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Lundi 8 mars 2021 Très belle journée internationale des droits des femmes à toutes. Exceptionnellement, j’envoie cette semaine la newsletter lundi et non mercredi. “Tous les jours je défierai, je désobéirai, je déstabiliserai” – une conversation avec l’activiste Mona Eltahawy. Aujourd’hui, voici une conversation que j’ai eu avec l’activiste égyptienne et américaine Mona Eltahawy dans le cadre du Club des Glorieuses. Elle vient de publier un livre-manifeste, Fuck Le Patriarcat ! Les 7 Péchés Pour Prendre Le Pouvoir, aux Editions Massot. Rebecca Amsellem – Chère Mona Eltahawy, je vais commencer par dire que je suis une de vos plus grandes fans, donc merci beaucoup d’avoir accepté d’être parmi nous ce soir. Vous êtes plus qu’une intellectuelle. Vous êtes à la fois écrivaine intellectuelle et un véritable leader parce que vous nous donnez l’énergie qui nous motive à faire des choses que nous nous savions même pas capables de faire. Donc je vais commencer par dire merci. Mona Eltahawy – C’est un honneur et un plaisir d’être avec vous tous aujourd’hui. Je m’appelle Mona Eltahawy et voici ma déclaration de foi: Fuck Le Patriarcat. Et mes pronoms sont Elle/Elle. Donc, ayant dit cela, ce livre vise tout simplement à détruire le patriarcat. Je l’ai écrit avant la pandémie. Et bien sûr quand je l’écrivais je n’avais aucune idée que nous serions en train de vivre cette période franchement merdique qui a un effet disproportionné sur les noirs, autochtones et personnes de couleur (BIPOC), les personnes handicapées et les femmes à travers le monde. Cette pandémie est un putain de désastre pour les femmes à travers le monde. Ce que je savais, c’est que le patriarcat nous fait du mal au quotidien, que nous vivions ou non une pandémie. Et j’ai donc écrit ce livre comme un manifeste pour détruire le patriarcat. Combien de temps allons-nous supporter la guerre que le patriarcat nous déclare chaque jour, qui est maintenant exacerbée à cause de la pandémie ? Je veux que chacun considère ce livre comme un cocktail Molotov. Vous vous tenez sur les barricades et vous tirez sur l’ennemi et notre ennemi est le patriarcat. Rebecca Amsellem – Le courage commence aussi par ne pas se détester. Dans ce sens, vous citez la grande comédienne américaine Mindy Kaling. « Parfois, la réaction des gens à mon égard se résume à : ‘Aïe! Je ne l’aime pas. Elle pense qu’elle est géniale et cela me dérange.’ Mais ce n’est pas que je me trouve si bien. Je ne me déteste tout simplement pas. Je passe mon temps à faire des choses stupides et à dire des énormités que je regrette, mais je ne prends pas les devants. Et j’ai remarqué une chose effrayante, certaines personnes sont très mal à l’aise avec les femmes qui ne se détestent pas. C’est pourquoi il faut un peu de courage». Pensez-vous que le patriarcat incite les femmes à se détester ? Mona Eltahawy – Le titre original anglais de mon livre est ‘The Seven Necessary Sins for Women and Girls’. Ces sept péchés sont la colère, l’attention, la vulgarité, l’ambition, le pouvoir, la violence et la luxure. De toute évidence, ce ne sont pas des péchés, mais le patriarcat les considère comme des péchés parce que le patriarcat ne veut pas que nous voulions
ces choses. Lorsque on commence par la colère et qu’on parcourt l’arc-en-ciel des sept péchés, jusqu’à la luxure, on peut comprendre à quel point on est socialisées pour simplement absorber ce qu’on nous dit, c’est comme boire du poison, et on ne voit même pas cela comme du poison mais comme de l’eau potable. Rebecca Amsellem – Diriez-vous que vous avez cessé de vous détester à un moment donné? Mona Eltahawy – Vous savez, c’est comme une révolution, c’est un processus à vie. Je me bats toujours pour arrêter de me détester. Je m’aime beaucoup plus maintenant que lorsque j’étais plus jeune. Donc je me déteste beaucoup moins qu’avant mais il y a des jours où je me surprends. Je considère le féminisme comme aller à la salle de sport ou comme quand on s’entraîne en soulevant des poids. On commence avec les poids les plus petits, puis on devient plus fort et nos muscles deviennent plus forts et on passe aux poids plus gros. C’est pareil avec le féminisme, on commence une pratique quotidienne
