« Je suis inspirée par les femmes partout dans le monde qui parlent sur les réseaux sociaux pour raconter mon expérience avec un réalisateur danois » commence la chanteuse Björk sur Facebook le 15 octobre dernier.

Ces derniers jours ont été le théâtre d’un mouvement fort, émouvant et majeur. Des femmes ont eu le courage de se présenter sur les réseaux sociaux comme des survivantes de harcèlements, d’agressions, de viols… En utilisant les hashtags #BalanceTonPorc, #MoiAussi, #MeToo, des femmes ont dit tout haut ce qu’elles taisaient  parfois depuis tant d’années. Un homme intouchable comme le producteur de films américain Harvey Weinstein a été viré de sa propre société. En France, on démarre le processus pour lui retirer la Légion d’Honneur. Car il n’y a aucun honneur à être un agresseur.

Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi a-t-on attendu si longtemps pour légitimer la parole des femmes ? Car les femmes n’ont pas commencé à dénoncer ces comportements récemment. Le mouvement #MeToo (moi aussi) a été créé par l’activiste afro-américaine Tarana Burke il y a une dizaine d’années. Il avait (et a toujours) pour but de réunir les survivantes d’agressions. C’est ce que l’activiste a déclaré au magazine Ebony  «  C’était un slogan à utiliser entre survivantes pour faire savoir qu’elles n’étaient pas seules et qu’un mouvement de guérison radicale était possible. ». Ces mouvements ne sont donc pas nouveaux. En France, Paye Ta Schnek relaye par exemple depuis plusieurs années des témoignages de femmes qui ont vécu la même chose.

La bonne nouvelle serait-elle que nous sommes enfin arrivé·e·s au moment où la parole des femmes est prise au sérieux et légitimée ? Serait-ce l’avènement d’une société où l’on croit – enfin – les femmes ?

Parce qu’un des piliers de la société dans laquelle nous vivons toutes et tous est le manque de confiance envers les femmes. Cela va de « elle dramatise » « elle réagit de façon excessive » « ce n’est pas si grave que ça » « il y a des choses plus importantes » dans une énième dispute au sujet d’une certaine charge mentale à « je ne crois tout simplement pas dans les femmes ». C’est ce que l’auteur Damon Young dit dans une tribune sur le Huffington Post.

« Confiance. Ou plutôt le manque de confiance. En règle générale, nous (les hommes) ne croyons pas les choses quand elles nous sont racontées par des femmes. Je veux dire les femmes autres que nos mères ou les enseignantes ou toute autre femme qui se trouve être une figure d’autorité établie. Pensons-nous que les femmes sont des menteuses pathologiques? Non. Mais est-ce que cela prend généralement plus de temps pour que nous croyions quelque chose si une femme nous le dit plutôt que si un homme nous disait exactement la même chose? Absolument! ».

Ne pas faire confiance aux femmes est un instrument de domination. Et cela a été légitimé au fil des siècles par toutes sortes de raisons incongrues. « Dignes descendantes d’Ève, les femmes seraient tentatrices, luxurieuses, orgueilleuses, menteuses, bavardes et médisantes » comme nous l’apprenons dans La Reine au Moyen-Age : Le pouvoir au féminin XIVe-XVe siècle de Murielle Gaude-Ferragu ; «  Les femmes sont trop nerveuses et hystériques pour être un jour impliquées dans la politique » a dit un jour un législateur du Massachussetts (Fragiles ou contagieuses – Le pouvoir médical et le corps des femmes, de Barbara Ehrenreich et Deirdre English).

Pour autant, il ne suffit pas de “donner” la parole aux femmes. Car les mots utilisés ont été créés par et pour un système qui ne les croient pas. La parole peut être vaine comme nous le rappelle Hélène Cixous : « Toute femme a connu le tourment de la venue à la parole orale, le coeur qui bat a se rompre, parfois la chute dans la perte de langage, le sol, la langue se dérobant, tant parler est pour la femme – je dirai meme ouvrir la bouche en public, une témérité, une transgression. (…) Double détresse, car meme si elle transgresse, sa parole choit presque toujours dans la sourde oreille masculine, qui n’entend dans la langue que ce qui parle au masculin” « Sorties », dans La jeune née ; p. 10/18 (1975).

Et si c’était l’occasion de repenser ce mécanisme et… de croire les femmes dès le début ? « Il faut (…) que les femmes crient aujourd’hui. Et que les autres femmes – et les hommes – aient envie d’entendre ce cri. Qui est (…) un cri de vie. Comme celui du nouveau-né » comme nous dit Benoite Groult dans Ainsi soit-elle; p. 220 (1977). Car il est temps d’entendre ce cri.

 

Copyright photo : Josh Howard 

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