Communiqué de Presse Rapport sur la lutte contre la précarité professionnelle des femmes.

À l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes,

Les Glorieuses propose des solutions concrètes pour lutter contre la précarité professionnelle des femmes.  

Paris, le 8 mars 2018.

« Les femmes autour de moi gagnent effectivement moins d’argent que les hommes, occupent des postes subalternes, trouvent normal d’être sous-considérées quand elles entreprennent quelque chose. Il y a une fierté de domestique à devoir avancer entravé comme si c’était utile, agréable ou sexy. Une jouissance servile à l’idée de servir de marche-pied. On est embarrassé de nos puissances. »

– Virginie Despentes ; King Kong Théorie (2006)

Cadre d’intention

La précarité professionnelle des femmes est symptomatique d’un problème plus large : la domination des femmes dans la société patriarcale. Les femmes sont entrées massivement sur le marché du travail dans les années 60 dans une position dominée : elles étaient secrétaires, elles étaient ouvrières, elles n’avaient pas accès aux postes à responsabilités, elles étaient toutes sans exception moins bien payées pour un travail identique. Près de 60 ans plus tard, les femmes sont-elles moins dominées sur ce marché ? Non. Les contenus des débats politiques et les journaux féminins portent à croire que cette domination perpétuelle est la faute des femmes, elles ne se sentiraient pas puissantes, elles n’oseraient pas. Elles ne prendraient pas la parole. C’est faux. Les femmes ont toute la puissance nécessaire.
Le problème est systémique : les femmes travaillent dans un système qui a été pensé par et pour les hommes, les règles n’ont pas été faites pour les femmes, elles ont été faites pour les hommes blancs. Pour arrêter de perpétuer cette domination, il faut donc agir sur des éléments systémiques.

Champs d’actions 

La précarité professionnelle des femmes peut se définir autour de trois champs.

1/ Travail non rémunéré et non reconnu par la société. 

Les femmes connaissent davantage d’irruptions au cours de leur carrière que les hommes du fait de la place qu’elles occupent dans la sphère privée (éducation des enfants, prise en charge des parents, tâches ménagères). Quel que soit le pays, les femmes consacrent davantage de temps que les hommes au travail domestique avec un écart de 2.5 heures en moyenne par jour (OCDE, 2011). Ce travail non rémunéré et non reconnu par la société participe à la charge mentale des femmes.

2/ Travail rémunéré mais non reconnu par la société.

La marchandisation d’une activité non légitimée renforce l’oppression patriarcale qui s’exerce sur les femmes ainsi que leur exposition aux violences. La prostitution en fait partie : en France en 2013, 99% des clients sont des hommes et 85% sont des femmes prostituées (Ouest France, 2013).

3/ Travail rémunéré et reconnu par la société mais où les femmes sont toujours dominées.

C’est ce que nous dénonçons avec le mouvement pour l’égalité salariale : #7Novembre16h34 puis #3Novembre11h44. A poste égal, les femmes sont moins payées que les hommes. De plus, les emplois occupés par des femmes se concentrent dans certaines catégories, sont peu rémunérateurs et les niveaux hiérarchiques sont inférieurs : ces « choix » sont influencés par la prévalence des stéréotypes genrés. Enfin, les femmes sont moins promues aux postes hiérarchiques.

Quel état des lieux pouvons-nous dresser aujourd’hui sur la précarité professionnelle des femmes?

1/ Travail non rémunéré et non reconnu par la société. 

La rémunération et le taux d’activité entre hommes et femmes sont différenciés car la part de travail domestique est non rémunérée et que les tâches privées accroissent le nombre de femmes travaillant à temps partiel.
Plus d’une femme sur quatre en France travaille à temps partiel, soit 27 % d’entre elles (dont 8,5% à “temps partiel subi”, c’est-à-dire qu’elles souhaiteraient travailler davantage) contre 6 % des hommes (2,6 % à temps partiel subi) (Insee, 2012).