jusqu’à ce que nos muscles féministes deviennent de plus en plus forts. Et la pratique quotidienne est ce qui m’aide à moins me détester et à m’aimer davantage. Rebecca Amsellem – Dans votre livre, vous avez écrit que nous ne pouvons pas permettre que #MeToo soit réduit à de puissants hommes blancs et à comment ils abusent des femmes blanches riches et célèbres. Vous rappelez honnêtement que le mouvement #MeToo a été lancé par Tarana Burke, une femme noire américaine, bien avant 2016. Vous écrivez, et je vous cite «Nous devons faire en sorte que #MeToo fasse tomber les barrières de race, de classe, de genre et de foi, ce qui rend si difficile pour les personnes marginalisées de se faire entendre ». Pensez-vous que le mouvement a réussi à faire cela? Mona Eltahawy – Je pense que le chemin à parcourir est encore long. Parler de #metoo et parler avec vous me rappelle le rôle de ces femmes blanches, riches et puissantes, et de l’effet dangereux et dommageable de cette lettre ouverte signée par Catherine Deneuve. Ce que Catherine Deneuve a fait, c’est nous rappeler l’existence de ce que j’appelle les femmes fantassins du patriarcat. Toutes les femmes ne sont pas des sœurs pour moi. Je ne soutiens pas une femme simplement parce que c’est une femme. Parce que si je faisais ça, ça donnerait une protection générale aux femmes comme Catherine Deneuve, et encore plus dangereusement aux femmes comme Marine Le Pen. C’est une putain de catastrophe qu’elle ait autant de succès dans vos sondages. Cela rappelle quelque chose que nous combattons ici aux États-Unis, qui est la féminisation du fascisme à travers une longue lignée de femmes blanches et blondes. La féminité blanche a longtemps été associée aux notions conventionnelles de beauté innocente et fragile. Quand je considère le mouvement français #MeToo, je vois que certains veulent diaboliser les hommes noirs et non-blancs. Ils ne penseraient jamais que l’art de séduction à la française pourrait inclure les hommes non-blancs. Quand ces hommes séduisent, ils sont vus comme des prédateurs. Je terminerai ma réponse ici en vous rappelant que votre Ministre de l’Intérieur a un terrible passé de violences sexuelles et que le Ministre de la Justice le défend. Ce sont deux hommes très puissants en France qui– pour ce qui concerne la violence sexuelle– se tiennent désormais entre vous et la justice. Rebecca Amsellem – Vous avez tout un chapitre sur l’ambition dans lequel vous citez une enquête du Boston Consulting Group, un cabinet de conseil en management, dans lequel on peut lire que les femmes ne manquaient ni d’ambition ni de confiance en elles. C’est drôle parce que quand je parle des raisons pour lesquelles les femmes gagnent moins que les hommes, les gens disent immédiatement que c’est parce qu’elles ne demandent pas plus d’argent ou de promotion. Pour moi, c’est la même chose, on essaye de rendre les femmes responsables de ce que le patriarcat leur fait. Comment pouvons-nous arrêter cela? Mona Eltahawy – Un moyen efficace d’arrêter cela est simplement d’inverser la question. Je vais vous donner un exemple. Hier, nous avons eu un incident concernant une fille en classe de Première au Canada, qui a été renvoyée chez elle parce que les vêtements qu’elle portait étaient– selon un enseignant– « suggestifs ». Nous entendons cela surtout lorsque le printemps arrive et que les filles portent des robes ou des débardeurs. Au lieu de renvoyer les filles à la maison parce qu’elles mettent les enseignants et les garçons « mal à l’aise», pourquoi ne renvoyons-nous pas à la maison les enseignants et les garçons qui se disent mal à l’aise? Pourquoi les filles sont-elles criminalisées ? Pourquoi les filles sont-elles surveillées plutôt que l’enseignant ? S’il y a un enseignant qui admet ouvertement se sentir mal à l’aise avec un enfant à cause de sa façon de s’habiller, cet enseignant ne devrait pas enseigner, cet enseignant devrait être considéré comme un pédophile et dépouillé de son permis d’enseigner. Mais au lieu de cela, nous criminalisons les filles, et nous leur apprenons dès leur