« Pam leur dit à quel point elle « détestait » le film de Chris, bien que ajouta-t-elle, il me reste encore dans la tête. » Chris, l’héroïne de la biographie fictionnelle I love Dick de Chris Kraus, était alors à un diner, à écouter cette femme parler de son œuvre comme s’il s’agissait de celle d’une inconnue. Cette œuvre représentait pourtant ce dont elle était la plus fière. A ce moment, Chris n’était pas spécialement déçue par la remarque de Pam mais elle « se demanda s’il y avait quelque chose dans son apparence ou dans son caractère qui poussait les gens à penser qu’ils pouvaient lui dire ce genre de chose. Comme si elle ne ressentait rien. »

Qui n’a jamais ressenti cela ? Que croyez-vous ? Que nous sommes des espèces de superhéroïnes qui ne ressentons rien sous prétexte que nous créons, sous prétexte que nous avons des opinions ?

Cela peut arriver n’importe où, à n’importe qui. A la sortie d’école lorsqu’un autre parent lève les yeux au ciel alors qu’on essaie désespérément de baisser le volume sonore de son enfant à l’aide d’un nouveau jeu Iphone26 (nous en sommes au quel déjà) ? Lorsqu’un ou une collègue fait une remarque sur la manière dont on a conclu notre présentation (probablement pour cacher le fait qu’il ou elle était sur Tinder pendant la quasi intégralité de l’intervention). Ou encore, lorsque le boulanger se permet de philosopher sur la taille des talons (ou des non talons) choisis ce jour là. Dans l’ensemble, le sentiment est le même. Y aurait-il quelque hormone qui émanerait des utérus incitant n’importe qui à émettre un jugement négatif sur quelque chose que l’on porterait ou quelque chose qu’on aurait fait ?

Breaking news ladies & gentlemen : non.

Ce qui existe, en revanche, est la capacité incitative du langage. Un message est transmis dans le but de provoquer une réaction. Exemple : « Ta jupe est trop courte ». Réactions attendues (au choix) : culpabilité quant au choix de la jupe, croire que le choix de la jupe est une revendication sexuelle, choisir une jupe plus longue la fois prochaine, … les réactions peuvent être multiples.

Quelle est la réaction la plus attendue ? Se conformer à ce qu’on attend de nous. Ne plus rien tenter. Pour ne pas se faire critiquer. Ne plus parler. Pour ne plus se faire censurer. C’est mal connaître les femmes. Ce qu’on fait est – avant toute chose – pour nous. Cela fait écho aux mots de la poète Nayyirah Waheed : « La vérité est que. vous êtes né·e. pour vous. vous étiez voulu. par vous. vous êtes venu·e pour vous. vous êtes ici pour vous. votre existence est. la votre. »

Photo de Kristina Flour

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