Il a été difficile de regarder le Royaume-Uni s’engouffrer dans un débat toxique autour des droits des personnes trans. Quand l’Écosse – qui a son propre parlement et peut donc faire passer certaines lois indépendamment du reste du Royaume-Uni – a adopté une loi facilitant le changement d’état civil pour les personnes trans, le gouvernement britannique l’a bloquée. C’est la première fois que le parlement britannique rejette une loi écossaise depuis que la nation a obtenu son propre parlement en 1998.
Pourquoi cette crise constitutionnelle s’est-elle déclenchée autour des droits des personnes trans ? Parce que cela fait maintenant dix ans qu’une poignée féministes britanniques ont mis en place un effort concerté et remarquablement efficace pour présenter les droits des trans comme une menace pour les femmes cis.
La loi écossaise facilite le changement d’état civil en supprimant l’obligation d’un justificatif médical et en réduisant la période dite d’“expérience de vie réelle” pendant laquelle les personnes trans doivent vivre socialement dans leur genre réel de deux ans à trois mois (ou six mois si l’on a entre 16 à 18 ans).
Au Royaume-Uni, un Gender Recognition Certificate (certificat de reconnaissance de genre) permet à une personne de rectifier son genre sur les documents d’état civil, comme l’acte de naissance, de mariage ou de décès. C’est tout. Il ne permet pas aux femmes trans d’accéder aux prisons pour femmes, aux refuges pour victimes de violences conjugales, aux toilettes, vestiaires ou n’importe quel autre endroit en non-mixité, parce qu’elles y ont déjà accès, comme toutes les femmes. Les femmes trans subissent des violences conjugales, essayent des vêtements, vont aux toilettes et même, oui, vont en prison, au même titre que les femmes cis.

Pourtant, les détracteur·rice·s du texte affirment qu’il menace les lieux réservés aux femmes. Cela est basé sur l’argument de la “pente glissante”, qui soutient que l’assouplissement des conditions de transition administrative permettra à des prédateurs sexuels d’accéder à ces espaces pour s’en prendre aux femmes et aux fillettes. Ces arguments ont souvent été utilisés contre l’élargissement des droits des personnes LGBTQIA+, comme le mariage. Les anti-mariage pour tous·tes ont souvent clamé que le mariage homosexuel ouvrirait la voie à l’inceste et à la polygamie. Ces menaces se sont toujours révélées fausses, puisqu’elles sont basées sur une logique erronée. Mais elles sont aussi faites pour faire peur ; et sur ce point, elles fonctionnent souvent.
Des cas isolés de femmes trans accusées de violences sexuelles ne doivent pas être utilisées pour prouver que toutes les femmes trans présentent un risque pour les femmes cis. Le Royaume-Uni pourrait d’ailleurs se tourner vers le Chili, la Colombie, l’Argentine, le Brésil, les Pays-Bas, la Norvège, le Danemark, le Portugal, la Belgique, la Suède, l’Irlande ou encore Malte pour se rendre compte que de faciliter l’affirmation de leur genre aux personnes trans n’amène pas à une augmentation de la violence faite aux femmes. La seule chose qui change, c’est que la vie des personnes trans devient plus facile. Un progrès qui devrait être accueilli à bras ouverts.
La lutte contre la violence patriarcale est une lutte que partagent les femmes cis, les femmes trans, les hommes trans, les personnes non-binaires et toutes les personnes qui transcendent les normes de genre. Traiter les personnes trans comme des menaces et les exclure des services dont elles ont besoin ne mettra pas fin à la violence sexiste.
Il est épuisant de devoir le répéter en 2023, mais en tant que femme cis britannique, mes droits et ma sécurité ne sont pas menacées par le fait que mon pays donne des droits aux personnes trans. Nous nous battons tous·tes pour l’égalité des genres ; et si les personnes trans deviennent plus libres, alors moi aussi.
