C’est le retour de bâton qui symbolise le mieux 2018. L’année qui suivit le début du mouvement #MeToo ne pouvait être que fascinante pour les combats des droits des femmes. Cela a commencé par des femmes plus ou moins connues qui ont utilisé leur notoriété pour mettre à mal la « libération » de l’écoute des femmes. Je le mets entre parenthèses puisque nous savons désormais, à l’aune des affaires Besson, Kavanaugh, Tron, Depp, Darmanin, et j’en passe, que ce n’est pas parce que les femmes parlent qu’elles sont écoutées. Et ce n’est pas parce qu’elles sont entendues qu’elles sont crues.

Le retour de bâton a continué avec la joueuse de tennis Alizé Cornet qui s’est vue remettre un avertissement pour avoir remis son t-shirt à l’endroit sur le court puis avec la tenue de Serena Williams qui a été prise à partie par le Président de la fédération française de tennis : la tenue ne serait plus tolérée lors des compétitions de Roland Garros. Ce n’est pas tout : je pense également à la légalisation de la PMA pour toutes constamment repoussée par le gouvernement. A cet homme qui dit à la télévision qu’il est féministe mais qu’il a envie de gifler l’une d’entre nous (spoiler alter : cela n’a eu aucune conséquence dans la carrière de cette personne, il est même apparu dans le dernier épisode de la série « dix pour cent »). A Nikita Bellucci qui a été tellement harcelée qu’elle a déclaré renoncer à avoir un enfant. A la France qui a bloqué une directive européenne qui aurait pu allonger le congé paternité.

« Vous avez enfin conquis la liberté et l’égalité, mais pour votre plus grand malheur ». L’essayiste et gagnante du Pulitzer Susan Faludi décrit le retour de bâton dans Backlash (1991, publié aux éditions Des femmes, Antoinette Fouque ». « En effet, il s’agit d’un phénomène récurrent : il revient à chaque fois que les femmes commencent à progresser vers l’égalité, une gelée apparemment inévitable des brèves floraisons du féminisme ».

Les activistes ont parfois le sentiment de ne servir à rien. Et pour cause : « Quantité de formes de rébellion ne parviennent pas à menacer réellement et efficacement le système ; il ne suffit pas, comme l’ouvrier légendaire, de visser les boulons à l’envers ou, comme la fille obéissante, d’arriver régulièrement en retard au déjeuner de famille du dimanche. Certaines ont voulu tourner la difficulté en utilisant le vocabulaire de la revanche, en lui empruntant ses mots d’ordre de défense de la famille ou en répétant avec insistance qu’elles n’étaient pas féministes. D’autres ont adopté la vieille tactique « féminine » de la douceur et de la patience, en se disant qu’on a toujours pitié de celles qui savent attendre ».

« La question, aujourd’hui n’est pas de savoir si les femmes résistent à la revanche, mais si leur résistance est efficace », comme le disait Susan Faludi. Et la réponse est oui. La résistance, dont les victoires se font souvent attendre, est efficace. Je pense à la société de production TWC qui appartenaient à Weinstein et qui a été rachetée par des femmes, aux Irlandaises qui ont gagné leur combat pour légalité l’avortement, à Simone Veil qui a été panthéonisée, aux organisations #NousToutes et #NousAussi qui ont créé une marche historique des femmes contre les violences mais aussi à Juliette, étudiante à Paris 1 qui a expliqué sur LCI avec brio que les réunions et les assemblées générales non mixtes sont indispensables pour faire émerger des problématiques ou encore au dictionnaire Le Robert qui a introduit cette année les mots queer, grossophobie ou encore les expressions « violences faites aux femmes » et « écriture inclusive ».

Le retour de bâton peut être source d’optimisme. Il existe car une brèche a été entrouverte et que les activistes se relaient pour en faire une révolution. Et ce sont les derniers mots de Backlash qui expriment le mieux ce qui nous attend : « [Les femmes] peuvent surtout agir. […] Parce qu’elles ont pour elles la force du nombre et de l’opinion. Parce qu’on la leur doit depuis longtemps, très longtemps, cette place dans la vie publique. Et parce que, quels que soient les nouveaux obstacles qu’on dressera sur leurs parcours vers l’égalité, les nouveaux mythes qu’on inventera, les châtiments qu’on leur réservera, les chances qu’on leur ôtera, les humiliations qu’on leur infligera, rien ni personne ne pourra les empêcher d’être convaincues de la justesse de leur cause »

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