|
On ne peut pas forcer le zeitgeist, entretien avec Sarah Schulman ***Deux places à gagner*** Illustration: Hina Hundt Avez-vous écouté La Méthode ? Qu’en avez-vous pensé ? Dites-nous <3 Aujourd’hui, nous retrouvons Sarah Schulman. Sarah Schulman est romancière, dramaturge, historienne et militante LGBTQIA+. Elle est professeure titulaire au College of Staten Island et professeure invitée au New York Institute for the Humanities. Elle a été membre fondatrice de la « AIDS Coalition to Unleash Power » à New York et s’est engagée dans un projet de recueil et d’archivage de témoignages de personnes ayant activement participé aux actions menées dans le cadre de la lutte contre le sida aux États-Unis dans les années 1980 et 1990. Elle est aujourd’hui une historienne reconnue de l’action des femmes au sein du mouvement Act Up aux États-Unis. Elle est l’autrice de La Gentrification des esprits (2018) et du Conflit n’est pas une agression (2021) parus en français aux éditions B42. Vous pouvez retrouver une partie de cet entretien dans l’épisode 5 du podcast La Méthode, « Embrasser la nuance ». Cette conversation, pour plus de clarté, a été éditée. Elle s’est déroulée en anglais, la traduction est de Stephanie Williamson, vous pouvez retrouver la version originale à la fin de la newsletter (comme d’habitude donc). Rebecca Amsellem – Avez-vous déjà pensé à quoi ressemblerait une utopie féministe pour vous ? Sarah Schulman – Je pensais peut-être de cette façon quand j’étais plus jeune. Mais maintenant, je n’ai plus cette idée que plus le temps passe, plus les choses s’améliorent. Je pense que le seul choix que nous ayons est le processus qui nous permet de faire ce que nous faisons maintenant et d’essayer d’être aussi cohérent que possible tout en réalisant qu’être totalement cohérent est également impossible. Mais je ne m’attends pas à quelque chose d’autre dans le futur. Peut-être parce que je ne suis pas croyante. Rebecca Amsellem – Diriez-vous que la cohérence pourrait décrire votre propre méthode pour améliorer la société ? Sarah Schulman – Je ne sais pas si cela l’améliore. Je suis très contrariée par les hiérarchies, et j’essaie de guider les gens et de les soutenir, même s’ils ne pourront jamais rien faire pour moi. Et c’est quelque chose que j’ai vécu quand j’étais plus jeune, qu’il y avait des gens qui soutenaient ce que je faisais, même si je ne pouvais rien faire pour eux. L’une d’entre elles était Kathy Acker. Et puis il y avait beaucoup de personnes à qui je demandais de l’aide et du soutien, et qui ne voulaient jamais m’aider parce que je n’avais pas de statut social. J’ai donc remarqué la différence et ce que cela me faisait. J’essaie vraiment de traiter les gens avec respect, quelle que soit leur position. Et cela semble facile, mais ça va vraiment à l’encontre de tout, car le système est tellement hiérarchisé et il n’est pas basé sur la qualité. Il est basé sur la familiarité. Plus ce qu’on dit et ce qu’on fait est similaire à ce qui existe déjà, plus c’est considéré comme bon, et plus les choses qu’on fait sont originales, plus elles sont considérées comme inconnues et donc mauvaises. Comme l’a dit Picasso, l’innovat.eur.rice rend la chose laide et le.la déviat.eur.rice la rend belle. Et ma vie m’a montré que c’est bien vrai. J’essaie donc vraiment d’écouter les gens qui sont en dehors de ce système de pouvoir. Et c’est difficile parce qu’on a tous également ses propres ambitions. J’ai mes propres ambitions, mais il m’est très difficile d’être faussement polie. Et cela m’a causé beaucoup de problèmes. Mais je pense qu’en fin de compte, c’était la bonne voie à suivre. Rebecca Amsellem – Pouvez-vous nous parler d’un moment où vous n’avez pas été polie ? Sarah Schulman – Eh bien, cela arrive tout le temps. Je suis constamment dérangée par le fait que des choses vraiment médiocres soient présentées comme merveilleuses et géniales. C’est très agaçant. Et on est censé suivre le mouvement. Et si on ne le fait pas, alors on est considéré comme impoli. Mais je ne peux tout simplement pas. C’est comme un défaut de personnalité bizarre. Rebecca Amsellem – Quand est-ce que c’est arrivé pour la dernière fois ? Sarah Schulman – Ça arrive tous les jours, tous les jours parce que j’ai eu une expérience très intéressante, à savoir que j’ai cette carrière très durable. Mon premier livre a été publié quand j’avais 24 ans. Aujourd’hui, j’en ai 63. C’est donc une carrière de presque quarante ans. Et pourtant, elle a été presque entièrement propulsée par ses débuts. Ce livre, Conflict is Not Abuse, personne aux États-Unis n’a voulu le publier. Une chose étrange s’est produite, à savoir que les gens l’ont lu et ont commencé à en parler sur Internet et à en débattre. Et j’ai fait une tournée de promotion du livre et lors de la première lecture, j’ai peut-être eu une vingtaine de personnes. Mais à la fin de la tournée j’avais 400 personnes et elles avaient toutes la vingtaine. Et c’est l’histoire de toute ma vie. J’ai toujours réussi à parvenir, à continuer ma carrière. Mais parallèlement, bien sûr, j’ai ce désir de devenir plus mainstream, d’entrer dans le courant dominant, et j’essaie toujours, mais je n’y arrive pas parce que je n’ai pas la bonne personnalité. Mais de toute façon, revenons à la question de l’utopie. Nous essayons d’agir d’une manière qui reflète nos valeurs réelles, et beaucoup de choses ont des valeurs déclarées, mais ces valeurs ne sont pas reproduites dans l’action elle-même. Je pense que c’est donc le plus proche que l’on peut espérer être. Rebecca Amsellem – Aviez-vous quelque chose de spécifique en tête lorsque vous avez publié ce livre ? Quel était le meilleur résultat que vous pouviez imaginer ? Sarah Schulman – Eh bien, le résultat qui s’est produit a dépassé ce que j’avais imaginé. Je suis choquée de voir à quel point les gens vivent avec ce livre parce qu’il est sorti deux semaines avant l’élection de Trump, et Trump en est l’exemple parfait parce qu’il nous dit toujours qu’il est une victime, alors qu’en fait c’est un agresseur. Rebecca Amsellem – Vous commencez votre livre par cette phrase : « Je voudrais que les gens prennent conscience du peu de pouvoir qu’ils ont. » Elle a été prononcée par votre amie Lisa Henderson et elle est à la fois très puissante et très effrayante. Qu’aviez-vous en tête en la choisissant ? Sarah Schulman – Il y a très peu d’entre nous qui n’ont pas de pouvoir du tout. Les gens veulent prétendre qu’ils n’ont pas de pouvoir, car avoir du pouvoir signifie qu’on a des responsabilités. Mais la plupart d’entre nous peuvent avoir un impact sur les autres d’une manière ou d’une autre. Et il est préférable d’en être conscient et d’avoir ce choix. Habituellement, on s’attendrait à ce que quelqu’un veuille pouvoir choisir, mais nous sommes dans une période tellement chaotique qu’il est devenu préférable de penser qu’on n’a pas le choix, alors qu’on l’a. Rebecca Amsellem – Vous dites que la perfection n’est par définition jamais atteignable. Et cela rejoint le concept de pureté militante, qui est très présent. Comment se détacher d’un idéal qui rend les militant.e.s malades ? Ou, pour être plus précis, pourquoi acceptons-nous l’imperfection à un niveau systémique mais pas chez les individus ? Sarah Schulman – Il y a une obsession avec la pensée homogénéisée. Je ne comprends pas totalement d’où cela vient, mais ça me fait penser à un livre que je viens de terminer sur l’histoire