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La France est sexiste (et tous les autres pays aussi)
Un rapport du Haut Conseil à l’Égalité a confirmé le mois dernier ce que la plupart des femmes savaient déjà : le sexisme existe encore et toujours en France. Vu qu’aucun pays au monde n’a atteint l’égalité, il aurait été plutôt impressionnant que la France réussisse à éradiquer le sexisme dans les 12 mois depuis le rapport précédent. Mais il est toujours pertinent d’analyser le contexte national qui provoque certaines formes particulières de sexisme.
Pour citer un exemple, il n’est probablement pas surprenant qu’un homme sur cinq âgé de 18 à 34 ans pense qu’il n’est pas un problème de gifler sa femme, étant donné que c’est exactement ce que le député Adrien Quatennens a fait, dans l’indifférence à peu près générale. L’homme politique, qui a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour violences conjugales, a été mis en retrait de son parti d’extrême-gauche, La France Insoumise, mais seulement pour les quatre mois de sa peine. D’après Le Monde, le dernier jour de son procès, une alliée au sein du parti a fait circuler un argumentaire qu’on aurait cru directement sorti des pages du rapport du HCE. Celle-ci invitait les membres du parti à répéter à la presse qu’Adrien Quatennens avait été “condamné pour une gifle et rien d’autre” et qu’il n’était “pas un homme violent, mais un homme pris dans un divorce difficile.”
Il n’est pas surprenant non plus de voir un niveau de sexisme aussi élevé dans un pays dont les sphères politique et médiatique débattent fréquemment des corps des femmes et de leurs vêtements, surtout si elles sont musulmanes, pour questionner l’identité nationale. Cela ne devrait choquer personne non plus que les idées masculinistes soient aussi répandues dans un pays dans lequel une personne sur trois vote pour l’extrême droite au premier tour des élections présidentielles de 2022.
La bonne nouvelle, c’est que les mouvements féministes en France gagnent du terrain et de la force de frappe tous les jours. On pense notamment aux slogans féministes collés sur les rues des villes de France, ou au fait que 81% des français·e·s soutiennent le projet d’inscription du droit à l’IVG dans la constitution. Et avec chaque victoire féministe, l’égalité, la vraie, se rapproche.

Les gens ne font pas des enfants juste parce qu’on leur demande
Dans une tribune dans le New York Times, la journaliste Hawon Jung raconte pourquoi 65% des femmes coréennes décident de ne pas avoir d’enfants :
Beaucoup des femmes coréennes qui décident d’éviter les rencontres amoureuses, le mariage et la maternité dénoncent un sexisme généralisé et sont en colère contre une culture de la violence masculine. Leur refus d’être des “machines à faire des bébés”, d’après des pancartes de manifestations que j’ai vues, est une mesure de représailles.
La Corée du Sud, qui a le taux de fécondité le plus bas au monde, montre que les femmes n’effectueront pas le travail de reproduction de la force de travail pour le seul bien de l’économie si elles doivent le faire dans une société profondément inégale. Tout comme la Chine, qui ces dix dernières années a abandonné sa politique de l’enfant unique et encourage maintenant les familles à avoir jusqu’à trois enfants. Mais de nombreuses femmes ne veulent pas avoir plusieurs enfants. La population a commencé à y baisser cette année pour la première fois depuis les années 1980.
Je suis toujours frappée par notre capacité à parler de ces changements démographiques sans jamais prendre en compte les corps humains qui sont derrière ces taux de natalité qui augmentent ou qui baissent. Ce sont ceux des femmes et des personnes qui peuvent tomber enceintes qui souvent (mais pas assez souvent) prennent une décision rationnelle : est-ce que faire un enfant en vaut la peine ?
La seule raison qui devrait faire que l’on met un enfant au monde, c’est parce qu’on le souhaite. Si les gouvernements ne s’attèlent pas à bâtir une société dans laquelle les femmes et les minorités de genre peuvent le faire en toute sécurité et sans crainte de discrimination ou de tomber dans la pauvreté, alors qui peut leur en vouloir de faire grève?