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Mercredi 31 mars 2021 Bienvenue, voici la newsletter Les Glorieuses. « L’amour est indispensable à la révolution » un entretien entre Rebecca Amsellem et Caroline De Haas Rebecca Amsellem – J’ai l’honneur d’accueillir Caroline De Haas. Caroline, tu es beaucoup de choses et c’est assez dur de te présenter succinctement. Tu es une femme politique, une militante, une cheffe d’entreprise. Mais tu es d’abord une amie merveilleuse. J’avoue que pour le reste de la conversation, j’ai dû aller sur Wikipedia. J’y ai donc appris que tu avais milité dans nombre d’organisations comme Amnesty International, les Petites Frères des pauvres, aux MJS ou encore l’UNEF, le syndicat étudiant. Tu as cofondé l’association
Osez le féminisme en 2009 et tu l’as dirigée en 2011. Tu as été candidate aux élections législatives de 2017. Et tu as créé Egae, une entreprise qui propose des formations dans les entreprises et les administrations publiques contre les violences. Caroline De Haas – Cet élément, c’est la respiration. On respire bien tout le temps. Il n’y a plus de peur, de violence. Rebecca Amsellem – Tu as récemment publié cet ouvrage, En finir avec les violences sexistes et sexuelles : manuel d’action (Robert Laffont) qui en est déjà à son deuxième tirage. Tu y écris « le féminisme, ça a aussi été pour moi le moyen de reprendre le pouvoir. De réussir à quitter peu à peu tous les freins personnels qui m’empêchaient d’être sereine et heureuse. Mon rapport au corps, à ma confiance en moi, à ma capacité à changer le monde. Le féminisme, c’est une source d’énergie fabuleuse ». Au commencement de ton engagement militant, t’es-tu donné un objectif, un moment où tu pourras te dire « à ce moment-là, je m’arrête » ? Caroline De Haas – Je n’ai pas d’objectif, je pense que je n’arrêterai jamais de militer. Ou si j’arrête, je trouverai autre chose. Car c’est une drogue. Hier par exemple, on a sorti une
étude sur l’accueil des femmes en commissariats et gendarmeries. Et ça s’est passé comme ça : je me suis levée un matin et j’ai voulu faire quelque chose. Par ailleurs, drogue et militantisme ont des mécanismes similaires. D’abord, il y a un problème d’addiction lourd. Je suis obligée de faire des coupures de temps en temps, sinon je monte trop haut. En fait, l’image qui me vient souvent en tête est celle des petits bébés, notamment les premiers mois, en fait, qui le soir ont une sorte d’emballement. Toutes les informations reçues dans la journée se mettent en place, et cela va trop vite dans leur cerveau. Eh bien moi, j’ai l’impression d’être tout le temps comme ça, donc c’est assez fatigant pour mon entourage notamment. Il y a des jours
où je me lève et si j’ai rien de militant dans ma journée, j’ai une sorte d’angoisse. Je vais servir à rien, je ne vais pas changer le monde, c’est horrible. Et puis, j’ai aussi un côté addictif aux like, au retweet, au nombre de gens… je traite ça, mais c’est à la fois pour moi une source d’une joie intense, vraiment militer. Rebecca Amsellem – Il y a quelques newsletters, j’ai parlé d’un livre, « Joie militante – Construire des luttes en prise avec leurs mondes » (Éditions du Commun, 2021). Dans l’introduction, la traductrice Juliette Rousseau dit de son expérience militante : « J’ai fini par étouffer, dans ma rage, ma frustration, mon incapacité à trouver des façons d’avancer. Je ne supportais plus l’aveuglement aux rapports d’oppression chez certain.e.s, cette tendance paternaliste et implicitement suprémaciste qui consiste à faire passer les luttes de libérations pour des jérémiades victimaires. » Cette dureté dont fait état la traductrice Juliette Rousseau a un nom : le radicalisme rigide. carla bergman et Nick Montgomery précisent ce phénomène ainsi : « Quelque chose circule dans de nombreux espaces, mouvements et milieux radicaux, en sapant leur puissance de l’intérieur. C’est le plaisir de se sentir plus radical.e que les autres et l’inquiétude de ne pas l’être assez, le triste confort de pouvoir ranger les événements qui surgissent dans des catégories toutes faites, l’appréhension vigilante des erreurs chez soi et les autres, les postures anxieuses sur les réseaux avec leurs hauts (nombreux “likes”) et leurs bas (se sentir ignoré.e), la suspicion et le ressentiment en la présence de quelque chose de nouveau, la façon dont la curiosité est ressentie comme naïve et la condescendance comme appropriée. » As-tu développé des techniques pour lutter contre le radicalisme rigide ? Caroline De Haas – Nous Toutes est une organisation mainstream, avec des postures radicales, puisqu’on veut en finir avec les violences sexistes et sexuelles. Mais ce n’est pas le mouvement le plus radical des mouvements féministes français. Et ce n’est pas son rôle. Si on veut mettre 100 000 personnes dans la rue, on ne peut pas être le mouvement ultraradical du mouvement féministe français. J’ai toujours milité dans des organisations mainstream qui essayent de déplacer un peu le curseur. C’est-à-dire que ce qui paraissait radical il y a dix ans ne paraît plus aussi radical aujourd’hui. Et donc, il y a