La même étude démontre comment le taux d’activité des femmes ayant à charge plus d’un enfant baisse considérablement : “Au troisième enfant, elles ne sont plus que 42,8 % à être actives et plus de 55 % de celles qui travaillent le font à temps partiel. À l’inverse, le taux d’activité des hommes n’est que peu influencé par le nombre et l’âge de leurs enfants (Insee, 2012)».

Cette précarisation professionnelle s’accompagne donc d’une charge mentale non négligeable – dans la sphère privée et en entreprise : selon Technologia (2014), près de 35% des femmes affirment que leur travail a eu un impact négatif sur leur santé, contre 25% des hommes. La deuxième population la plus touchée par les burn out sont les familles monoparentales, soit 85% de femmes.

2/ Travail rémunéré mais non reconnu par la société. 

Depuis le 13 avril 2016 et l’adoption de la loi visant à renforcer la « lutte contre le système prostitutionnel », les rapports sexuels tarifés sont pénalisés via le client. Une première, qui permet de ne plus blâmer les femmes prostituées de la non-reconnaissance de leur travail. Mais pénaliser les clients ne permet pas d’endiguer pas les problèmes de violences sexuelles, de proxénétisme et de précarité des 20 000 personnes prostituées recensées en France en 2013 (Le Monde, 2013). En allouant aux femmes prostituées un cadre d’exercice légitimé et institutionnalisé, on leur reconnait des droits économiques et des droits sociaux. Une reconnaissance publique et des droits sociaux permettent de lutter contre la précarisation professionnelle des femmes, quelque soit le domaine.

3/ Travail rémunéré et reconnu par la société mais où les femmes sont toujours dominées.

En 2015 et selon Eurostat, l’écart de salaire entre les femmes et les hommes est de 15,8% en France et de 16,3% à l’échelle de l’Union Européenne (Forum Economique Mondial). La précarisation professionnelle des femmes est structurelle : elle dépend autant de l’influence de la sphère privée sur la sphère publique que de la répartition genrée des formations et des emplois.
Sur un échantillon de 226 métiers, 18 couvrent des emplois occupés par des femmes (Dormont, 2014) : presque la moitié de l’écart salarial entre hommes et femmes diplômé·e·s est due au choix des études (Machin & Puhani, 2006).
La précarité professionnelle des femmes tient donc également à la perception de son propre travail et le regard – toujours patriarcal – de la société sur ces corps de métiers. Cela explique pourquoi seulement 35% des femmes ont un fonction dirigeante en France (Eurostat, 2016) et un écart salarial de 23,4% entre un homme ayant un poste à responsabilités égales (Eurostat, 2016). Briser le plafond de verre pour lutter contre ce retranchement des femmes dans des postes spécifiques est urgent.

Les propositions 

Plusieurs niveaux d’action ont été identifié pour lutter contre la précarité professionnelle :

Engager une action individuelle : Les actions menées à l’échelle de l’individu sont nécessaires pour lutter contre diverses formes quotidiennes de sexisme et d’injustices, pour faire avancer l’égalité à son niveau.

Soutenir une action en entreprise : Atteindre une égalité salariale en agissant simultanément sur la transparence des entreprises, en amoindrissant la frontière entre vie privée et vie publique et en encourageant les femmes à prendre place dans les conseils d’administration.

Redéfinir les politiques publiques : L’Islande, la Suède ou encore la Norvège sont des champions en matière d’égalité salariale. Quelles sont les politiques publiques mises en place pour mettre en fin à la précarité de l’emploi chez les femmes ?

Proposition de 10 mesures pour lutter contre la précarité professionnelle des femmes :

1/ Instaurer des quotas. 
« Au 1er janvier 2017 est tombée l’échéance fixée il y a six ans par la loi Copé-Zimmerman pour parvenir à 40% de femmes dans les conseils d’administration ou de surveillance des sociétés cotées et des grandes entreprises. Etaient concernées les entreprises d’au moins 500 salariés, avec un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros. Dès 2020, cette obligation sera étendue aux sociétés d’au moins 250 salariés. » (Le Monde, 2017). Selon les dernières données d’Ethics & boards, premier Observatoire de la gouvernance des sociétés cotées, les entreprises du SBF 120 affichaient en septembre 2016 un taux de féminisation moyen de 38% de leurs conseils d’administration ou de surveillance, contre 33,3% en 2015 et 26,2% en 2013. Notre proposition : aller plus loin et appliquer un quota de 50% à l’ensemble des entreprises.