plus jeune âge que c’est leur responsabilité de s’assurer que les hommes et les garçons ne se sentent pas mal à l’aise à cause de leurs corps. Au lieu d’enseigner aux garçons hétérosexuels dès leur plus jeune âge, vous savez quoi, vous trouverez peut être une fille attirante et c’est parfaitement normal, mais ce qui ne va pas, c’est de contrôler son corps, ce qui ne va pas, c’est de la punir. Vous devez apprendre à vous contrôler, plutôt que d’insister que la fille vous contrôle vous et elle-même pour vous. Rebecca Amsellem – Le même problème s’est produit ici en France en septembre et les filles ont décidé d’aller toutes à l’école en crop-top le 14 septembre pour manifester. Mona Eltahawy – Il est vraiment important de célébrer nos victoires, quelle que soit leur taille. Sinon on sera désespérées, on se demandera à quoi ça sert, on se dira que rien ne changera jamais, et moi je suis une optimiste tenace. Je crois vraiment que pour continuer à être révolutionnaires, nous devons garder espoir et optimisme, et compter toutes les petites victoires, aussi petites qu’elles soient. Et je pense, par exemple, à mon pays de naissance, l’Égypte. Nous célébrons maintenant le 10ème anniversaire des révolutions et des insurrections qui ont commencé en Tunisie en décembre 2010 et qui se sont répandus dans plusieurs pays de la région. Les révolutions mettent beaucoup de temps à atteindre tous leurs objectifs et je crois fermement que la révolution continue et a changé les choses. C’est pourquoi j’insiste pour que nous célébrions nos victoires, quelle que soit leur taille. Rebecca Amsellem – Le but de ce club est de proposer une réflexion sur les utopies féministes. C’est pourquoi, presque tous les mois, j’invite des intellectuelles à parler d’utopie féministe. Pourquoi est-ce que je parle d’utopie? Je me répète tous les mois et j’insiste. Parce qu’elle nous aide à avancer, elle nous donne de l’espoir, un but, un horizon vers lequel nous nous efforçons. Nous devons continuer d’espérer dans la direction de l’utopie. Jetons maintenant un coup d’œil sur ce que cela pourrait donner. La révolution est faite. Nous ne la connaîtrons surement pas de notre vivant (peu importe). L’entre-deux révolutionnaire est terminé, nous vivons dans une société féministe, antiraciste, inclusive et post-capitaliste. Le rêve. Pour vous, à quoi ressemble cette société? Mona Eltahawy – J’aime souvent dire aux gens que le patriarcat est comme une pieuvre. Je veux que vous imaginiez que la tête de cette pieuvre est le patriarcat et que chacune des tentacules est l’une de ces oppressions qui forment ensemble du système qui nous opprime. Donc, comme vous l’avez dit, le capitalisme, le racisme, l’évangélisation, l’homophobie, la transphobie, la misogynie, tous sont des tentacules. Pour réussir notre évolution, nous devons détruire cette pieuvre. La pieuvre est une belle créature, et les gens s’énervent quand je dis que nous devons détruire la pieuvre. Mais c’est aussi une créature très sournoise comme le patriarcat parce que chacune des tentacules de la pieuvre possède son propre cerveau. Rebecca Amsellem – Vous citez dans votre livre une partie du discours d’Ursula Le Guin pour les femmes nouvellement diplômées. « Nous sommes des volcans. Lorsque nous, les femmes, faisons de notre expérience une vérité, une vérité universelle, toutes les cartes sont remaniées. Le paysage est changé à jamais. Et c’est mon souhait le plus cher: vous voir en éruption. Vous les jeunes qui ignorez le volcan en vous – je veux vous entendre. » Pensez-vous que la révolution féministe viendra des adolescents ? Mona Eltahawy – J’ai 53 ans et je place beaucoup d’espoir chez les jeunes. Je suis contente que de plus en plus de jeunes disent maintenant, je suis bi, je suis queer, je suis trans, pour insister sur le fait qu’ils ont le droit d’exister. En même temps, je ne veux pas me faire d’illusions. Parce que ce n’est pas simplement parce qu’on est jeune qu’on est progressiste ou révolutionnaire. Aux États-Unis, un homme qui n’avait que 32 ans, qui était le porte-parole adjoint de la presse de l’administration Biden, a dû démissionner après beaucoup d’indignation publique