George Sand, ses chefs d’oeuvres et la lenteur

« Tu te sentais jeune, tu croyais que la vie et le plaisir ne doivent faire qu’un. Tu te fatiguais à jouir de tout, vite et sans réflexion… Suspendu entre la terre et le ciel, avide de l’un, curieux de l’autre, dédaigneux de la gloire, effrayé du néant, incertain, tourmenté, changeant, tu vivais seul au milieu des hommes; tu fuyais la solitude et la trouvait partout. » George Sand aurait pu envoyer ce texto à Alfred de Musset alors qu’il traînait encore chez Gus à 4h du mat’. Elle lui a envoyé ce billet il y a plus de cent ans. A croire que la problématique est toujours la même : nous sommes constamment débordé·e·s. Et quand ce n’est pas le cas, on n’hésite pas à faire semblant (une étude publiée en 2015 montre qu’on exagère même complètement : 51% des personnes de la génération Y ont déclaré qu’elles ou ils faisaient semblant d’être occupé·e·s)(et cet article de Capital vous suggère même des comportements pour tromper vos collègues de travail. Oui, arriver à la cantine à 14h en fait partie).

En ces derniers jours de l’année, nous pouvons poser notre réflexion sur ce néant auquel Sand fait référence. Et si c’était ce vide qui serait source d’un tout ? Et si vider son agenda permettrait de faire face à un incertain indispensable ?

Et pour cause, il n’est pas possible de produire des contenus de qualité tous les jours, tout le temps. George Sand ne travaillait jamais plus de trois mois par an, à raison de quelques heures dans la journée. Dans une lettre à Gustave Flaubert, elle écrit ainsi : « Je me suis mise à ma tâche annuelle, je fais mon roman. La facilité augmente avec l’âge, aussi je ne me permets pas de travailler à cela plus de deux ou trois mois chaque année, je deviendrais fabrique et je crois que mes produits manqueraient de la conscience nécessaire. Je n’écris même que deux ou trois heures chaque jour, et le travail intérieur se fait pendant que je barbouille des aquarelles ».

 

Au travers de ces deux lettres, George Sand explique qu’il est nécessaire de se repêmer pour donner à son travail le dévouement qu’il mérite. Au regard des écrits de George Sand, être féru·e de travail n’est pas un signe d’intelligence mais bien une peur du vide. L’ennui – et la lenteur qui en découle – est peut-être ce que nous avons de plus précieux aujourd’hui, rappelait-on dans la newsletter qui faisait l’éloge du vide. Nous pouvons même aller plus loin et dire que l’ennui est, au contraire, une des seules sources de création. Car rien de bon ni de durable ne sort de la précipitation ou de la vitesse.

George Sand décrit ces moments de retrait, de rien, pour échapper au tumulte du quotidien : « c’est le moment de se recueillir, de n’obéir qu’à son sentiment individuel, d’échapper à l’ivresse collective et d’exprimer ce qu’on a en soi en s’isolant de toute influence extérieure du moment. » (lettre de George Sand à Paul Meurice).

Le message est clair : si on veut créer, George Sand ordonne de ralentir.

Ça tombe bien, on peut profiter de ces derniers jours de décembre pour annuler ses rendez-vous et ne rien faire (si besoin est, n’hésitez pas à utiliser cette newsletter comme justificatif auprès de votre boss, de votre famille, etc).

 

Crédit Photo : Daniel Monteiro.

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