2. Encourager l’entreprenariat des femmes. 
Exemple : quotas déversés aux femmes pour les investissements publiques, financement des entreprises contre la charge mentale, les harcèlements par l’instauration de quotas de parité dans les comités exécutifs.

3. Tisser des réseaux de femmes. 
Les femmes partagent les mêmes problématiques en entreprise. Créer une sororité de femmes pour porter leurs voix est nécessaire pour lutter contre le sexisme ordinaire au travail, la charge mentale et, aussi, les inégalités salariales.

4. Lutter contre les inégalités face à la négociation des salaires. 
67% des femmes déclarent ne pas avoir négocié leur salaire avant leur prise de poste contre 51% des hommes (RegionsJob, 2016). Lutter contre l’internalisation des stéréotypes et contre les inégalités salariales commencent par exiger un salaire plus conséquent.

5. Rendre la transparence des salaires une pratique courante. 
La transparence des salaires au sein des entreprises est une condition évidente de la réduction de l’écart salarial entre les femmes et les hommes. Comme en Norvège : les déclarations de revenus et les taxes payées par chacun·e sont accessibles auprès de l’administration gouvernementale, depuis 1800.

6. Créer un congé parental équivalent pour les deux parents. 
Lutter contre les stéréotypes de la sphère privée commence par octroyer les mêmes droits aux deux parents. Comme en Suède : possibilité de prendre un congé parental de 16 mois, au minimum 1 mois par le père et 1 mois par la mère. En France, 1 homme sur 9 réduit ou cesse son activité après une naissance, contre 1 femme sur 2 (Insee, 2013). Cela doit s’additionner d’un accompagnement des jeunes parents aux sein des entreprises, comme en Norvège où une place en garderie est financée à 85% par la commune et à 15% par les parents. Financer un congé parental permet de ne pas externaliser la charge mentale des femmes via d’autres femmes, créant un nouvelle forme de précarité. Au delà du congé parental, le financement de crèches et une valorisation économique des métiers permettrait d’éviter l’externalisation de ces activités, souvent occupés par des femmes (idem pour les métiers du soin).

7. Imposer un certificat d’égalité en entreprise. 
Exiger des contrôles et des sanctions imposées en cas de non-respect de l’égalité salariale, comme en Islande : le 9 mars 2017, Thorsteinn Viglundsson (Ministre des Affaires sociales et de l’Egalité des droits) a annoncé que toute entreprise de plus de 25 salarié·e·s se verrait imposer l’égalité salariale, en le certifiant.

8. Montrer l’exemple. 
Les administrations publiques et les institutions étatiques doivent montrer l’exemple. À ce titre, prenons exemple du Ministère de la Culture qui passe de 16% d’inégalité salariale à 0. Au sein des entreprises contractées dans le cadre des marchés publics et des délégations de service publique doivent respecter une parité au sein des conseils d’administration, des hauts postes à responsabilité et, évidemment, une égalité salariale.

9. Investir dans le numérique, secteur d’avenir. 
Le Brookings Institution constate que les femmes ont de meilleures compétences numériques que les hommes, mais qu’elles sont toujours sous-représentées dans l’industrie. Le numérique est un secteur d’avenir. Or, les femmes y sont sous-payées et sous représentées. Le taux d’emploi des femmes tombe en dessous de 30% dans des rôles techniques et diminue encore davantage dans les postes de management et de direction.

10. Rendre légal le statut des travailleu·r·se·s du sexe. 
La professionnalisation de la prostitution est en ce sens urgente pour lutter contre la précarité professionnelle des femmes, en permettant une reconnaissance et des droits sociaux. Visibilisation d’un travail, légitimation des ces femmes, diminution des violences faites aux prostituées, application des droits sociaux à tous les humains. Renversement du pouvoir.

Crédits photo : Roya Ann Miller 

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