« L’optimisme est la foi qui mène à la réalisation. Rien ne peut se faire sans l’espoir et la confiance », Helen Keller
« En grandissant, je n’ai jamais croisé de femme détendue. Vraiment détendue.
Des femmes qui avaient du succès ? Oui.
Des femmes productives ? Plein.
Des femmes anxieuses, qui avaient peur et qui s’excusaient sans arrêt. Des tonnes.
Mais des femmes détendues ? Rassurées ? Des femmes qui n’avaient pas peur de prendre de la place ? Des femmes qui priorisaient le repos, le plaisir et le divertissement ?
Des femmes qui se donnaient l’autorisation inconditionnelle de se reposer – sans culpabilité, sans excuse, sans ressentir qu’elles devaient le mériter ?
Je crois que je n’ai jamais rencontré de femmes comme cela. Mais j’aimerais en devenir une. J’aimerais que nous devenions toutes cette femme. »
Pour celles et ceux qui lisent la newsletter depuis quelque temps, vous savez que je ne suis pas une grande fan des théories de développement personnel, mais ces mots écrits par une thérapeute anglaise, Nicola Jane Hobbs m’ont interpellée.
Je suis d’accord avec ces mots, j’ai vécu cette expérience. Je n’ai jamais croisé de femme détendue, vraiment détendue.

Collage réalisé par mes soins.
Les raisons sont évidentes. Un espace public qui n’a pas été pensé par et donc pour des femmes et des jeunes enfants (dont s’occupent encore essentiellement majoritairement les femmes). Un monde du travail sclérosé par des inégalités salariales et une cupidité rétribuant les personnes qui y dédient tout leur temps (temps, que ces mêmes personnes qui s’occupent de ces mêmes enfants, n’ont pas). Un espace privé dans lequel les femmes continuent d’avoir majoritairement une charge domestique et mentale (enfant ou pas). Et quand ce n’est ni l’espace public, ni le monde du travail, ni l’espace privé, ce sont les autres formes d’oppression comme le validisme, le racisme et les normes sociales dans leur ensemble qui enferment les femmes dans un carcan de conventions.
« La femme détendue est le moi qu’on nous a appris à cacher et à mépriser – le moi sensuel, curieux, enjoué et épris de plaisir », continue Nicola Jane Hobbs sur Instagram.
Par là, je comprends que non seulement les raisons évidentes ont des conséquences sur le bien-être des femmes au quotidien (ça, on n’avait aucun doute) mais qu’en plus elles ont pour incidence d’en venir à mépriser ce qui ressemblerait le plus à une forme de bien-être.
C’est Audre Lorde, essayiste, poétesse américaine noire, lesbienne, qui disait : « Nous avons été élevées dans la crainte du oui intérieur, de nos désirs les plus profonds. Car les exigences de nos attentes libérées nous conduisent inévitablement à des actions qui contribueront à mettre nos vies en accord avec nos besoins, nos connaissances, nos désirs » (The Uses of the Erotic : The Erotic as Power, 1978, traduit par mes soins mais le texte est disponible en français dans Sister Outsider – Éditions Mamamelis). Si le « lâcher-prise » est nécessaire au fait d’être détendue – relax en anglais vient d’ailleurs de l’ancien français relaschier, qui signifie « desserrer » ou « libérer » – il s’agit bien de connaître nos désirs les plus profonds pour y arriver. Être détendue n’a donc pas à voir avec le fait d’accepter (j’insiste) les oppressions pour se concentrer sur son bien-être personnel, il ne s’agit également pas de prendre un bain avec des bougies toutes les deux semaines. Ce « lâcher-prise » a bien à voir avec nos désirs. Pour arriver à cet état de détente évoqué par Nicola Jane Hobbs, il s’agit de comprendre nos désirs.
« La peur de nos désirs les plus profonds les rend suspects, nous maintient dociles, loyales et obéissantes, et nous amène à accepter de nombreuses facettes de notre oppression en tant que femmes », continue Audre Lorde dans son texte. La poétesse décrit la mesure entre la reconnaissance de ces désirs et le chaos des sentiments comme « l’érotisme ». « C’est un sentiment intérieur de satisfaction auquel, une fois que nous l’avons expérimenté, nous savons que nous pouvons y aspirer. » « En contact avec l’érotisme, continue Lorde, je deviens moins disposée à accepter l’impuissance ou ces autres états d’être fournis qui ne me sont pas naturels, comme la résignation, le désespoir, l’effacement de soi, la dépression, le renoncement à soi. »
Devenir une femme détendue, c’est devenir une femme libre. Mais pas de liberté sans désir – ou du moins, sans reconnaissance de nos désirs les plus profonds.