the current system is built to operate in the opposite way. A lot of our struggles seem rooted in the obsession with productivity, hyper-productivity, and hyper-capitalism. Sometimes, our bodies are simply exhausted—and not just female bodies, but all bodies. This concept of cycles also connects to nature. I’ve read a bit about ecofeminism and the idea of attuning both the body and nature. It’s a challenge to the dominant narrative of relentless productivity, technology, and hyper-technology. Looking at the state of the world, at who is in power and whose ideas drive these systems, it’s fascinating—and troubling—to see how mass productivity and technological advancement are working against both us and the planet. It’s a utopia, but imagining a life that respects these natural rhythms and relationships feels like it could offer so much.

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