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Mercredi 21 avril 2021 Bienvenue, voici la newsletter Les Glorieuses. La ‘cancel culture’ est-elle une menace pour notre imagination ? J’achète les journaux pour avoir plus de matière pour mes collages. Je l’avoue. Il arrive parfois qu’un titre me happe. Comme s’il répondait à quelque interrogation que je gardais au fond de moi, de peur de ne pas savoir y donner une réponse franche. « Is “Cancel culture” a failure of kindness ? » pouvais-je lire sur une des dernières pages du FT Weekend. « “La culture du bannissement / de l’ostracisme” est-il un échec de la gentillesse ? ». Pour mémoire, on pourrait définir la « cancel culture » comme une volonté collective de tenir les personnes puissantes responsables de leurs actes blâmables. Ma première illusion est de tenter d’y répondre. Mais non ! Le débat n’est pas là ! La « cancel culture » brandie sur les plateaux télé, telle les miches de pain sur Instagram pendant Confinement 1er est un mythe ! C’est notamment ce que dit l’essayiste Roxane Gay (interview dans Mother Jones). « La Cancel Culture », précise Gay, a été inventée pour expliquer des mauvais comportements et le fait de devoir en gérer les conséquences. » Oui, dit mon cerveau, on est complètement d’accord avec Roxane Gay. D’autres arguments pleuvent : la « cancel culture » semble être balancée dès qu’un conservateur laisse « échapper » devant des millions de spectateurs un commentaire raciste ou sexiste, la « cancel culture » est un moyen de renverser la charge : le fautif devient la victime. Ma seconde illusion est de tenter de trouver une conséquence pondérée aux actes répréhensibles d’une personne de pouvoir lorsque le système judiciaire fait défaut. La « cancel culture » serait une preuve de méchanceté ou une juste conséquence face aux comportements qu’on considère problématiques ? Aussi, Roxane Gay apporte une nuance à son propos en précisant que le problème est que nous ne savons pas quelles devraient être les conséquences. Perdre son emploi ? Perdre sa réputation à jamais ? Faire preuve de radicalité extrême pour souligner sa rédemption ? Ou le débat est-il plus nuancé qu’on laisse le prétendre ? La ‘cancel culture’ est-elle une menace pour notre imagination ? par oim. Nilanjana Roy, plume de l’article du FT WeekEnd au titre séduisant, se rappelle d’un débat qu’elle a eu avec l’écrivaine Lionel Shriver. Cette dernière qualifie la « cancel culture » de « phénomène quasi soviétique ». Elle n’en a pas l’ombre d’un doute. Comme nous devant ses propos : on ne peut pas être d’accord avec elle. Comme Nilanjana Roy qui s’est retrouvée à sa grande surprise à opiner aux arguments avancés par son interlocutrice. « [La liberté d’expression] a tragiquement été reprise en tant que cause de la droite, alors qu’elle était autrefois une cause de la gauche. » Il est vrai, précise Roy, que le mouvement a été initié pour arrêter de « séparer l’homme de l’artiste » et qu’aujourd’hui, le même argument est utilisé dans des pays totalitaires pour censurer l’imagination des artistes. « Quand avons-nous cessé de donner aux gens le bénéfice du doute ? Il ne s’agit pas seulement de règles, il s’agit de notre attitude envers les autres, de savoir si elles sont disposées à faire preuve d’une certaine gentillesse ou compréhension. » Roy se retrouve à acquiescer encore une fois avec celle qui semble s’opposer complètement à son schéma de pensée. « Le défi est de continuer à œuvrer pour le changement sans tomber dans le piège de devenir la police de l’imagination. » Oublions un instant les pays totalitaires, le système judiciaire qui fait défaut, et la droite qui s’accapare ce phénomène en se revendiquant chantre de la liberté d’expression. La « cancel culture » n’est-elle pas d’abord appliquée à la gauche par la gauche elle-même ? Et, en tant qu’activiste de gauche, ne se