parce qu’il a attaqué une journaliste de manière très misogyne. Et quand j’ai découvert qu’il n’avait que 32 ans, c’était un rappel qu’être jeune ne signifie pas toujours qu’on est progressiste et qu’on a cessé d’être misogyne, d’être raciste. Rebecca Amsellem – Vous avez écrit dans ce livre que dans cette société, les voix féminines ne font plus de doute et que les filles croient en leur capacité à vaincre leurs prédateurs. Pour y parvenir, vous proposez un programme de « rage féminine ». À quoi ressemble ce programme ? Et comment pouvons-nous en faire un programme mondial ? Mona Eltahawy – La rage toute seule est toxique. C’est pourquoi nous avons les six autres péchés. Ursula Le Guin a
dit aux jeunes militants: «Je veux vous entendre en éruption parce que vous ne connaissez pas ce pouvoir en vous». Je suis de l’avis que les filles naissent avec une veilleuse en elle qui leur permet d’allumer le four. Et pour moi cette veilleuse qui s’allume explose de rage lorsque qu’on est soumise à une injustice patriarcale. Ce que cherche à faire le patriarcat à travers la socialisation c’est se débarrasser de cette veilleuse, de la détruire complètement. Rebecca Amsellem – Cela me rappelle un livre, Power, écrit par Naomi Alderman. L’histoire parle d’une certaine
énergie électrique qui sort des mains d’adolescentes. Je suis tout à fait d’accord avec vous quand vous dites qu’il y a cette nouvelle énergie et cette colère qui sont utilisées pour quelque chose de bien, et cela vient de cette génération, et je pense que cette génération par rapport peut-être à ma génération n’a littéralement aucune peur. Je pense que s’il y a une révolution dans cette vie, elle viendra de cette génération. Mona Eltahawy – Nous devons d’abord poser la question de qui a créé ces codes sociaux et pourquoi. Dans de nombreux cas, ce sont des codes sociaux qui sont très patriarcaux et qui dépendent de l’endroit où on vit. Je vais parler des États-Unis parce que c’est là où je vis. Ces codes, que l’on appelle le décorum et la courtoisie, ont été essentiellement
créés par des hommes blancs, et au profit des hommes blancs. Quand quelqu’un comme moi arrive, ou quelqu’un de noir ou d’indigène et dit «va te faire foutre» à la suprématie blanche, à la misogynie, à toutes sortes de sectarisme et de discrimination, cela dérange le pouvoir politique en place. Rebecca Amsellem – Prenons maintenant une question du public: « À votre avis, dans un monde qui remet de plus en plus en question l’oppression fondée sur la race et la construction binaire du genre, quel devrait être l’avenir du féminisme? » Mona Eltahawy – Le féminisme devrait être dirigé par les non-blancs, les non-riches, les-non célèbres et les queers si nous voulons vraiment que la révolution
féministe réussisse. Ceux qui sont le plus étranglés par les tentacules de la pieuvre devraient être ceux qui dirigent le féminisme. Nous sommes des femmes. Nous sommes queer, nous sommes socialistes, nous sommes de gauche, nous sommes anticapitalistes. Et c’est là que nous en sommes. Pour étendre cela à mon analogie avec la pieuvre, lorsque la personne la plus étranglée par les huit tentacules de la pieuvre sera libre, nous serons tous libres. Version originale Rebecca Amsellem – Tonight we are welcoming the greatest Mona Eltahawy, who’s a journalist, a writer, who’s both Egyptian and American. I’m going to start with saying that I’m a huge fan of yours so thank you so much for accepting to be among us tonight. You are more than intellectual. You’re both an intellectual writer and a true leader in the sense that you give the energy to power us into doing the things that we’re not even aware that we were capable of. So, I’m going to start by saying thank you. Mona Eltahawy : It’s an honor and a delight to be with you all today. My name is Mona Eltahawy and this is my declaration of faith : Fuck The Patriarchy. And my pronouns are she, her, and hers. Rebecca Amsellem – Courage also starts at not hating yourself. In that sense, you quote the great American comedian Mindy Kaling. « Sometimes people’s reaction to me comes down to, « Ouch !, I don’t like her. She thinks she’s great and that bothers