Parfois, la chose la plus importante dans une journée est le repos que nous prenons entre deux respirations profondes, Etty Hillesum

C’est un vêtement qu’on s’offre, c’est un désir soudain d’éliminer ce qui ne fait plus partie de notre quotidien, c’est la promesse de se dire qu’on ira toutes les semaines à la piscine.

C’est la rentrée. Et ses rituels. Et ses promesses de faire mieux.

“Certaines périodes nous invitent à remettre les compteurs à zéro” écrit la philosophe Claire Marin (Les débuts, Editions autrement, 2023). “Il suffit parfois de peu pour produire l’étincelle d’un recommencement”.  La philosophe (avec qui j’ai eu la chance d’échanger il y a un peu moins d’un an) qualifie la rentrée de “cérémonie païenne de la nouveauté” pour comprendre nos désirs “d’allègement et de régénération”. “On se déleste des sédiments de mémoire pour dégager la voie d’un nouvel enthousiasme créateur. On met de l’ordre en soi”.

Si la rentrée est l’occasion de “faire peau neuve” pour reprendre les mots de la philosophe, de “tourner sur soi, discrètement, d’un cran, et repartir pour une autre saison dans un gai renouvellement”, j’aime voir celle-ci comme un prétexte pour réfléchir à nos schémas de pensée. Existe-il un schéma de pensée vierge, originel, de “tous les possibles” perverti par des certitudes ou des obligations du quotidien ? La réponse n’est évidemment pas aussi caricaturale que la question. Mon souhait, pour cette rentrée, n’est pas d’avoir une meilleure routine, de faire plus de sport ou autre mais de retrouver cet état d’esprit des débuts, ce schéma de pensée qui inclut “tous les possibles”.

Collage réalisé pour une amie cet été.

“J’aime toujours vivre aux débuts de la vie, pas à leurs fins” écrivit un jour Anaïs Nin à Leonard W, alors 17 ans et aspirant à devenir écrivain (lettre retranscrite dans son Journal IV, 1944-1947, Folio). “Nous perdons tous une partie de notre foi sous l’oppression de dirigeants fous, d’une histoire insensée et des cruautés pathologiques de la vie quotidienne” ajoute-elle. Pour Anaïs Nin, vivre aux débuts de la vie est avoir une jeunesse de l’esprit. C’est l’exercice de penser en omettant les expériences qui nous plongent dans la peur. C’est également l’exercice de s’affranchir de ces certitudes. La diariste explique ainsi s’attacher à penser avec curiosité, avec risque pour ne pas tomber dans un schéma rigide. Cette exigence intellectuelle, dit-elle, est indispensable pour écrire (et peut s’appliquer, je pense, à bien d’autres activités). “Vous ne devez pas avoir peur, vous retenir, compter ou être avare avec vos pensées et vos sentiments”. Et d’ajouter “la création vient d’un débordement, il faut donc apprendre à s’imprégner, à s’imbiber, à se nourrir et à ne pas avoir peur de la plénitude. La plénitude est comme un raz-de-marée qui ensuite vous emporte, vous entraîne dans l’expérience et dans l’écriture. Permettez-vous de couler et de déborder, de permettre la montée en température, toutes les dilatations et
intensifications”.

Vivre aux débuts de la vie permet de créer, entièrement, en adoptant un schéma de pensée où il est compris que les débordements de l’esprit sont nécessaires pour créer de grandes choses. “Quelque chose naît toujours de l’excès : le grand art est né de grandes terreurs, de grandes solitudes, de grandes inhibitions, d’instabilités, et il les équilibre toujours” continue Anaïs Nin dans sa lettre à Leonard. Je ne pense pas que Nin fasse ici l’apologie de l’artiste torturée. En parlant d’excès des émotions, elle fait référence – à mon sens – au fait de s’autoriser à faire l’expérience de ces émotions, à accepter les variations pour ensuite les raconter. A ces grandes solitudes, inhibitions, et terreurs ajoutons d’ailleurs ces grandes joies, ces grands moments de douceurs, et ces grandes excitations.

Dans cet esprit, on célèbre les excès de l’âme, les émotions démesurées, les plénitudes. C’est cela que je souhaite pour cette rentrée. Vive les recommencements, belle rentrée à vous.

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