Je me souviens des premières fois que je mentionnais le mot « SPM » à ma bande de copines. C’était devenu un gag. Dès que quelqu’une s’énervait contre telle ou telle chose, c’était à cause du « SPM ». Dès qu’une autre pleurait, c’était à cause du « SPM ». Dès qu’une autre déprimait, c’était… enfin, vous avez compris.
Hier, c’était la journée mondiale de l’hygiène menstruelle. J’en profite pour rappeler ce que Les Glorieuses et Les Petites Glo ont réalisé cette année, parce que c’est vraiment extraordinaire.
Dans le cadre de la campagne #StopPrécaritéMenstruelle, un sondage a été réalisé auprès de 1653 sondé·e·s âgé·e·s de 12 à 19 ans et on a découvert ainsi que huit personnes sur dix se sont déjà trouvées en situation de pénurie de protections à l’école.

Et ce n’est pas tout. 97% des sondé·e·s estiment que les protections périodiques sont trop chères.

Choquant, n’est-ce-pas ? Surtout quand on sait que sept personnes sur dix n’osent pas en parler au personnel encadrant.

Dès septembre prochain, quatre arrondissements de Paris mettront des distributeurs de protections périodiques bio en libre service dans les toilettes de leurs collèges. C’est un test, et si cela réussi (techniquement, cela ne peut QUE réussir), nous aurons des arguments pour faire en sorte que cette initiative soit généralisée dans tous les collèges et lycées publics en France. Par ailleurs, la gratuité des protections hygiéniques dans les « lieux collectifs » est à l’étude par le gouvernement.
L’hygiène menstruelle ne concerne pas uniquement l’accès aux protections périodiques dont on connait la composition. La santé menstruelle en est une composante majeure. Et pour cause, les règles existent depuis la nuit des temps et pourtant, il n’existe aucun médicament permettant d’endiguer les symptômes du syndrome pré-menstruel (SPM).
Les symptômes varient d’une femme à l’autre et peuvent inclure des maux de tête, boutons d’acné, un mal de seins, une sensation de fatigue intense, une irritabilité et peuvent durer jusqu’à une semaine. Les cas les plus graves, troubles dysphoriques prémenstruels, impliquent des dépressions sévères et des tentatives de suicide.
Le SPM a longtemps été considéré comme une maladie imaginaire. Choquant, dans une société où les docteurs sont des hommes et les patientes des femmes, n’est-ce-pas ? Moi-même, alors que je décrivais mes symptômes, j’entendais au mieux « c’est normal », et au pire, « c’est dans ta tête ». Aujourd’hui encore, les activistes féministes ne sont pas toutes d’accord sur la question. Certaines disent qu’il s’agit d’un discours performatif, où on dit aux femmes d’être déprimées et donc… elles le sont. Ce n’est pas si simple. Alors que ce syndrome touche presqu’une femme sur deux, on ne connait pas la cause du SPM. « Nous savons que l’ovulation et le cycle hormonal sont à l’origine
du syndrome prémenstruel, mais nous ne savons pas pourquoi », raconte le professeur Shaughn O’Brien au Guardian.

Je me souviens que vers mes quatorze ans, ma mère était rentrée à la maison, un bout de papier à la main, très excitée de sa découverte. Le papier était un article découpé dans un journal anglo-saxon et décrivait la commercialisation prochaine d’un spray nasal censé combattre le PMS. Inutile d’ajouter que ce spray n’a jamais été commercialisé. Le professeur Shaughn O’Brien rappelle dans son entrevue au Guardian que le remède le plus durable est l’ablation de l’utérus
et des ovaires. Cela ne vous rappelle rien ? Mais oui bien sûr, les ovariectomies prescrites au début du XIXème siècle aux femmes dont le comportement était « indiscipliné » et qui faisaient preuve « d’hystérie ». “Les médecins étaient en position de détecter les premiers signes de rébellion, et de les interpréter comme les symptômes d’une “maladie” – appelée hystérie – qui devait être “soignée” (“Fragiles ou Contagieuses ?” Barbara Ehrenreich et Deirdre English). Et cela se
résolvait souvent par des ablations des ovaires et/ou de l’utérus avant que les femmes rentrent « docilement » auprès de leurs maris soulagés.

L’existence du SPM serait-elle l’aveu que les femmes ont une maladie de l’utérus ? Au contraire. La place de « l’hystérie » dans l’imaginaire collectif a empêché les femmes de parler de leurs symptômes et explique – en partie – qu’il n’existe pas de médicament permettant d’endiguer les effets du SPM. Il s’agit d’une raison qui explique notre retard sur la recherche des causes du syndrome. Il ne touche « que » la mauvaise moitié de l’humanité.
L’autre raison est moins évidente mais tout aussi importante. Des études ont montré que, du fait de préjugés sexistes, les douleurs des femmes étaient moins prises en considération que les douleurs des hommes. « Dans une étude portant sur des patients qui se sont rendus à l’urgence en raison d’une douleur abdominale aiguë, les hommes ont attendu en moyenne 49 minutes avant de recevoir des analgésiques – et les femmes en moyenne 65 minutes » raconte ainsi cet article de Vox. Cette disparité s’accentue entre les personnes blanches et les personnes racisées. Le Washington Post relate que les stéréotypes inconscients font que 74% des patient·e·s blanc·he·s ayant une fracture reçoivent une prescription d’antalgiques, contre 50% des patient·e·s noir·e·s.
Faut-il attendre une révolution féministe, écologique et sociale pour être traitée correctement ? Probablement. Mais en attendant, les quelques gynécologues qui prennent le PMS au sérieux préconisent une combinaison de contraceptions oraux, vitamine B6 ou de gattilier et d’anti-dépresseurs (oui, les symptômes sont si graves que cela) de la catégorie des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine.
Si cela ne fonctionne pas, les gynécologues prescriront des patchs d’oestrogènes puis des hormones synthétiques. Des solutions temporaires existent donc. Et non, ce n’est pas dans votre tête.