Au cours de cette année (oui je parle et je parlerai toujours en année scolaire), je n’ai pas oublié :

– d’écrire une newsletter chaque semaine (presque, on est d’accord) ;

– d’angoisser pour tout le monde ;

– de douter de tout, tout le temps.

Cette année, j’ai néanmoins oublié d’être fière. Fière de tout le travail que nous avons accompli ensemble ces dernières années.

C’était vendredi dernier lorsqu’une amie me rappelait comment elle s’était retrouvée il y a quatre ou cinq ans à tourner dans une vidéo dans laquelle il fallait dire « Je suis féministe parce que… » Oui, c’était complètement à cause de moi. Oui, on dirait que je parle d’une vidéo tournée dans les années 90 et diffusée sur le Minitel (c’est à ce moment précis que je prie intérieurement pour qu’aucune lectrice ne réponde à cette newsletter par un « euh… c’est quoi le Minitel ? »).

« Je ne savais pas quoi dire, se rappelle mon amie, je n’étais pas féministe. » Je m’en souviens très bien. Ce n’était pas qu’elle ne soutenait pas mon engagement naissant mais elle ne voyait pas en quoi elle était victime d’un système patriarcal. « Alors qu’aujourd’hui c’est une évidence », dit-elle. « Pas à cause de toi hein, pas parce que tu es mon amie. » Oh, ok. Merci. « C’est grâce aux collages que je vois dans la rue tous les jours, toutes les nuits, c’est grâce aux livres, aux podcasts, aux articles. C’est grâce à toutes les femmes qui ont investi complètement le champ médiatique. » Ah. Oui. C’est ce même sentiment d’évidence des arguments vécu par la journaliste Marguerite Durand alors qu’elle se rend à un congrès féministe en 1896 avec pour instruction de la part de son chef de moquer les velléités féministes. « Je me rendis […] aux Sociétés savantes, où se tenait le congrès et je fus frappée par la logique du discours, le bien-fondé des revendications et la maîtrise qui savait dominer l’orage et diriger les débats, de la présidente Maria Pognon. Je refusai d’écrire l’article de critique pour Le Figaro. Mais l’idée m’était venue d’offrir aux femmes une arme de combat, un journal qui devait prouver leur capacité en traitant, non seulement de ce qui les intéressait directement, mais des questions les plus générales, et de leur offrir la profession de journaliste actif. » (Interview avec Thilda Harlor, 1935.)

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Est-ce que j’écris cette newsletter uniquement pour continuer à faire des collages ? C’EST BIEN POSSIBLE.

Il y a un an pile, pour la dernière newsletter (aussi), je parlais déjà d’évidence et de fierté. D’être fière de son corps, de l’exhiber si c’était son choix, de braver les diktats qui essaient de vous faire croire que vos corps ne seraient pas les bons ou que vos choix desserviraient « la cause ». Aujourd’hui, je souhaite terminer cette saison en soulignant la fierté de faire partie d’un mouvement plus large que soi. Peu importe notre rôle dans les révolutions féministes, il est central. Que l’on soit en phase de déconstruction, de collage, d’écriture, de témoignage, de création ou de destruction, chacune de nos places est essentielle pour faire évoluer le système patriarcal vers un système égalitaire. Se définir comme féministe, de manière évidente, implique d’accepter de faire partie de quelque chose de plus grand que soit. C’est un sentiment qui nous porte et qui nous oblige.

La fierté résulte autant de faire partie d’un mouvement plus grand que soi que d’être au service d’autres. C’est l’écrivaine, poétesse et activiste Maya Angelou qui nous y incite le mieux. « Préparez-vous à devenir un arc-en-ciel dans le nuage de quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui peut ne pas vous ressembler, peut ne pas appeler Dieu du même nom que vous appelez Dieu – s’ils ou elles appellent Dieu tout court – vous voyez ? Et ce quelqu’un peut ne pas manger les mêmes plats que nous, ne pas danser vos danses ou parler votre langue. Mais soyez une bénédiction pour quelqu’un ; c’est ce que je pense ».

Alors soyons fières d’avoir soutenu ces conversations jusque tard dans la nuit alors que nous voulions penser à autre chose ou que nous souhaitions tout simplement… dormir, soyons fières des heures passées à écrire des tribunes, à organiser des formations, préparer des rassemblements. Soyons fières d’avoir fait avancer notre société un peu plus vers cette utopie féministe que nous aimons tant imaginer ensemble.

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