me. « But it’s not that I find myself so great. I just don’t hate myself. I spend my time doing stupid things and saying enormities that I regret, but I don’t take the lead. And I noticed a creepy thing, some people are very uncomfortable around women who don’t hate themselves. That’s why it takes a little courage ». Do you think patriarchy makes women hate themselves ? Mona Eltahawy : The original English title of my book is the Seven Necessary Sins For Women and Girls, anger attention profanity ambition, power, violence, and lust. Obviously these aren’t sins, but patriarchy considers them sins because patriarchy doesn’t want us to want those things.When you start with anger and you go all the way through the seven rainbow of sins, all the way through lust, you understand how we are socialized to just imbibe, it’s like drinking poison, and we don’t even think of it as poison but as drinking water. Trying to talk to men cis-gender about patriarchy is like asking a fish, what is water. When you ask a fish what is water it’s like : what are you talking about. But for us, as women, ce have to understand that we’re drinking poison, because we internalized misogyny, we internalize a self hatred that
then makes us. Basically repeat back what patriarchy tells us about ourselves and one of those things is to hate ourselves and to hate wanting to be free of patriarchy. Rebecca Amsellem – Would you say that you stoped hating yourself at some point ? Mona Eltahawy – You know, it’s like a revolution, it’s a lifetime process. I’m still fighting to stop hating myself. I love myself much more now than I did when I was younger, and therefore I hate myself, much less, but there are days when I catch myself. Rebecca Amsellem – In your book, you wrote that we can’t allow #MeToo to be reduced to powerful white males and how they abuse rich and famous white women. You remind truthfully that the #MeToo movement was launched by Tarana Burke, and American Black woman years before 2016. You write, and I quote you « We need to make #MeToo break down the barriers of race, class, gender and faith, which make it so difficult for marginalized people to be heard ». Do you think the movement succeeded in doing so ? Mona Eltahawy – I think that’s still has a long way to go.Talking about me too and talking with you reminds me of the role of those rich and powerful and wealthy white women because of the dangerous and damaging effect of that open letter that was signed by Catherine Deneuve. What Catherine Deneuve did was remind us of what I call women who are foot soldiers of the patriarchy. Not all women are sisters to me. I do not support a woman just because she’s a woman. Because if I did that, that would basically give a blanket cover for women like Catherine Deneuve, and even more dangerously women like Marina Le Pen. It is a fucking disaster that she is doing so well in your polls. This is a reminder of something that we are fighting here in the United States, which is the feminization of fascism through a long line of white blond women. White womanhood has long been associated with conventional notions of beauty with innocence, with fragility. When I look at the French #MeToo movement, some want to demonize black and brown men, and they would never consider this French act of seduction to include Brown men.When they seduce, they are considered predators.We have a long way to go and I will wrap up my answer here by reminding you that your interior minister has is a terrible history with sexual violence and the Justice Minister defends him. These are two very powerful men in France, who now stand between you and justice, when it comes to sexual violence. Rebecca Amsellem – You have a whole chapter on ambition in which you quote a survey by the Boston Consulting Group, a management consulting firm, in we which we can read that women lacked neither ambition nor self-confidence. It is funny because when I talk about why women earn less than men people immediately say that it is because they don’t ask for more money or a promotion. For me it is the same thing, we are trying to make women responsible for what patriarchy is doing to