Pour celles et ceux qui sont abonné·e·s à cette newsletter depuis plus de trois ans, deux ou trois « assertions » que je considère comme « évidentes » ne vont pas surprendre :
- La Brûlure de Nora Ephron est le livre à offrir à toute personne qui vit une rupture amoureuse et Le Marin de Gibraltar de Marguerite Duras à toute personne qui n’arrive plus à lire.
- Multiplier par trois la quantité d’ail indiquée dans une recette est indispensable lorsqu’on vise un succès
culinaire. - Et Monica Lewinsky est la personne la plus drôle d’Internet.
« Si vous ne pouvez pas rire de vous-même, vous êtes complètement foutu », a-t-elle récemment écrit dans un essai publié le 21 janvier 2023 dans Vanity Fair, jour marquant le 25e anniversaire de ce qu’elle appelle « le désastre Bill Clinton ». C’est ce jour qu’a été révélé au grand public que Bill Clinton, alors président des États-Unis, avait commencé (puis continué) une relation avec Monica Lewinsky alors qu’elle était stagiaire à la Maison Blanche. C’est ce jour qu’elle est devenue la « fille au béret » pour toutes les personnes vivant dans le monde occidental. Vingt-cinq ans plus tard, Monica Lewinsky est devenue productrice, entrepreneuse, et activiste contre le harcèlement en ligne.
En vingt-cinq ans, écrit-elle, la place des femmes dans l’espace public est devenu ambiguë : leurs droits aux États-Unis sont plus proches de ceux décrits dans le roman La Servante écarlate (Margaret Atwood) publié en 1985 que ceux en 1998 mais les femmes n’ont jamais été aussi présentes dans les institutions publiques et le fait de blâmer les femmes pour le malheur d’un homme n’est plus aussi mécanique.

Rebecca Amsellem, collage analogue, 2023.
Et puis elle conclut avec cette phrase, « on peut survivre à l’inimaginable ». On peut survivre à être la personne dont on parle sur toutes les chaînes de télévision du monde sans avoir jamais voulu être une personne publique. On peut survivre à être connue pour quelque chose dont on nous enseigne à avoir honte. On peut survivre à des longues heures passées à conduire d’est en ouest des États-Unis parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire, à ce moment-là, que de conduire.
L’humiliation dont Monica Lewinsky a fait l’expérience – à la fois en ligne et en public – est aujourd’hui courante. Elle en est même le « patient 0 », se décrivant justement comme la première personne à avoir été humiliée mondialement sur Internet. Cette humiliation est devenue aujourd’hui une ligne de conduite acceptée, parfois même recommandée pour arriver à ses fins.
Comme elle le décrit dans la liste de réflexions publiées, l’activiste n’a pas été « libérée » grâce au scandale, mais elle n’a pas été « perdue » non plus. Ce que j’ai aimé dans ses réflexions, c’est qu’elle n’a pas utilisé le terme « résilience » ni l’expression « un mal pour un bien ». Car cet événement traumatique – ou tout autre d’ailleurs – n’a pas à être considéré comme nécessaire pour en tirer une quelconque leçon. Elle a vécu avec.
Elle a accepté son récit. Et a accueilli avec toute la « bienveillance » du monde cette partie de son histoire.
Elle a fait confiance, à nouveau. Elle s’est ouverte à des personnes de son entourage, à ses ami·e·s.
Elle a vécu, avec.