« J’aime vivre toujours aux débuts de la vie, pas à leurs fins »disait Anaïs Nin, car vivre aux débuts de la vie c’est avoir une jeunesse de l’esprit. C’est l’exercice de penser en omettant les expériences qui nous plongent dans la peur. C’est également l’exercice de s’affranchir de ses certitudes.

« Les débuts », c’est le nom j’ai choisi de donner à ma première exposition de collages à la galerie Esther & Paul.

Car l’exercice de la création est – pour moi – le seul qui me permet de revenir aux « débuts ». Lorsque je parviens à retranscrire mon imaginaire, c’est un univers entier qui s’ouvre à moi. Cela ressemble à ce qu’il se produit lorsque vous vous retrouvez seule quelques secondes après une journée remplie. Cela fait également penser à ce moment où vous vous retrouvez à regarder les feux arrière rouges des voitures et que, pour une raison que vous ne pouvez sincèrement pas expliquer, ils semblent danser au son de cet air qui passe à la radio. Enfin, tout simplement, c’est le calme qui nous submerge lorsqu’il suit un état de chaos.

C’est ce que m’apporte le plaisir de trouver le moyen d’imaginer un monde qui n’existe pas encore, de construire une utopie au sein de laquelle les esthétiques ont bravé une norme ancestrale, lourde, et où nos imaginaires sont remplis de ces joies qui y ont toujours eu leur place. Ce plaisir grandit avec le sentiment d’évidence qui suit celui du doute.

Les textes qui accompagnent les collages sont comme les collages eux-mêmes, parfois ils ont du sens, parfois non. En voici quelques uns, si cela vous intéresse, vous pouvez les découvrir jusqu’au samedi 18 novembre à la galerie Esther & Paul, 17 rue de l’Odéon, à Paris.

Les débuts
« Elle en était arrivée à penser que la seule chose digne d’être racontée, c’est ce que l’on ressent. L’intelligence était bête. On devait simplement dire ce que l’on ressent. »
Ce n’est pas moi qui l’ai écrit, c’est Virginia Woolf dans Mrs Dalloway.

L’artiste
Nous sommes le deuxième jour du confinement, le 18 mars 2020. Nous ne savons pas grand-chose de ce virus à part qu’il nous oblige à rester enfermés. Je suis avec ma mère, ma meilleure amie, mon frère, sa compagne.
Ma mère me dit, à propos d’une hésitation de bouteille de vin à choisir au Carrefour pris d’assaut, « ce n’est pas le moment d’être snob Rebecca, nous allons tous mourir ».
Virginia Woolf a écrit : « L’essence du snobisme est de chercher à faire une forte impression sur les autres. » Qui cherchais-je à impressionner avec mon vin ?

Liste des choses qui me détendent
Voir deux personnes qui ne se connaissaient pas l’instant d’avant se parler dans un bus et rire
Notre phrase, à Hannah et moi – « Au pire, ça ne marche pas »
Tenir des listes de cadeaux potentiels pour les gens que j’aime
Les Negroni bus en Italie
Les ponts, n’importe lequel
Ce pont

Aimer avec Duras et rire avec elle
« Dans la vie il arrive un moment, et je pense que c’est fatal, auquel on ne peut pas échapper, où tout est mis en doute : le mariage, les amis, surtout les amis du couple. Pas l’enfant. L’enfant n’est jamais mis en doute. Et ce doute grandit autour de soi. Ce doute, il est seul, il est celui de la solitude. Il est né d’elle, de la solitude. »
Avez-vous déjà entendu Marguerite Duras prise d’un fou rire ? C’est un éclat, une joie, un emportement. On ne peut pas ne pas rire avec elle. On ne peut pas se sentir seule.

La Paix
« Qu’est-ce qu’on ne fait pas croire aux gens pendant les guerres, dis-je. »
Le Marin de Gibraltar, Marguerite Duras.

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