them. How can we stop that ? Mona Eltahawy – An effective way to stop it is to just reverse the question. I will give you an example. Yesterday, we had an incident about a girl in 12th grade in high school in Canada, who was sent home because the clothes that she was wearing were « suggestive », according to a male teacher. We hear this especially when spring comes around and girls are wearing dress or tank tops. Instead of sending the girls home because they made the teachers and the boys « uncomfortable », why aren’t we sending the teachers and the boys who said they were uncomfortable home. Why are the girls here being criminalized ? Why are the girls being policed rather than the teacher ? If there is a teacher who admit openly to feeling uncomfortable around a child because of how she’s dressed, this teacher should not be teaching, this teacher should be considered a pedophile and stripped of their license to teach. Instead, we criminalize the girls, and we teach them from a very early age, that it’s your responsibility to ensure that men and boys are not uncomfortable because of your body, instead of teaching heterosexual boys from a very early age, you know what, you might find a girl attractive and that’s perfectly okay but what’s not okay, is to police her body, and what’s not okay, is to punish her. You have to learn to control yourself, rather than insisting that the girl control you and herself for you. Rebecca Amsellem – the same issue happened here in France in September and girls decided to all go to school and top tanks on September the 14th tonight against it. Mona Eltahawy – It’s really important to celebrate our victories, regardless of how small they are otherwise we will despair, and we will just say you know what the fuck is the point, nothing ever changes, and I’m a tenacious optimist. I really believe in order to continue being revolutionaries, we must hold on to hope and optimism, and you know, all the small victories, regardless of how small they are. Rebecca Amsellem – The purpose of this club is to offer a reflection on feminist utopias. That’s why almost every month, I invite intellectuals to talk about feminist utopia. Why am I talking about utopia? I repeat myself every month and I insist. Because it helps us move forward, it gives us hope, a goal, a horizon towards which we strive. Utopia is the direction we need to continue to hope. Now let’s take a look. The revolution is made. We may not know her in your lifetime (whatever). The revolutionary in-between is over, we live in a feminist, anti-racist, inclusive, post-capitalist society. The dream. For you, what does this society look like? Mona Eltahawy – I often like to tell people that patriarchy is like an octopus. I want you to imagine the head of that octopuses patriarchy and each one of the tentacles is one of those oppressions that together form the system that oppresses us. So like you said you know capitalism racism evangelism, homophobia, transphobia misogyny, you know, all of those tentacles. Rebecca Amsellem – You quote in your book a part of Ursula Le Guin speech for newly graduated women « We are volcanoes. When we women make our experience a truth, a universal truth, all cards are reshuffled. The landscape is changed forever. And that’s my dearest wish: to see you erupt. You young people who ignore the volcano in you – I want to hear from you ». Do you think the feminist revolution will come from teenagers ? Mona Eltahawy – I’m 53 years old, and I have a lot of hope in young people. I’m glad that more young people now are saying, I am bi, I am queer, I am trans, as a way of insisting that they have a right to exist. At the same time I don’t want to be delusional. Because I don’t believe that just by virtue of being young, you are progressive or revolutionary. In the US, a man who was just 32 years old, who was the deputy press spokesman for the Biden administration had to resign after a lot of public outrage because he attacked a female journalist in a very misogynistic way. And when I found out he was only 32 years old. It was a reminder that being young doesn’t always mean that you’re progressive and you’ve