d’Act Up-New York. C’était un mouvement politique très efficace. Et l’une des raisons pour lesquelles il est efficace est qu’il n’était pas nécessaire pour ses membres d’être d’accord les uns avec les autres. Il n’y avait donc pas de consensus dans le groupe. Si vous vouliez faire quelque chose, il y avait une ligne de fond. Il faut toujours avoir une ligne de fond. Nos valeurs consistaient d’une action directe pour mettre fin à la crise du sida. Par exemple, si vous aviez une idée d’action directe pour mettre fin à la crise du sida et que je pensais qu’elle était mauvaise, je n’y participerais tout simplement pas. Mais je n’essayerais pas de vous empêcher de la mettre en place. Vous le feriez. Et puis moi, je trouverais dix personnes qui voulaient suivre mon idée, et nous le ferions. Et ce que cette structure de démocratie radicale produit, c’est une simultanéité d’action. Ils ont donc différents types d’actions en cours en même temps, qui ont tous une esthétique différente, des approches différentes. Ces actions se déroulent dans des milieux différents. Et c’est cette différence qui crée le changement de paradigme. Historiquement, les mouvements qui ont essayé de forcer les gens à adopter une seule analyse ou une seule stratégie ont tous échoué. Et je ne pense pas qu’il y ait d’exception, qu’il s’agisse du marxisme le plus idéologique ou d’un féminisme pur et dur ou de quoi que ce soit d’autre. Cela ne fonctionne pas parce que les gens ne peuvent être que là où ils sont, et on ne peut pas les obliger à être dans une mentalité ou une situation où ils ne sont pas. Un bon mouvement aide donc les gens à être efficaces à partir de là où ils se trouvent. Et donc notre travail avec les autres est basé sur nos points d’accord et non pas nos différences. Mais on ne peut pas toujours essayer de faire en sorte que les personnes avec qui on travaille soient comme nous. Cela ne fonctionne tout simplement pas. Rebecca Amsellem – Et donc, à votre avis, le mouvement Act Up a en fait réussi parce qu’il savait qu’il ne pouvait pas placer les gens ailleurs que là où ils se trouvaient à ce moment-là. Sarah Schulman – Eh bien, ce qui est intéressant à leur sujet, c’est qu’ils ne savaient rien. Ils n’ont rien théorisé sur eux-mêmes. Ils n’ont jamais pris la décision de faire les choses de cette façon. Ils l’ont simplement fait parce que c’était un mouvement de personnes qui étaient en train de mourir. Le temps pressait. Rebecca Amsellem – Je me demandais si la méthode pour avancer était de refuser de s’adapter. Et si c’était réellement possible, ce serait en fait ma définition de radical. La deuxième question est la suivante : être radical est-ce forcément en contradiction avec le fait d’appliquer des nuances à sa façon de penser ? Sarah Schulman – Eh bien, tout d’abord, je ne suis pas sûre d’être d’accord avec vous sur le fait que les gens choisissent d’être radicaux. Je pense que c’est un type de personnalité, et la question d’où cela vient, eh bien on vit dans un présent qui est très antinuance au niveau mondial, pas vrai ? Parce que nous voyons la montée du fascisme et du nationalisme. Il y a plus de réfugiés qu’il n’y en a jamais eus dans l’histoire du monde. Et les frontières sont des lieux de souffrance. C’est donc une époque très peu nuancée pour moi. Je suis une New-Yorkaise juive née treize ans après la fin de l’Holocauste. Je viens donc de cette époque et de cette ville où les gens essayaient de comprendre pourquoi cet événement s’est produit, et il n’y a pas de réponse à cette question. Mais l’une des lignes de pensée est que les humains ont des pulsions de colère et le désir de blâmer et de projeter. Mais nous devons apprendre à séparer nos sentiments de nos actions. Ce