d’autres collectifs plus radicaux qui se sont créés. Mais moi, j’ai toujours créé des organisations que j’ai voulues de masse. Et à partir du moment où vous êtes dans la masse, vous ne pouvez pas, je pense, être dans une forme de radicalité. Les mouvements radicaux sont évidemment utiles, cela nous aide à nous pousser dans nos retranchements et nous interroger sur ce qu’on fait. Rebecca Amsellem – Dans le livre, carla bergman et Nick Montgomery précisent que la solution au radicalisme rigide, c’est la joie. « Pour Spinoza, l’enjeu central de la vie est de devenir capable de nouvelles choses, avec d’autres. Le nom qu’il donne à ce processus est la joie. » Le processus de la joie permet de créer collectivement, de tenter et de se tromper, d’expérimenter. « Nous avons choisi de placer la joie et le militantisme ensemble dans le but de penser les liens entre détermination et amour, résistance et soin, combativité et régénération. » Qu’est-ce qui t’apporte de la joie dans ton militantisme ? Caroline De Haas – En ce moment, c’est dur de militer. Moi, ce que j’aime, c’est marcher dans la rue avec des milliers de gens qui se regardent et qui se disent : « En fait, on est des milliers, c’est-à-dire qu’en fait, on est insurmontable et insubmersible. » Rebecca Amsellem – Je ne sais pas si vous vous en souvenez (cela dépend de votre âge), mais en troisième nous avons passé ce qu’on appelle l’attestation scolaire de sécurité routière. Vous savez ce truc qu’on galère à retrouver lorsqu’on se décide à enfin passer son permis. Eh bien, dans la même veine, tu défends l’instauration d’un brevet de non-violence. Et je trouve cela brillant. Tu en es où de l’instauration de ce brevet ? Caroline De Haas – Lors du Grenelle des violences conjugales organisé par Marlène Schiappa, j’ai pris la parole et j’ai dit ça à Jean-Michel Blanquer… Les enfants sont aujourd’hui tous conscientisés au Code de la route et pas un sur la route des vacances ne manque aujourd’hui de faire « euh tu roules par un peu trop vite là ? ». Il m’a répondu Mme De Haas, c’est une très bonne idée mais on ne va pas le faire. Rebecca Amsellem – Dans ton ouvrage, véritable manuel permettant de se former à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, tu abordes la question de l’abolition de la prison. Tu écris « je me définis comme une militante abolitionniste : je pense qu’il faudrait supprimer la prison, purement et simplement ». Tu écris qu’elle est inefficace, qu’elle constitue une violence en soi. Quelle est l’alternative que tu proposes pour les personnes condamnées pour violences notamment ? Caroline De Haas – La première chose serait de penser à comment les gens ne commettent pas de violences. En matière de violences sexistes et sexuelles, on parle quasi exclusivement de comment on traite l’après et on ne réfléchit pas à comment on faisait avant. Rebecca Amsellem – L’amour n’est pas le premier thème auquel on pense lorsqu’on parle de révolution féministe. Ou de révolution tout court d’ailleurs. Devant le visage sombre de la grande révoltée – la révolution, le tendre Éros (dieu de l’amour) dut disparaître précipitamment. On n’avait ni le temps, ni l’excédent nécessaire de forces psychiques pour s’adonner aux « joies » et aux « tortures » de l’amour. Pour la socialiste russe Alexandra Kollontaï (« Place à l’Éros ailé ! Lettre à la jeunesse laborieuse », 1923), l’amour vient en second. Il est le hasard heureux qui vient s’ajouter aux actions plus utiles. Son caractère frivole en fait d’ailleurs – presque – tout son intérêt. Cela ne sert à rien et pourtant, c’est tout. Et pourtant lorsqu’on réfléchit aux rapports de domination dans notre société, on ne peut s’empêcher d’imaginer les conséquences qu’une révolution féministe aurait sur le sentiment qui semble être au premier abord le plus pur qui soit. Es-tu de l’avis d’Alexandra Kollotaï, l’amour vient en second quand on prépare une révolution ? Caroline De Haas – Je ne suis pas d’accord avec elle, car je ne vois pas comment on fait la révolution sans être amoureux ou amoureuse. Pour moi, le sentiment amoureux prend des formes variées. C’est une forme d’amour en direction des enfants, de sa famille, de ses ami·e·s,. Ce sentiment est indispensable pour avoir l’énergie nécessaire de faire la révolution. Question de Valérie, du Club des Glorieuses – Comment fait-on pour juger