La photo fait sourire. En haut, les nouvelles ministres régaliennes de Finlande : Sanna Marin, Première Ministre, 34 ans ; Maria Ohisalo, Ministre de l’Intérieur, 34 ans ; Katri Kulmuni, Ministre des finances, 32 ans ; et Li Andersson, Ministre de l’Education, 32 ans. En bas ? La version française. Edouard Philippe, Premier Ministre ; Christophe Castaner, Ministre de l’Intérieur ; Bruno Le Maire, Ministre des finances ; Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Education. Je vous fais grâce de l’âge, peut-être hors sujet.
On pourrait aisément se dire que la France est un cancre de la parité, malgré l’utilisation pluriquotidienne du terme « féministe » par les membres du gouvernement. Et bien non, ce n’est pas exactement le cas. Si nous en sommes une honte internationale en ce qui concerne la part des femmes au Parlement ou encore le nombre de femmes à la tête du gouvernement ces cinquante dernières années (1 an sur 50, coucou Edith Cresson), nous atteignons le score de 1 sur 1 pour le pourcentage de femmes aux positions ministérielles sur l’Index mondial sur les différences entre les sexes du Forum Économique Mondial.
C’est une bonne nouvelle car la parité en politique paie. Une meilleure croissance économique, moins d’inégalités salariales, plus d’intérêt pour aboutir à des traités de paix, plus de politiques publiques qui prennent en compte l’ensemble de la population… Les études universitaires sont nombreuses, la liste est longue. La parité en politique est bénéfique pour les citoyennes et les citoyens.
Pourquoi, donc, un gouvernement ayant 1 sur 1 à l’Index mondial sur les différences entre les sexes (j’insiste, c’est super) propose une réforme des retraites qui va, entre autres, discriminer fortement les femmes ? Lundi soir, « Les Grandes Gagnantes », collectif de femmes politiques, du monde associatif et des syndicats se sont réunies pour mettre en évidence les incohérences de la réforme censée être plus bénéfique pour tous et surtout pour toutes. Elles ont montré que le minimum retraite à 1000€ est une aberration pour les femmes. Elle est garantie qu’en cas de carrière complète or 40% des femmes n’ont pas de carrière complète (sans oublier que ce minimum était prévu depuis 2003). Elles ont mis en avant que la pension de réversion ne sera plus accessible après un divorce, or 45% des mariages finissent… par un divorce. Les femmes seront également obligées de travailler plus longtemps pour avoir une retraite décente (source). Bref, la réforme des retraites ne va pas améliorer la vie les femmes.
La France montre une parité dans les postes ministériels. Pourquoi donc plus de femmes leaders ne signifie pas une baisse drastique des inégalités pour les femmes ? Nous pouvons évoquer plusieurs raisons.
Les femmes sont nommées à des postes avec le moins de fonctions régaliennes. En gros, on donne aux femmes les postes « périphériques » comme la culture, l’égalité, le sport… et on garde les postes importants qui font « tourner » l’État : les finances, l’éducation, etc…
Mais ce n’est pas tout. Nous vivons dans une société où l’ensemble des décisions étatiques se prennent dans l’entourage du Président de la République, et, à la limite, dans l’entourage du Premier Ministre. Et là, manque de bol, pas de meuf, ou très peu. Sur les quinze conseiller·e·s du Président, on peut compter deux femmes, l’une est Secrétaire Générale adjointe, l’autre est conseillère. Loin de moi l’idée de dévaluer leurs fonctions mais on ne peut que constater que ce ne sont pas elles qui sont placées au plus haut de l’organigramme. Pas de femmes aux plus hautes fonctions (directeur de cabinet et son adjoint, inutile de prétendre mettre de l’inclusif ici) du cabinet du Premier Ministre non plus.
Le rapport mondial sur les différences entre les sexes du Forum Économique Mondial annonce qu’il faudra encore 95 ans pour arriver à une parité en politique. La bonne nouvelle est que les femmes n’ont jamais été autant représentées dans le corps politique. En 2019, les femmes représentent dans le monde 25,2% des membres des Parlements et 21,2% des postes ministériels. La mauvaise est qu’il apparaît que c’est une question de représentation : on place les femmes le plus haut possible pour pouvoir prendre des jolies photos mais on s’assure qu’elles ne peuvent pas influer sur les politiques publiques. Et cela transparaît dans les propositions de réformes, la retraite en tête.