n’est pas parce que nous avons peur que cela doit contrôler notre comportement. Si la personne qui nous avait fait du mal était punie, et si nous pouvions séparer le fait d’être entendu et soigné du besoin de punir quelqu’un d’autre, nous serions dans une meilleure position. Donc ces deux séparations de part et d’autre nécessitent une conscience. Je suppose donc que la nuance est liée à la conscience et à la prise de conscience, mais on ne peut pas forcer les gens à le faire. Vous connaissez T. Grace Atkinson ? C’était une féministe de la deuxième vague. J’ai entendu un de ses discours il y a peut-être vingt ans, et elle a dit que les femmes n’avancent dans la société que lorsque les hommes avancent, et qu’elles ne peuvent pas avancer si les hommes n’avancent pas. Et cela n’arrive que tous les quarante ans environ. Et alors on passe l’intervalle à essayer de résister à se battre. Et c’est le combat de très peu de gens. On ne peut pas forcer le zeitgeist. Rebecca Amsellem – On dirait que vous êtes en train de dire que nous sommes condamnés à répéter les mêmes erreurs que nos ancêtres. Sarah Schulman – Nous sommes condamnés. Nous ne sommes pas au pouvoir. Nous n’avons pas le contrôle. Il y a donc comme une politique de la répétition. Aux États-Unis, en ce moment même, nous perdons le droit à l’avortement. L’avortement est devenu légal quand j’étais au lycée. Et maintenant, nous sommes à nouveau à ce stade. Et on est en train d’essayer de reformuler les idées qui sont nées à cette époque. Nous savons que nous vivons dans un pays où la plupart des gens pensent que l’avortement devrait être légal, les idées de base sur la maternité forcée et le fait de ramener tout ce discours à des générations qui ne l’ont jamais entendu. Dans un pays où les gens sont très religieux maintenant, aux États-Unis, c’est cyclique parce que c’est une énorme confrontation entre le pouvoir masculin et l’autonomie des femmes, tout comme le débat. Le débat que nous avons sur la race aux États-Unis est également très répétitif. Je veux dire que les Blancs ne veulent pas que l’histoire du comportement des Blancs devienne officielle, qu’elle fasse partie de l’histoire de la nation. Rebecca Amsellem – Je pense que nous sommes en quelque sorte dans un moment étrange dans lequel nous pouvons soit plonger dans une société fasciste, soit gagner. Sarah Schulman – L’un des obstacles les plus importants est peut-être l’islamophobie. C’est très tentant. C’est très tentant pour les féministes et les personnes queer, de se laisser aller à l’islamophobie. Et l’État s’en sert comme d’un outil. C’est un peu le rôle que les Juifs ont joué à une époque en Europe. Et je sais qu’il y a eu de grandes disputes au sein du féminisme ici au sujet de l’Islam. L’une des raisons pour lesquelles je soutiens tant le mouvement queer palestinien est que j’ai l’impression que c’est une voie vraiment importante pour certains de nos mouvements. Il est important de nous tenir aux côtés des personnes qui sont les plus oppressées dans notre monde et de ne pas devenir un de ces mouvements bourgeois qui sont complices. Rebecca Amsellem – Pourquoi certaines d’entre nous ressentent le besoin de se sentir agressées et de réagir en conséquence au sein du mouvement féministe ? Sarah Schulman – Parce que nous sommes à une époque où il faut être éligible à la compassion. On n’obtient pas de la compassion simplement par le fait d’être un être humain. Aujourd’hui, il faut être à 100 % innocent pour mériter d’être soutenu. Et très peu de gens le sont. Certaines personnes le sont dans certaines circonstances, mais la barre est tellement haute. Si on arrive à reconnaître qu’on participe à la création d’un problème ou qu’on intensifie un