celles et ceux qui ne s’engagent pas ? Caroline De Haas – Je juge tout le temps, tout le monde. Mais je ne le montre pas (rire). D’abord, j’exprime mes émotions. Quand je ne suis vraiment pas d’accord avec quelque chose, je dis que je ne suis pas à l’aise. Rebecca Amsellem – Pour notre dernier Club, j’ai échangé avec l’activiste égyptienne et américaine Mona Eltahawy. Elle a notamment cité Ursula Le Guin qui dit un jour à de jeunes militants : « Je veux vous entendre en éruption parce que vous ne connaissez pas ce pouvoir en vous. » Mona Eltahawy a ensuite ajouté : « Je suis de l’avis que les filles naissent avec une veilleuse en elle qui leur permet d’allumer le four. Et pour moi cette veilleuse qui s’allume explose de rage lorsqu’on est soumise à une injustice patriarcale. Ce que cherche à faire le patriarcat à travers la socialisation c’est se débarrasser de cette veilleuse, de la détruire complètement. Des études montrent que partout dans le monde, dès l’âge de 10 ans, les filles ont accepté qu’elles sont faibles et vulnérables, que la veilleuse à l’intérieur d’elles a été détruite. Et donc ce que je veux faire, c’est créer un programme qui apprendra aux filles à garder cette veilleuse allumée. Je ne vais pas apprendre aux filles à être en colère – les filles sont déjà nées avec cette colère. » Est-ce que #NousToutes est un moyen de rallumer cette veilleuse ? Est-ce qu’il existe des #MiniNousToutes ? Caroline De Haas – De nombreuses militantes sont au lycée, il y a des collégiennes aussi. Plus petit, c’est compliqué. À titre personnel, j’ai du mal à me projeter dans un militantisme enfant. Mais des médias dont le travail, Astrapi par exemple ou encore le Petit Libé ou le podcast Salut l’info !
La revue de presse NOUVEAU – A compter de mardi prochain et durant 7 semaines, la newsletter Les Petites Glo devient une masterclass pour apprendre à changer le monde. Pas à pas. Pour s’inscrire, c’est ici. Plan de relance : mais où sont les femmes ? On apprend grâce à Manon Garcia sur Twitter que les hommes s’auto-citent tellement plus que les femmes que cela contribue à l’écart de citations entre les hommes et les femmes sur leurs articles universitaires. En Finlande, le harcèlement sur Twitter des ministres femmes dénoncé comme menace pour la démocratie. « Le documentaire est d’utilité publique, je suis à fond derrière la démarche, mais je pense que les gens sont prêts à voir des gens racisés à la télévision.. », la journaliste Syanie Dalmat souligne l’invisibilisation des femmes issues de la diversité. Les villes ne sont pas faites pour les enfants et c’est un problème. Une révolution de l’intime portée par les femmes et le féminisme. Dans la sphère de l’intime et de la sexualité éthique, en particulier dans les relations hétérosexuelles, les féministes sont les véritables actrices et acteurs révolutionnaires. Ils et elles ont montré comment la libération de la parole et le refus de la loi du silence sont centraux dans toute lutte égalitaire. Rose-Marie Lagrave : « L’intersectionnalité est un défi scientifique et institutionnel qu’il faut transmettre ». Pour les amoureuses et les amoureux des newsletters, ce site répertorie les meilleures en français. « Équilibre », un dispositif innovant de prévention des violences conjugales. Info partenaire : Les Glorieuses est partenaire du programme Stand Up qui explique comment intervenir dans une situation de harcèlement sans se mettre en danger. Tout le monde peut se former sur le site Stand Up, c’est rapide, gratuit et ça peut tout changer.
CONCOURS Les Glorieuses x Editions Pocket Nous vous proposons de gagner un exemplaire de l’essai « Jouir – En quête de l’orgasme féminin » de Sarah Barmak, qui sort en version poche chez Pocket. Pour participer, rendez-vous ici BIS – Concours Les Glorieuses x Oh My Cream ! Nous vous proposons de gagner 2 lots avec un soin visage de 60 min au choix + une routine complète Oh My Cream Skincare, le tout, avec une composition clean, qui s’adapte à chaque type de peau ♀️ Pour participer, c’est ici
Le Club des Glorieuses
Rendez-vous – Le prochain Club des Glorieuses aura lieu le jeudi 22 avril 2021 de 18h30 à 19h30. Il s’agira d’une conférence en ligne avec Lucile Peytavin, historienne, spécialiste du travail des femmes dans l’artisanat et le commerce. Le Coût de la virilité (éditions Anne Carrière) est son premier essai. Pour vous inscrire, rdv ici. **Offre Deluxe** Jusqu’au 10 avril, nous offrons avec l’adhésion Deluxe à 79 €, une pochette en coton KUFU made in France. Pour adhérer, ça se passe ici : Le Club (L’offre Royal Deluxe avec la pochette complète, le livre, le carnet et les autocollants est aussi disponible pour 129 € / an)
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