Le logo des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 est sorti. Enfin. On avait tellement hâte de ce moment. Autant hâte que le réveil après le premier tour de la prochaine élection présidentielle. Effectivement, mon rapport au sport ferait que dans un monde idéal il s’agirait une information qui ne m’intéresserait nullement. Mis à part une sortie officiellement hebdomadaire mais en réalité complètement mensuelle pour un jogging sur les berges de Seine, j’ai une passion pour le sport assez limitée. Mais là, je dois dire que le comité d’organisation s’est démarqué.

Ce logo est moche mais ce n’est pas le sujet. Il devait représenter une médaille, une flamme olympique et paralympique et la Marianne nationale. Il représente finalement une image objectivée de la Marianne, symbole de notre République : des lèvres parfaitement dessinée, une chevelure qui rappelle les personnages féminins des mangas.
« On passe à une autre étape qui consiste à dire qui nous sommes, ce que l’on veut faire et où on veut aller. » C’est ce que Thierry Reboul, directeur de la marque, de la créativité et de l’engagement de Paris 2024, raconte lorsqu’il présente ce logo à L’Équipe. Si on suit cette logique, Paris 2024 serait donc une héroïne de manga japonais dessinée dans un latte. « Ils ont adoré, ils ont trouvé ça formidable, après quelques secondes (sourire). » Il fallait donc peut-être quelques secondes pour apprécier l’œuvre. Je me permets de vous remettre le logo pour que vous l’appréciez – après quelques secondes, attention.

Ce logo a pour ambition – et j’appuie le choix du mot « ambition » – de réunir trois symboles : la médaille d’or, la flamme olympique et paralympique et la Marianne, parce que la France donc. « Une Marianne c’est un concept, une incarnation féminine très ancrée dans notre République. » précise Thierry Reboul. L’incarnation de notre République serait donc devenue une héroïne de manga japonais dessinée dans un latte ? Absolument, si on se réfère à ce logo.
L’équipe de Paris 2024 a vocation à faire de ces jeux olympiques et paralympiques les premiers jeux égalitaires. Sans pour autant obliger les pays à accorder des primes équivalentes aux athlètes indépendamment de leur sexe, évidemment. Mais en mettant en avant des éléments symboliques. C’était l’occasion -ratée- avec ce logo d’avoir un engagement fort contre une représentation sexualisée d’un symbole national et des femmes en général.
Ce logo a deux problèmes. Le premier est qu’il ressemble fortement à celui de la Police Belge.

Par ailleurs, ce logo est qu’il représente une image objectifiée de la Marianne, symbole de notre République. L’objectivation correspond au fait de traiter une personne ou de la représenter comme objet d’un désir sexuel. A cause de l’objectivation dont les femmes sont victimes (même quand elles sont censées être un symbole de la République), celles-ci apprennent dès leur enfance à internaliser l’importance du regard des autres sur leurs visages, sur leurs corps. L’objectivation récurrente des femmes fait partie des nombreuses violences que les femmes subissent dans notre société. Elle induit des sentiments de honte, d’anxiété, des problèmes de troubles alimentaires…
Je ne sais pas qui a réalisé ce logo et ce n’est pas vraiment le sujet. La personne a répondu à des critères de ses commanditaires. « Il est l’incarnation de la volonté de Tony Estanguet de marquer l’histoire », Tony Estanguet étant le Président du comité d’organisation. Ce que je ne comprends pas, c’est comment le comité international olympique a pu valider cette horreur. 105 membres actifs en font partie, 45 membres honoraires avec Thomas Bach en président d’honneur. Vous voyez où je veux en venir. 150 membres actifs dont… 37 femmes. Moins d’un quart des membres du comité international olympique sont des femmes. Loin de moi l’idée d’être essentialiste et d’affirmer qu’une parité aurait permis d’avoir un logo de bon goût mais je suis sure que cela aurait permis d’avoir un logo qui ne représente pas une héroïne de manga adolescente et hypersexualisée.
L’équipe de Paris 2024 veut faire de ces Jeux Olympiques et Paralympiques les premiers jeux égalitaires. C’est l’occasion avec ce logo d’avoir un engagement fort contre une représentation sexualisée d’un symbole national et des femmes en général. Ce n’est pas une question de goût, c’est une question de représentation. On ne peut pas en 2019, en France, représenter une Marianne hypersexualisée. Si vous non plus, vous ne souhaitez pas voir cette pseudo Marianne qui s’apprête à sortir en boîte pour la première fois de sa vie dans l’espace public pendant les cinq prochaines années, je vous invite à signer cette pétition que j’ai écrite sur change.org.