Nous sommes le 2 décembre et cela fait 24 heures, si vous êtes une personne normalement constituée, que vous écoutez en boucle « All I Want For Christmas Is You », dignement. Et même si c’est la pandémie, même si les confinements laissent place à des couvre-feux qui laissent place au doute des lendemains. Même si notre quotidien semble être rythmé par des nouvelles toutes plus déprimantes les unes que les autres, on sait que « ça va aller ».
Comment être heureuse·x (bon allez, mettons joyeu·se·x, nous sommes quand même encore en 2020) quand les incertitudes font autant partie de notre quotidien que le racisme systématique fait partie de la police nationale ?
L’art de la joie, ça s’apprend. Et c’est possible sans voyage, sans projections, sans but. Et c’est Virginia Woolf (oui, oui) qui nous en donne la recette. « Le bonheur est contenu dans cette chambre et la paix que dispensent les objets familiers; une table, une chaise, un livre, avec un coupe-papier inséré entre ses pages. Et un pétale tombe d’une rose, et la lumière palpite pendant que nous sommes assis, en silence, ou que peut-être, traversés par une pensée sans importance, nous prononçons soudain une parole. » (Les Vagues, Editions Stock, traduction de Marguerite Yourcenar). C’est donc peut-être ça le bonheur, la joie de s’émerveiller sur le familier, sur toutes ces choses qu’on croit forcées dans notre quotidien. Passer toutes ses journées dans le même lieu de vie, toutes ses soirées, allumer la même chaîne de radio, participer aux éternelles réunions zo… (non, faut pas déconner).

Collage fait par mes soins. Vive le confinement. Vive les magasines qu’on ne relit jamais.
Virginia Woolf, tout au long de sa pièce, va développer sa vision du bonheur. « Dans ce moment d’apaisement, dans ce moment de satisfaction oublieuse, j’ai entendu le soupir des vagues qui déferlent par-delà ce cercle de vive lumière, par-delà cette pulsation de vie furieuse, insensée. J’ai eu mon moment d’énorme paix. C’est peut-être le bonheur, ça … Maintenant, je suis rappelé en arrière par le chatouillement de sensations, par la curiosité, par la gourmandise (j’ai faim) et par le désir irrésistible d’être Moi ». Le désir d’être soi. Deuxième ingrédient donc. Ingrédient qui rappelle les mots de la philosophe Manon Garcia que j’ai cité la semaine dernière. « Avant même que la jeune fille devienne complètement une femme et se mette à vivre son corps de femme, ce corps a une signification sociale d’objet sexuel. Son corps-pour-soi est d’abord un corps-pour-autrui, un corps qui la signale comme étant susceptible d’être sexuellement possédée. » Le désir d’être soi est un enjeu majeur dans le champ politique mais également dans le champ personnel. Le désir d’être soi est fondamental si nous voulons pouvoir un jour être satisfaites de qui nous sommes. Et donc apaisées.
« Mon bonheur sera simple, continue Woolf en utilisant la bouche d’un de ses personnage, et les joies de l’instinct satisfait me suffiront toujours. j’irai au lit fatiguée. Je serai comme un champ qui porte alternativement ses moissons ; en été, le soleil palpitera sur moi ; en hiver, je serai fendillée par le froid. Mais la chaleur et le froid se suivront en succession naturelle, sans qu’intervienne ma volonté. » Le troisième ingrédient de Woolf est d’embrasser les changements pour ce qu’ils sont, des variations qui n’ont pas vocation à durer. De les étreindre sans chercher à tous les comprendre.
Les clés du bonheur selon Woolf sont plus que pertinentes aujourd’hui. Se réjouir de ce qu’on a autour de nous, redécouvrir le sens des objets qui nous entoure et de faire ce qu’on sait faire de mieux : attendre que ça passe. Et ça passera.
« Fais une newsletter joyeuse Rebecca. Il faut que tu remontes le moral des Françaises ». Ma mère imagine vraisemblablement que Les Glorieuses a l’audience de la matinale d’Inter mais qu’importe, je me suis exécutée. C’était ok Maman ?