Cette semaine, on invite la grande, l’unique Marion Séclin à nous partager sa liste. Si vous avez raté la première édition, vous pouvez cliquer ici pour découvrir la liste des fois où Fanny Ruwet a failli devenir une personne qu’elle n’était pas.
Marion Séclin est autrice, réalisatrice et penseuse, engagée dans les questions de féminisme, d’images et de récits. Son travail explore la manière dont la fiction et la parole publique peuvent ouvrir des espaces de réflexion, de transmission et d’émancipation, notamment autour des violences que subissent les femmes et des rapports de pouvoir. Son livre Comme un hamster à lunettes est paru aux Éditions JC Lattès et continue de faire frissonner ses lecteurs et lectrices. C’est une auto-fiction créative et féministe. On pense fortement qu’il vous plaira.

LA LISTE DES FOIS OÙ J’AI ÉTÉ BRILLANTE, par Marion Séclin
- La fois où j’ai arrêté d’expliquer mon métier comme si je devais justifier ma place dans le monde.
- La fois où j’ai rangé mon passeport dans un endroit logique, ce qui fait que même quand je suis complètement en retard et que mon cerveau semble avoir choisi ce moment exact pour partir en vacances, je le retrouve.
- La fois où j’ai organisé mon planning en fonction de mon syndrôme pré-menstruel (et annulé tous les rendez-vous que j’avais avec des mecs en phase lutéale).
- La fois où j’organise des soirées hautes en colère avec mes amies pour avoir un exutoire plein d’amour et de sensibilité.
- La fois où j’ai préféré ne pas me renseigner sur le botox mais plutôt apprendre à quoi ressemble vraiment une femme de mon âge.
- La fois où j’ai fait cette liste.
- La fois où j’ai donné à la petite voix méchante dans ma tête le prénom de « La Miss » et que depuis elle fait beaucoup moins peur.
- La fois où on me répondait que j’étais trop “radicale” il y a plus de dix ans quand je disais des choses “trop féministes” et que j’observe aujourd’hui que ces mêmes choses sont considérées normales.
- La fois où je me mets en « ne pas déranger » à partir de 19h chaque jour parce que je veux être à disposition de tout le monde.
- La fois où j’appelle ma semaine de règles ma « résistance anticapitaliste » pour ne pas culpabiliser d’avoir servi à rien ni à personne.