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No pasaran

« Vive le Front populaire !

Vive l’union de tous les antifascistes !

Vive la République du peuple !

Les fascistes ne passeront pas !

Ils ne passeront pas !

No pasarán ! »

Ils ne passeront pas. La « Passionnée » avait raison. Nous sommes le 19 juillet 1936, quelques jours après l’offensive franquiste, la politicienne Isidora Dolores Ibarruri Gomez, nouvellement élue, prononça ces mots au balcon du ministère de l’Intérieur à Madrid (​Les grands discours : Dolores Ibárruri No ¡Pasarán!, Arte 2017).

A une époque où les populismes gagnaient du terrain en Europe, l’Espagne était devenue le terrain de batailles entre fascistes et antifascistes. « No pasaran ». Ils ne passeront pas.

Si une version similaire avait été prononcée en français « halte-là on ne passe pas » par le Général Nivelle pendant la première guerre mondiale, c’est bien l’héroïne de la guerre civile espagnole qui rendit célèbre le slogan lorsqu’elle prononça pendant la Bataille de Madrid.

« Jeunes, préparez-vous au combat !

Femmes, héroïques femmes du peuple !

Souvenez-vous de l’héroïsme des femmes des Asturies en 1934.

Luttez vous aussi aux côtés des hommes pour défendre la vie et la liberté de vos enfants que le fascisme menace !

Soldats, fils du peuple !

Restez fidèles au gouvernement et à la République, luttez aux côtés des travailleurs, aux côtés des forces du Front populaire, aux côtés de vos parents, de vos frères et de vos camarades !

Luttez pour l’Espagne du 16 février, luttez pour la République, aidez-les à vaincre !

Travailleurs de toutes tendances !

Le gouvernement met entre vos mains des armes pour sauver l’Espagne et le peuple de l’horreur et de la honte que représenterait la victoire des bourreaux d’octobre couverts de sang. Que nul n’hésite ! Soyez tous prêts pour l’action ! »

La suite, nous la connaissons. Les fascistes ont, dans un premier temps, gagné la guerre civile trois plus tard. En pied de nez à Ibarruri, les soldats franquistes sont même entrés dans Madrid en criant « ¡Ya hemos pasado! » (« Nous sommes passés ! »).

Un combat ne se gagne pas à coup de slogan ou de hashtag. Néanmoins, ces cris de ralliement permettent de fédérer des communautés autour de valeurs qui sont les leurs. Comme « Mujeres Libres » (Femmes libres), organisation féministe créée au début de la guerre civile pour abolir les trois types d’esclavages auxquels sont soumis les femmes : l’ignorance, le capital et les hommes. Lucía Sánchez Saornil, poète et une des fondatrices de l’organisation justifie le nom : « Le choix de ces deux mots n’était pas un pur hasard. Nous voulions donner au mot mujeres (femmes) un contenu maintes fois nié. En l’associant à l’adjectif libres nous nous définissions comme absolument indépendantes de toute secte ou groupe politique, cherchant la revendication d’un concept – mujer libre (femme libre) – qui jusqu’à présent était connoté d’interprétations équivoques qui rabaissaient la condition de la femme en même temps qu’elles prostituaient le concept de liberté, comme si les deux termes étaient incompatibles. » (CNT, no 531, 30 janvier 1937).

Le propre de l’organisation était de mener à bien une politique d’éducation, d’accompagnement des femmes en politique afin de contrer les fascistes qui gagnaient du terrain. La militante Ana Delso décrit cette démarche : « La capacité d’organisation des femmes me laisse stupéfaite. Plusieurs d’entre elles ont un rôle prépondérant dans leur syndicat, CNT, et font partie en même temps du comité d’autogestion de leur usine. Elles se trouvent au même niveau d’égalité que les hommes dans une société non hiérarchisée. C’est une transformation totale et radicale de la vie sociale. Les femmes espagnoles en avaient tant besoin ! Elles se sont débarrassées de l’esclavage que leur imposaient le clergé, le mari, le père, les frères et tous les autres. À tous ceux qui nous disent : Oui, nous sommes d’accord avec vos revendications de femmes, mais il faut laisser tout cela pour après, car votre attitude peut créer des divisions. Nous leur répondons : Pour après quoi ? C’est maintenant ou jamais ! […] » (Trois cents hommes et moi, Ed. La Pleine Lune, 1989).

Merci Dolores Ibarruri. Merci Ana Delso. C’est maintenant ou jamais.

Crédits photo : Alea Jacta Est blogpost (2018) 

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