Aujourd’hui, avec le système actuel des retraites, les pensions de droit direct des femmes sont inférieures en moyenne de 40 % à celles des hommes. Ce n’est pas tout, les femmes sont plus touchées par les (très) petites pensions et par la pauvreté lorsqu’elles sont âgées.
Le projet de réforme des retraites présenté par la Première Ministre Élisabeth Borne le 10 janvier dernier est, de l’avis de nombreux observateurs et observatrices, inutile, inégalitaire et brutal (on trouvera de telles analyses étayéesici,là ou encorelà) et tend à aggraver la situation déjà très inégalitaire dont les femmes font aujourd’hui les frais.
Cette proposition comporte deux principaux volets :
- Le report de l’âge légal (celui de l’ouverture des droits) à 64 ans (au lieu de 62), qui se mettrait en place à partir de la génération née au second semestre 1961.
- L’augmentation plus rapide que prévu de la durée de cotisation à 43 ans, qui s’appliquerait dès la génération née en 1964 et non à partir de celle née en 1974 (comme prévu par la réforme Touraine de 2014).
Sur l’ensemble des mesures présentées jusqu’à maintenant par la majorité présidentielle, aucune ou presque ne vient réellement compenser ces disparités femmes/hommes. Au contraire même, car toutes celles et tous ceux qui sont né·es à partir de 1961 sont donc directement touché·es, dans deux directions.
Soit cette proposition de réforme entraînerait une baisse mécanique de leurs pensions si les personnes décidaient de partir à l’âge actuellement prévu. En effet, du fait de l’accélération vers l’objectif de 43 annuités de cotisation, soit les carrières seraient encore plus incomplètes lors du départ à la retraite, soit les nouveaux·lles retraité·es ne bénéficieraient plus de la surcote associée à leurs années de travail supplémentaires.
Soit cette proposition de réforme conduirait à une baisse du temps de vie passé à la retraite.
Or, comme nous allons le voir, les femmes sont plus concernées par les carrières hachées, incomplètes, précaires. En ce sens, elles subiraient de plein fouet les deux effets précédents, bien plus que les hommes. Il est donc à prévoir qu’elles devraient alors (encore plus qu’aujourd’hui) travailler tard, et que leurs pensions seraient (encore plus qu’aujourd’hui) d’un niveau relativement faible.

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Le système actuel n’est déjà pas parfait au regard de l’égalité femmes-hommes
En effet, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à subir les carrières hachées (du fait de périodes de congés maternité ou de congés parentaux), l’inactivité, en particulier pour s’occuper de leurs enfants (le taux d’activité des femmes en France est de 68 %, contre 76 % pour les hommes), le temps partiel (29 % des femmes occupent un emploi à temps partiel contre 8 % des hommes) ou encore les bas salaires (le salaire des femmes est toujours inférieur en moyenne de 22 % à celui des hommes en France).
Toutes ces différences se cumulent tout au long de la vie active et expliquent qu’aujourd’hui, comme indiqué précédemment, les pensions de retraites de droit direct des femmes sont inférieures en moyenne de 40 % à celles des hommes et que les femmes sont plus touchées par les (très) petites pensions et par la pauvreté lorsqu’elles sont âgées. Elles expliquent aussi que les femmes ont plus souvent une carrière incomplète que les hommes (et ne partent donc pas à la retraite avec une pension à taux plein) : en 2022, 60 % des femmes qui sont parties en retraite l’ont fait après une carrière complète, contre 75 % des hommes. Elles expliquent, enfin, que les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à continuer à travailler jusqu’à 67 ans (l’âge d’annulation de la décote) : 19 % des femmes travaillent aussi tard, contre 10 % des hommes.
Les raisons d’un système inégalitaire
Certains éléments sont pris en compte dans le calcul des droits à la retraite, c’est un système qu’on qualifie de paramétrique, c’est-à-dire qu’il dépend de plusieurs paramètres.
- l’âge d’ouverture des droits : l’âge à partir duquel on peut prendre sa retraite (actuellement fixé à 62 ans sauf pour les carrières longues et/ou pénibles) ;
- la durée de cotisation, le nombre de trimestres ou d’annuités nécessaires pour partir avec un taux plein ;
- la pension de référence, le montant de la pension touchée lorsque l’on part en retraite (75 % du traitement hors primes des six derniers mois dans la fonction publique, 50 % de la moyenne des 25 meilleures années dans le secteur privé) ;
- la décote/surcote, le malus/bonus par rapport à la pension de référence si on part avant/après la durée de cotisation requise ;
- l’âge d’annulation de la décote, à savoir l’âge à partir duquel tout le monde peut partir « à taux plein » (67 ans).
Tous ces éléments doivent être pris en compte lorsque l’on réfléchit à notre système de retraite, et toute réforme associée doit s’en saisir pour tenter d’améliorer la situation.
La solution
La question des inégalités femmes-hommes en ce qui concerne les pensions de retraites est complexe car, comme on l’a vu, elle se joue tout au long de la carrière professionnelle.
On peut d’une part agir en amont. Pour cela, on peut stimuler le taux d’activité des femmes (il faut dans ce cas agir sur les modes de garde qui est le principal frein actuel) ou on peut baisser celui des hommes (il faut alors les inciter à prendre des congés parentaux) et en luttant contre les discriminations salariales à leur égard.
On peut d’autre part agir en aval, au moment de la retraite. Dans ce cas, on peut calculer différemment les pensions pour mieux prendre en compte la situation inégalitaire vécue par les femmes sur le marché du travail, par exemple en majorant les périodes de temps partiel ou on peut supprimer le mécanisme de la décote, qui conduit à une « double peine » pour les femmes (car les carrières plus hachées et salaire plus faible touché tout au long de la vie se cumulant avec petite pension).
