L’entreprise Axios lance sa plate-forme de newsletters. Cela veut dire que toute personne peut désormais, grâce à cette plate-forme, créer sa propre newsletter selon un format bien spécifique. A priori, cela ne veut absolument rien dire pour vous (et je comprends tout à fait). Mais pour moi, c’est beaucoup beaucoup (c’est ça, la formule ? Je n’ai jamais été très douée en chanson française).

Axios est un média, producteur d’une multitude de newsletters. Un peu comme Gloria Media, société qui produit Les Glorieuses, mais en plus gros. Beaucoup plus gros. Axios a été créée en 2016 deux ans avant Gloria Media. Ou un an après, si on se rappelle que la newsletter Les Glorieuses a commencé à être envoyée en 2015.

C’est une information d’une grande importance pour ma petite personne car il s’agissait exactement de mon plan de développement pour Gloria Media. Produire des newsletters au contenu engagé, féministe, développer le lectorat, devenir un média reconnu pour la qualité du contenu diffusé et, au bout de quelques années, développer un outil de production et d’envoi de newsletters (avec quelques spécificités techniques dont je vous passe les détails ici).

Je sais, ce n’est pas l’idée qui compte, c’est l’exécution. Mais la chance d’exécuter cette idée ne m’a jamais été donnée. Pour mettre en place ce plan de développement, j’avais besoin de personnes spécialisées dans la production de « machins » qui permettaient d’envoyer des newsletters. Au sein de la « start-up nation », on appelle ça des développeuses ou, plus généralement, des développeurs. Et, pour embaucher des développeuses (qui sont l’équivalent des déesses de la Grèce antique, d’un point de vue de la demande), il faut… de l’argent. Et donc des investisseuses et des investisseurs.

L’investissement défendu. 

« Je ne vois pas le marché potentiel. » « Les newsletters ? Vous voulez dire les spams ? Ah Ah Ah ! » « Hum, non. » Ce sont quelques-uns des retours de la part d’investisseurs potentiels. Les investisseurs répondaient à ma présentation du logiciel que je souhaitais créer, des newsletters engagées… Une autre remarque revenait beaucoup, sonnant comme une fin récurrente à ces rendez-vous : « Vous savez, c’est la crise… »

La crise ? Pas si sûre. Prenons le cas de 2020. Si l’investissement dans les entreprises a ralenti au début de la pandémie, les start-up ont rattrapé ce retard en levant, au total, 150 milliards de dollars sur l’année 2020 (PitchBook data). En janvier 2021, en France, les entreprises ont levé 629 millions d’euros. Un boom, dit la newsletter Broadsheet, mais une répartition bien inégale.

En 2020 aux États-Unis, les entreprises créées par des femmes représentaient 6,6 % des entreprises recevant des investissements et 2,2 % en termes de montant investi. Pas beaucoup.

En France ? Même délire, si ce n’est pire. En 2019, uniquement quatre entreprises créées par des femmes ont levé des fonds, soit 4,8 % du montant total.

Serait-ce parce qu’elles ne créent pas d’entreprise ? « 40 % des entreprises individuelles françaises sont créées et dirigées par des femmes. Elles constituent 36 % du nombre d’entrepreneurs français. » Serait-ce parce que ce sont des mauvaises entrepreneuses ? Il a été prouvé que les entreprises créées ou cocréées par les femmes sont de meilleurs investissements financiers.

La raison serait-elle autre ? Systémique par exemple ? Le collectif d’investisseuses SISTA a mis en lumière les raisons permettant d’expliquer ces chiffres en regroupant les études sur le sujet : les femmes ayant un profil « tech » sont défavorisées, celles qui n’ont pas un profil « tech » sont également défavorisées, les investisseurs privilégient les fondateurs qui leur ressemblent, c’est ce qu’on appelle les « affinity bias », les comportements dits « féminins » sont défavorisés, les investisseurs posent des questions aux fondatrices sur leurs échecs tandis qu’ils posent aux fondateurs des questions sur la potentialité du marché…

Je ne rejette pas l’entièreté de la faute sur le système sexiste de l’investissement. D’autres raisons sont également possibles : un investissement français plus peureux (à ce moment-là, la newsletter avait moins de 10 000 abonné.e.s et Twitter n’avait pas racheté une entreprise ayant développé un logiciel de production et d’envoi de newsletters), mon absence d’expérience dans la tech, mon absence de réseau aussi probablement. Peut-être aussi mon désintérêt grandissant pour l’investissement après avoir entendu une dizaine de fois que mon projet n’était pas suffisamment « scalable » (comprenez « évolutif pour gagner toujours plus d’argent »).

Par je ne sais quel miracle (merci la psychanalyse), j’ai continué à y croire. Tout en doutant de plus en plus du succès possible de cette entreprise. Aussi, quand j’ai vu la nouvelle d’Axios, ayant entrepris l’exacte trajectoire que j’avais imaginée pour mon entreprise, je n’ai pas été jalouse, j’ai été rassurée. Mon intuition était bonne, mes prévisions réalisées. C’était autre chose.

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