problème, alors on peut se rendre compte qu’on a la possibilité de le changer. Donc, en fait, nous devrions vouloir reconnaître que nous avons ce pouvoir, car ce n’est qu’à ce moment-là qu’on pourra réellement changer la situation. Mais malheureusement, nous sommes à une époque où avoir ce sentiment de pouvoir sur nos propres décisions fait qu’on est souvent blâmé. Et une fois qu’on est blâmé, alors on est isolé, on est rabaissé. Mais le fait de prendre des responsabilités et de reconnaître son rôle devrait être valorisé. Nos amis devraient nous soutenir et nous récompenser pour notre capacité à s’autocritiquer et notre volonté de négocier et de changer. C’est pourquoi je situe une grande partie du pouvoir dans la tierce partie, la communauté, la famille, les cliques, le groupe religieux, tout ce qui entoure un conflit. Actuellement, nous avons ces concepts de loyauté vraiment terribles selon lesquels une personne est « loyale » si elle blesse la personne contre laquelle son ami est en colère. Donc c’est comme si votre amie rompait avec son petit ami. Vous êtes censée le détester et être méchante avec lui. Vous avez des proches en Israël, vous êtes censés soutenir le sionisme. Vous êtes censé défendre les gens auxquels vous êtes lié, quoi qu’il arrive. Mais en fait, ce n’est pas de l’amour, ce n’est pas de l’amitié et ce n’est pas de la loyauté. Le véritable amour, je pense, consiste à soutenir les gens, à faire preuve d’autocritique et à aider les gens à négocier. Cela devrait être le rôle des tierces parties. Mais ce dans quoi nous sommes maintenant, c’est ce concept très nationaliste. Rebecca Amsellem – Et est-ce quelque chose que vous avez connu personnellement ? Avez-vous eu l’occasion de le faire ? Personne n’est parfait – en avez-vous eu l’occasion ? Sarah Schulman – J’ai attendu très longtemps avant de prendre mes responsabilités en tant que juive à propos de la Palestine. Et à partir du moment où cela s’est enfin produit, j’ai commis erreur après erreur après erreur. Tout le processus de défaire prend vraiment beaucoup de temps. Et dans ce livre, j’essaie de documenter toutes mes erreurs dont j’étais consciente, juste pour montrer que c’est possible de le faire. Les gens ont peur de changer parce qu’ils ont peur de se jeter à l’eau et de ne pas savoir nager, et c’est vrai qu’on ne sait pas nager. Mais le changement doit quand même se faire. Rebecca Amsellem – Vous écrivez : « La question devient alors : pourquoi une personne préfère-t-elle avoir un ennemi plutôt qu’une bonne discussion ? Pourquoi préfère-t-elle se voir harcelée et opprimée plutôt que d’avoir une conversation qui pourrait révéler qu’elle fait tout autant partie du conflit que l’autre personne ? » Sarah Schulman – C’est que les gens ne tolèrent pas l’idée de changer leur concept de soi. Il est dévastateur pour les gens de devoir repenser ou modifier quelque chose parce que l’idée que nous avons fait des erreurs est quelque chose que nous ne pouvons pas supporter. Sara Ahmed a souligné que cette idée que nous ne devons jamais être mal à l’aise est un concept totalement bourgeois. Et la seule manière de traverser la vie sans être mal à l’aise est de supprimer tous ceux qui sont différents de vous. Mais en fait, dans un environnement sain, nous serions tout le temps mal à l’aise, car nous serions constamment au cœur de la différence. Et c’est ainsi que l’inconfort est bon, mais on dit toujours qu’il est mauvais et indésirable. Mais nous devons évoluer vers l’inconfort. Illustration: Hina Hundt « You can’t force the zeitgeist », A conversation with Sarah Schulman. Rebecca Amsellem Have you ever thought about what a feminist utopia would look like to you? Illustration: Hina Hundt |








