Commençons par le début : un énorme bravo à l’équipe d’Espagne, glorieuses vainqueuses de la meilleure Coupe du monde de l’histoire après avoir battu l’Angleterre 1-0. En tant que supporter anglaise, vous m’avez brisé le cœur. En tant que fan de football, vous m’avez époustouflée, moi et des millions d’autres, avec votre classe et votre rage de vaincre.

Félicitations à Aitana Bonmati, la formidable athlète espagnole gagnante du Ballon d’or, le trophée attribué à la meilleure joueuse de la compétition ; et à la gagnante du Soulier d’or, la japonaise Hinata Miyazawa, sans hésiter la joueuse la plus captivante du Mondial, pour avoir marqué le plus de buts. Félicitations à l’infatigable, et parfois terrifiante, gardienne anglaise Mary Earps, lauréate du Gant d’or, et merci de faire campagne pour que les maillots des gardiennes soient vendus aux filles et aux femmes fans de football.

Pas de félicitations pour le pervers de président de la fédération espagnole de football, Luis Rubiales, qui a embrassé de force Jenni Hermoso sur la bouche pendant la cérémonie de remise du trophée après le match. Personne ne t’aime, Luis. Pas de félicitations non plus au coach Jorge Vilda, dont le style de management a entraîné une révolte de la part de ses joueuses, dont une grande partie a choisi de boycotter la Coupe du Monde plutôt que de jouer sous ses ordres. Ce triomphe est celui des joueuses espagnoles qui ont protesté contre ce que le New York Times a décrit comme un « environnement de travail oppressant » sous Vilda et Rubiales, pas une victoire pour eux. La gloire appartient aux joueuses qui ont porté le trophée hier à Sydney, mais aussi à celles qui ont fait le sacrifice de rater la victoire de leur vie pour se battre pour de meilleures conditions pour les footballeuses. L’Espagne a gagné malgré, et non grâce à, ces circonstances. Cela parlera sûrement aux féministes du monde entier.

La séance de tirs au but entre l’Australie et la France chez moi.

Je me suis éclatée à regarder ce Mondial et à éditer cette newsletter pendant l’été. Alors d’accord, en tant qu’anglo-australienne vivant en France, j’ai été très stressée quand les Matildas et les Bleues ont se sont affrontées pendant la plus longue séance de tirs au but de l’histoire de la Coupe du monde et que j’ai dû changer de maillot à chaque fois qu’une nouvelle joueuse se préparait à tirer. Relativement stressée aussi quand les éventuelles vainqueuses des penalties, les australiennes, ont affronté l’Angleterre en demi-finale et ont perdu (désolée maman). J’ai beaucoup pleuré. Mais qu’est-ce que la Coupe du monde sinon une occasion de célébrer nos identités multiples et complexes ?

Alors je lève mon verre à la meilleure Coupe du monde de tous les temps, malgré les combats et malgré le patriarcat.

Aux Matildas, non seulement l’équipe avec le plus de joueuses queers de la compétition, mais celle qui a inspiré 11 millions d’australien·ne·s – près de la moitié de la population du pays – à regarder la demi-finale, soit la plus grande audience jamais enregistrée pour à la télévision australienne. À l’Afrique du Sud, pour s’être battues pour de meilleures conditions et pour leurs chants d’équipe qui m’ont donné des frissons.

Aux Lionnes de l’Atlas du Maroc, qui, pour leur toute première Coupe du monde, se sont qualifiées pour les huitièmes de finale aux dépens de l’Allemagne, qui détenait le titre de championne, et dont les célébrations resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Et à Nouhaila Benzina, la première femme musulmane à avoir porté le hijab lors d’une Coupe du monde, y compris lors d’un match contre la France, où le voile est interdit dans les compétitions officielles. Aux Reggae Girlz de la Jamaïque pour avoir réussi à financer leur participation à la compétition grâce à une campagne de crowdfunding et avoir passé les phases de groupes malgré les obstacles. À l’ambitieuse nigériane Michelle Alozie, qui s’entraîne le matin pour l’équipe des Houston Dash et travaille dans un hôpital de cancérologie l’après-midi, quand elle ne joue pas pour son pays. Ah, et elle nous a aussi donné le meilleur meme du tournoi avec sa réaction à la faute de l’Anglaise Lauren James à son encontre.

Bravo à la grande Megan Rapinoe, qui a annoncé son départ à la retraite, pour avoir laissé derrière elle un héritage d’égalité salariale pour les équipes masculines et féminines américaines, pour sa solidarité avec la communauté trans et, bien sûr, pour avoir enragé Donald Trump. À l’icône Marta du Brésil, qui a grandi sans idole du football et a décidé de devenir la GOAT (la meilleure joueuse de tous les temps) pour inspirer la prochaine génération et nous laisse un jeu en meilleur état qu’elle ne l’a trouvé. À la championne française absolue, Wendie Renard, qui a mené une campagne pour changer la direction des Bleues, puis a emmené son équipe en quart de finale pour sa dernière Coupe du monde (nous éviterons soigneusement de reparler de ces tirs au but). Merci pour tout, Wendie. À l’équipe afghane, qui n’est pas reconnue par la FIFA, mais qui se bat pour les droits de toutes les femmes afghanes depuis l’étranger. FIFA, reprenez-vous et soutenez ces joueuses ! À la coach anglaise Sarina Wiegman, l’une des entraîneuses internationales les plus titrées de l’histoire malgré la défaite d’hier, et aux Lionnes pour avoir réalisé mon rêve d’enfant en atteignant une finale de Coupe du monde pour la première fois depuis 1966. La Megan Clement de neuf ans n’aurait jamais osé imaginer en arriver là.

Aux fans, de celles qui aiment le football depuis toujours à celles qui l’ont regardé pour la première fois cette année. À toutes celles et ceux qui se sont déjà senti·e·s exclu·e·s du foot à cause du sexisme, du racisme, de l’homophobie, de la transphobie ou du validisme. N’oubliez jamais que le football est pour nous toutes et tous. (Et n’oubliez jamais que l’idée que la règle du hors-jeu est compliquée est une invention du patriarcat pour maintenir sa domination.)

Par-dessus tout, je lève mon verre à toutes les joueuses qui ont ouvert une voie aux femmes et aux filles dans le football là où il n’y en avait pas, et qui ont atteint de nouveaux sommets dans la discipline, tout en faisant campagne pour l’égalité.

L’équipe de la newsletter Impact regarde la finale du Coupe du monde à Paris.
De gauche à droite: Agustina Ordoqui, Megan Clement et Anna Pujol-Mazzini.

Merci à toutes celles et ceux qui m’ont accompagnée dans cette course folle au cours des quatre dernières semaines, en particulier à celles et ceux qui m’ont contactée par e-mail ou sur les réseaux sociaux pour me partager vos réflexions sur le football et le féminisme. Merci à nos contributrices vedettes, Beatrice Go et Esther Owusua Appiah-Fei et à notre experte Katrine Okholm Kryger. Et un grand merci à mes collègues Rebecca Amsellem, Anna Pujol-Mazzini et Agustina Ordoqui pour votre collaboration et votre soutien (et pour avoir regardé les matchs avec moi !)

C’est tout pour moi cet été – je vais profiter des prochaines semaines pour faire une pause pour me remettre de toutes ces émotions. La newsletter Impact sera de retour dans vos boîtes de réception le 18 septembre. Vive le foot, vive le féminisme, et vive les vacances.

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