« Il y a en amour la grâce d’une certitude », Iris Murdoch
« Les filles m’ont parlé d’une crise relationnelle, écrivait la philosophe Carol Gilligan la semaine dernière ici, d’un tournant lorsque les relations sont en jeu. Si vous dites ce que vous ressentez et pensez, personne ne voudra être avec vous, et si vous ne dites pas ce que vous ressentez et pensez, personne ne sera avec vous. »
Cette notion de crise relationnelle, également traduite par « crise de relation » ou « de connexion » est développée dans Une voix différente. Un regard prospectif à partir du passé, 1982. Elle y écrit qu’à l’adolescence survient souvent un moment charnière, particulièrement chez les filles, où un conflit intérieur se crée entre un « moi authentique » et les attentes de ses relations et de la société. Cette crise naît de la confrontation entre la « voix intérieure » et la « voix extérieure ». C’est une véritable lutte interne pour maintenir sa véritable identité tout en essayant de répondre aux exigences imposées par les autres et conserver des relations amicales, amoureuses ou familiales.
La notion de « crise relationnelle » permet de comprendre les incidences psychologiques structurelles d’une société patriarcale. La thèse de Gilligan est la suivante : « La confrontation initiale des enfants à ce que le patriarcat impose en termes de binarité et de hiérarchisation des genres présente un danger pour leur résilience et se traduit donc par des symptômes de détresse psychologique. »
Le lien entre patriarcat, crise relationnelle et détresse psychologique est donc clairement identifié. « Parce que les relations dépendent de la possibilité de s’exprimer et que la culture du patriarcat dépend du silence des femmes », écrivait d’ailleurs Gilligan la semaine dernière ici. « Ce sont mes études sur les jeunes filles qui ont mis le patriarcat sur le devant de la scène. Le patriarcat et son exigence paradoxale de sacrifier la nature des relations pour avoir des relations. Le patriarcat et sa distribution binaire et hiérarchique des genres qui engendre des décalages dans la psyché ».
Alors que nous parlons de la grande crise de la santé mentale chez les jeunes et en particulier chez les filles, quelle est la place du patriarcat dans la réponse à y apporter ? Comment peut-on – je demande trivialement – faire en sorte que les jeunes filles échappent à cette crise relationnelle, de connexion ? Je pense que travailler sur le rapport à la solitude peut être un début de réponse. Dans son livre, Une voix humaine, Gilligan parle d’un séminaire d’université « Résistance à l’injustice » pendant lequel une étudiante raconte « qu’exprimer le fond de sa pensée lui a valu de se retrouver seule. Toutefois, pour mettre ses relations à l’épreuve, elle devait se résoudre à la possibilité de les perdre. La solitude lui a pesé, mais au bout du compte, elle conclut qu’un tel sacrifice est acceptable s’il lui ouvre la porte à des relations plus sincères ». Et d’ajouter : « L’impact émotionnel du mot “solitude” se laisse percevoir dans l’atmosphère. L’ambiance a changé dans la salle de classe, tout le monde écoute attentivement. » La solitude qui effraie.

Collage réalisé par mes soins, il n’y a pas très longtemps.
Ce qui ressort des travaux de Gilligan et de l’intervention de l’étudiante est la peur de la solitude. Les jeunes filles feront tout pour ne pas vivre une forme de solitude. Et donc le rapport à la solitude est un moyen de faire évoluer les crises relationnelles.
La philosophe Hannah Arendt distingue la solitude et l’isolement, « La solitude implique que, bien que seul, je sois avec quelqu’un (c’est-à-dire moi-même). Elle signifie que je suis deux en un, alors que l’isolement ainsi que l’esseulement ne connaissent pas cette forme de schisme, cette dichotomie intérieure dans laquelle je peux me poser des questions et recevoir une réponse. La solitude et l’activité qui lui correspond, qui est la pensée, peuvent être interrompues par quelqu’un d’autre qui s’adresse à moi ou, comme toute activité, lorsqu’on fait quelque chose d’autre, ou par la simple fatigue. Dans tous ces cas, les deux que j’étais dans la pensée redeviennent un » (La Vie de l’esprit).
Cette distinction permet, je trouve, un regard plus optimiste sur les conséquences de la crise relationnelle. Il est possible, à n’importe quel moment de sa vie, de refuser le jeu de la voix intérieure versus celle qu’on réserve aux autres. Il est possible d’accepter que ce qu’on va dire ou faire ne va pas plaire à tout le monde. Il est possible d’accepter que ses dires et ses actes entraînent une forme de solitude. Car cette solitude, comme l’exprime l’étudiante de Gilligan ou Arendt n’est pas un état d’isolement immuable. Mais un état nécessaire pour former sa propre pensée, politique même pour produire une forme de pensée individuelle, critique. Et c’est d’ailleurs pour cela que la solitude est l’objet de peur par des régimes qui promeuvent une forme de pensée unique. Arendt précise cette idée qui peut tout à fait s’appliquer à la société contemporaine. Une société qui crée une peur irrationnelle de la solitude n’est pas une société qui se soucie de la santé mentale des personnes qui l’a constituée. C’est une société qui ne s’en soucie pas.
Les femmes font-elles de meilleures médecins que les hommes ?
Des universitaires ont analysé les dossiers de plus de 750 000 patient·e·s aux États-Unis âgés de 65 ans ou plus qui avaient été hospitalisés et traités entre 2016 et 2019.
⚕️ Le taux de mortalité des femmes est plus faible lorsqu’elles sont traitées par des femmes médecins, que lorsqu’elles sont traitées par des hommes.
⚕️ Les femmes traitées par les femmes ont vu un taux de mortalité de 8,15% ; tandis que les femmes traitées par des hommes ont enregistré un taux de 8,38 %. ❕
Même si cela ne semble pas être une grande différence, 4,796 femmes américaines de plus survivraient chaque année si les médecins de sexe masculin obtenaient les mêmes résultats que les femmes médecins.
Lisez l’enquête dans La Preuve x Impact de Josephine Lethbridge – https://lesglorieuses.fr/les-femmes-meilleures-medecins/