l’applique-t-on pas d’abord à nous-même ? L’appréhension de parler. L’effroi de dire quelque chose qu’il ne fallait pas, de se tromper, de s’égarer. La frousse d’avoir appliqué à outrance la philosophie du doute. À ce sujet, carla bergman et Nick Montgomery parlent de « radicalisme rigide » et font le lien avec le peu de place accordé à la créativité en citant Margaret Killjoy : « Si je pense qu’il y a une part importante de spontanéité et de refus d’édicter des règles dans le radicalisme, je vois beaucoup moins de créativité ces temps-ci… Pour une bande d’anarchistes, on est remarquablement peu à l’aise avec les nouvelles idées. Si je devais émettre une supposition, je dirais que ça se passe de cette façon parce qu’on a braiment affûté notre capacité à être critiques, mais pas notre capacité à accueillir » (Joie militante, Éditions du commun, 2021). À cela, carla bergman et Nick Montgomery ajoutent : « Lorsqu’elle est incessante, la critique peut devenir un réflexe qui exclut d’autres capacités. « L’une des formes les plus perfides de censure est l’autocensure – où les murs sont construits autour de l’imagination et souvent soulevés par la peur des attaques », peut-on lire sur le manifeste de PEN (l’association internationale des écrivains) « La démocratie de l’imagination », et cité dans l’article du Financial Times. L’imagination, rappelle le manifeste signé, entre autres par Jennifer Clement, Nayantara Sahgal et Ngugi wa Thiong’o, est le territoire de toute découverte car les idées naissent au fur et à mesure qu’on les crée. C’est grâce à la contradiction, à la comparaison et l’embouchure de celles-ci que « naissent les expériences humaines les plus profondes ». Je ne sais toujours pas si la « cancel culture » est un échec de la gentillesse. Je crois savoir néanmoins que lorsqu’on l’applique à notre propre système de pensée, de la même manière que nous intégrons le doute comme pierre angulaire de notre entendement, on signe l’échec de notre imaginaire à dépasser les frontières du réel.
La revue de presse C’est officiel : la marche #NousToutes pour dire STOP aux violences sexistes et sexuelles aura lieu… samedi 20 novembre 2021 à Paris. Pour rejoindre le comité national d’organisation on clique ici, et pour pour recevoir les infos sur la marche, c’est là ! « Comment défendre la démocratie ? Comment la renforcer ? Le féminisme apparaît comme l’une des réponses » Le féminisme, pilier d’une démocratie durable. Quand le divorce fait perdre son passeport. Chaque année, l’administration fédérale retire à près de 50 personnes, en majorité des femmes, leur nationalité suisse acquise par mariage. La raison? Elles sont accusées d’avoir menti sur la stabilité de leur couple et la force de leur amour. Des procédures intrusives, qui choquent les défenseurs des droits humains. Fertilité : le mythe de la «date de péremption» à 35 ans. Pour une grande majorité de femmes, cet âge est vu comme une bascule, après laquelle il est très difficile de concevoir. Pourtant, ce chiffre est tiré d’une étude vieille de trois cents ans. La femme grâce à qui Van Gogh est devenu connu (en anglais). Ces maisons qui bousculent l’entre-soi de l’édition française. // Dans la catégorie « rien à voir avec notre schmilblick » // Article repéré grâce à Sophie Gourion et Clément Arbrun sur Twitter, Michel Berger vu par Catastrophe : “Même ses chansons solaires étaient tragiques”. Un poème, en anglais, sur le moment où on devient parent de nos parents.
Le Club des Glorieuses
Rendez-vous – Le prochain Club des Glorieuses aura lieu le jeudi 22 avril 2021 de 18h30 à 19h30. Il s’agira d’une conférence en ligne avec Lucile Peytavin, historienne, spécialiste du travail des femmes dans l’artisanat et le commerce. Le Coût de la virilité (éditions Anne Carrière) est son premier essai. Pour vous inscrire, rdv ici.
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