stopped being misogynist, being racist Rebecca Amsellem – You wrote in this book that in this society, female voices are no longer in doubt, and in which girls believe in their ability to defeat their predators. Do achieve this, you suggest a program course « female rage ». What do this program look like ? And how can we make it a global program ? Mona Eltahawy – Anger alone is just toxic. That’s why I have the six other sins. Ursula Le Guin said to young activists, » I want to hear you erupt because you don’t know that power in you ». I believe that girls are born with a pilot light in the oven. It helps you turn on the oven you know and that pilot light for me is the pilot light that explodes into rage, when you are subjected to injustice patriarchal injustice. What patriarchy does is it socializes goes to get rid of that pilot light, until it completely destroys it. Rebecca Amsellem – It reminds me of a book, Power, written by Naomi Alderman. The story is about some electric power coming out of the hands of teenage girls. I totally agree with you when you’re saying that there is this new energy and an anger that is put towards something good, and it comes from this generation, and I feel that this generation compared maybe to my generation has literally no fear whatsoever. I do feel that if there is a revolution in this lifetime, it’s going to come from this generation. You launched a digital campaign #WhyISayFuck to proclaim your love for obscenity. You wrote « I was amazed that I would be expected to be « polite » when accused of lying when I say I have been sexually assaulted ». Who benefits from respecting social codes ? Mona Eltahawy – We have to stop first of all by asking who created those social codes and why. In many instances, these are social codes that are very patriarchal and depending on where you live. I’m going to talk about the United States
because that’s where I live.These codes, that are called decorum and civility, were essentially created by white men, and for the benefit of white men. When someone like me comes along, or someone black or indigenous and says « Fuck you », in the face of white supremacy in the face of misogyny, of all kinds of bigotries and discrimination it disturbed the political power in place. Rebecca Amsellem – Let’s take now a question from the audience : « in your opinion in a world that is more and more questioning oppression based on race and binary gender construction. What is should be the future of feminism ? » Mona Eltahawy – I believe that feminism should be led by the non white, the non rich, the non famous and the queer. If we truly want the feminist revolution to succeed. Those who are most strangled by the tentacles of the octopus should be those who lead feminism. We are women. We are queer, we are socialists, we are leftists, we are anti capitalist. And this is where we stand. To extend that to my analogy of the octopus, when the person who is most strangled by the eight tentacles of the octopus is free, we will all be free Let’s erupt like volcanoes. ![]() La revue de presse **RDV ce soir à 18h30** Les Glorieuses est partenaire du cycle Le féminisme n’a jamais tué personne ! organisé par la BPI du Centre Pompidou. Ce soir, le thème de la conférence porte sur « Quand imaginaires et plaisirs féministes se libèrent » avec Elvire Duvelle-Charles, Fania Noël, Elise Thiébaut, animée par Charlotte Bienaimé. Le live est à suivre ici sur le site de la BPI ou via un Live Facebook. ![]() Offre Deluxe du Club des Glorieuses ![]() **Offre Deluxe** Le Club réunit chaque mois autour de rencontres féministes, des personnalités engagées inspirantes. L’accès, habituellement de 15 €, est gratuit pour les membres. Pour ce mois de mars, nous offrons avec l’adhésion Deluxe à 79 €, une pochette en coton KUFU made in France. Pour adhérer, ça se passe ici : Le Club (L’offre Royal Deluxe avec la pochette complète, le livre, le carnet et les autocollants est aussi disponible pour 129 € / an) ![]() Les dernières newsletters Gloria Media Rendre nos corps visibles, Les Glorieuses, 3 mars 2021 Les Glorieuses est une newsletter produite par Gloria Media. |










